SUCS
Les parties herbacées des végétaux, leurs racines et leurs fruits, contiennent, étant frais, une grande quantité d'eau. Si on vient à les piler et à les soumettre à une forte pression, cette eau s'écoule, entraînant avec elle une grande partie des substances solubles que contient la plante et quelques substances insolubles. C'est aux liquides complexes, ainsi obtenus dans le laboratoire du pharmacien, et qui ont toujours Peau pour véhicule, qu'on donne le nom de sucs. On les distingue en sites extrac tifs, provenant des parties herbacées, et sucs acides, provenant des fruits. — Les moyens mis en œuvre pour diviser les plantes et les parties de plantes employées, varient avec leur constitution physique ; ces moyens seront décrits pour chacun d'eux en particulier. La liqueur obtenue par la pression est ensuite traitée diversement suivant le but qu'on se propose; ainsi les sucs de plantes seront portés à l'ébullition pour coaguler l'albumine végétale qui entraîne avec elle la chlorophylle; les sucs de fruits seront soumis à un commencement de fermentation qui coagule la pectine.
Ce sont des préparations éminemment altérables, et dont la conservation ne peut être assurée qu'à l'aide de certains procédés que nous allons indiquer.
On a conseillé de faire brûler dans le col des bouteilles, remplies de suc, immédiatement avant de les boucher, des allumettes ou des mèches soufrées qui dégagent de l'acide sufureux ; ou bien d'introduire dans chaque bouteille 30 à 50 centig. de sulfite de chaux solide. — On a proposé de recouvrir le liquide d'une mince couche d'huile d'oeillette, d'enfoncer le bouchon aussi près que possible de la surface et de tenir ces bouteilles debout. — M. Fayard remplit les bouteilles jusqu'au col, et applique sur l'ouverture une lame de caoutchouc ramollie dans l'eau bouillante, qu'il serre fortement autour du goulot par une ficelle : ces divers moyens sont aujourd'hui à peu près abandonnés. On donne la préférence au procédé d'Appert qui réussit bien quand les bouteilles sont solides : on remplit celles-ci de suc jusqu'au bas du goulot, on bouche et on ficelle. Les bouteilles entourées de paille sont couchées au fond d'une bassine que l'on remplit d'eau ; on porte à l'ébullition pendant 1/4 d'heure. Après refroidissement les bouteilles sont retirées et goudronnées. On peut remplacer la bassine par une étuve en tôle.
Un excellent procédé, qui évite la casse des bouteilles juste-
ment reprochée au procédé d'Appert, est celui-ci. Les bouteilles remplies sont posées debout et débouchées dans une bassine à fond plat ou munie d'un double fond percé de trous; on verse dans la bassine autant d'eau qu'elle en peut contenir, et on porte à l'ébullition pendant 4/2 heure. On bouche rapidement les bouteilles, on ficelle, et on goudronne.
Les sucs servent à faire des extraits, des sirops; quelques-uns sont administrés aux malades simplement dépurés et filtrés.
SUGGIN. Ambre jaune ; Karabè; Succinum.
Résine fossile qu'on rencontre principalement sur les rivages de la mer Baltique et dans les gisements de lignites. — Solide, jaune pur ou marbré de blanc, translucide, à cassure conchoïde, développant de l'odeur et de l'électricité par le frottement. Les morceaux contiennent parfois des fleurs ou des insectes.— Fond à 287°, s'enflamme et brûle en répandant une odeur agréable.
lia, d'après Berzélius, une constitution analogue à celle des térébenthines, plus de l'acide succinique et une matière bitumineuse qui le rend presqu'insoluble dans les dissolvants des résines. M. E. Baudrimonta signalé dans le succin la présence du soufre.
Par la distillation sèche on en extrait trois produits : de l'acide succinique impur (voir Acide succinique ou Sel volatil de succin; un liquide aqueux contenant des produits pyrogénés, de Tac. acétique et de Tac. succinique, nommé Esprit volatil de succin; une liqueur huileuse, formée de produits pyrogènes, nommée Huile volatile de succin. Ces différents corps étaient jadis usités comme antispasmodiques.
On fait avec des perles de succin des colliers pour les enfants trop gras, dans le but d'empêcher l'intertrigo du cou.
Foudre de succin.
Prép. c. la Poudre de benjoin.
SUCRE. Saccharum.
On désigne plus particulièrement sous ce nom la matière sucrée que l'on extrait en grand dans l'industrie de la Canne h sucre, Saccharum oflîcinarum, L. — Graminées, et de la racine de Betterave, Beta vulgaris, L. — Chénopodacées. Nous ne décrirons pas ici cette fabrication, que Ton trouve dans tous les ouvrages de Chimie, et qui ne peut être reproduite dans le laboratoire du pharmacien ; nous devons nous contenter de rappeler les propriétés du sucre et les moyens propres à le doser. On trouve dans les raisins secs, les figues, le miel, ainsi que dans l'urine des diabétiques une autre matière sucrée, que l'on a nommée glucose,
Sous l'influence des acides, le sucre de canne se transforme en une autre variété incristallisable, que l'on rencontre dans tous les fruits acides, et qui se distingue du glucose par son action inverse sur la lumière polarisée.
Chim. — Le sucre de canne a pour formule Cl2Hll011; il cristallise en prismes obliques rhomboïdaux, durs, sans eau de cristallisation, et produit des lueurs phosphorescentes quand on le frappe ou le broie dans l'obscurité ; soluble dans moins de la moitié de son poids d'eau froide, en toutes proportions dans l'eau bouillante, insoluble dans l'alcool absolu et dans l'éther, soluble, surtout à chaud, dans l'alcool aqueux. — Fond à 160° en une liqueur visqueuse incolore, qui se prend par refroidissement en une masse amorphe transparente (sucre d'orge); à la longue, celle-ci se trouble et reprend une texture cristalline. Vers 210 ou 220° le sucre brunit, se boursoufïle et se transforme en caramel en perdant de l'eau ; à temp. plus élevée, il se charbonne et dégage des vapeurs acides et inflammables.
Une solution de sucre de canne, bouillie avec la potasse caustique, ne brunit pas ; elle dissout une grande quantité de chaux caustique, et la combinaison (saccharate de chaux) se coagule comme du blanc d'œuf par la chaleur; le précipité se redissout par refroidissement. — Les acides étendus par un contact prolongé à froid avec le sucre le rendent incristallisable ; l'acide sulfurique concentré s'échauffe à son contact et produit une boullie noire ; l'acide nitrique bouillant le transforme en acide oxalique. — Sous l'influence de la levure de bière, le sucre devient d'abord incristallisable, puis se dédouble en alcool et acide carbonique. — Le chlorure de sodium ajouté en solution aqueuse à de l'eau sucrée donne lieu à un composé déliquescent (2 G12 H11 O11, NaCl), qui cristallise par l'évaporation de la liqueur. — Le bichlorure d'étain transforme le sucre en une matière noire; le sulfate de cuivre, ajouté goutte à goutte à une solution de sucre additionnée de potasse, donne une liq. d'un bleu foncé qui reste limpide à froid, et même à l'ébullition si la potasse est en excès. — L'acétate de plomb ammoniacal produit dans une solution de sucre un précipité blanc gélatineux, soluble dans l'eau bouillante.
Le sucre de canne dévie à droite la lumière polarisée.
— Le Glucose a pour formule C12H12012 -j- 2HO. On l'obtient artificiellement par l'action des acides sur la cellulose et la matière amylacée. — Il cristallise mal, sous forme de mamelons ou de choux-fleurs fibreux; moins soluble dans l'eau et l'alcool que le précédent. Il fond, parla chaleur, en une masse transparente déliquescente ; cette opération lui fait perdre de l'eau qu'il reprend peu à peu en se transformant en une masse grenue. A 140°, il perd encore de l'eau et se caramélise.
La potasse et la chaux brunissent rapidement une solution de glucose à l'ébullition. L'acide sulfurique, broyé avec lui, ne le noircit pas comme le sucre de canne ; si l'on étend d'eau le mélange et qu'on le sature par le carbonate de baryte, la solution filtrée renferme un sel de celte base qui précipite par l'ac. sulfurique. — L'acide nitrique bouillant le transforme en ac. oxalique. La levure de bière le dédouble directement en alcool et ac. carbonique. Le chlorure de sodium se combine avec lui, et donne des cristaux
ayant pour formule 2 G12 H«0ls,NaCl+2HO. — Le bichlorure d'étain le noircit. — Le sulfate de cuivre ajouté goutte à goutte à une solution de glucose contenant de la potasse caustique, donne lieu aune liqueur foncée, qui, sans qu'on élève la temp., laisse bientôt précipiter de l'oxyde rouge de cuivre. — Le protonitrate de mercure, le nitrate d'argent et le chlorure d'or sont réduits à l'ébullition à l'état métallique ; le bichlorure de mercure précipite du protochlorure. L'acétate de plomb ammoniacal précipite en blanc la solution de glucose.
Le glucose dévie à droite la lumière polarisée. Son pouvoir rotatoire est à celui du sucre de canne comme 73 est à 100.
— Le sucre incristallisable ou sucre interverti ne se distingue du glucose que par l'absence de forme cristalline et par le sens de son pouvoir rolatoire; autrement il présente les mêmes caractères chimiques, et à la longue se transforme lui-même en glucose par une modification moléculaire (Gerhardt et Chancel).
Dosage des sucres. — Plusieurs procédés ont été proposés. Dans les laboratoires on emploie plus spécialement le procédé de M. Barreswill, ou le Saccharimètre de M. Soleil.
1° Procédé de M. Barreswill. Il est basé sur la propriété qu'a le glucose de réduire les sels de cuivre dissous dans la potasse, à la temp. de l'ébullition. Cette réaction n'appartient pas au sucre cristallisé, mais se manifeste aussitôt que celui-ci a été transformé, sous l'influence d'un acide, en sucre interverti. Quand donc on aura à doser un mélange de glucose et de sucre cristallisé, on fera deux essais, le premier qui donnera la q, de glucose contenue dans le mélange, le second après l'interversion du sucre au moyen de l'ébullition avec une petite q. d'acide sulfurique, qui donnera le poids des deux sucres réunis. On se rappellera alors que 100 p. de sucre interverti représentent 95 p. de sucre cristallisé. — Ces principes posés, voici comment l'on opère :
La liqueur saccharimétrique est préparée ainsi :
Pr.: Crème de tartre pulv 50 gr.
Carbonate de soude 40 »
Sulfate de cuivre crist. pulv. ........ 30 »
Potasse caustique 40 »
Dissolvez la crème de tartre dans 1/3 de litre d'eau, ajoutez le carbonate et faites bouillir ; introduisez le sulfate de cuivre ; faites bouillir de nouveau et laissez refroidir. Versez dans la liqueur la potasse dissoute dans 1/4 de litre d'eau, complétez un litre et portez de nouveau à l'ébullition; filtrez la solution et conservez dans des flacons violets, à l'abri de la lumière. On établit le titre de la liqueur en cherchant quel est le volume de cette liq. que décolore exactement un gramme de sucre candi sec et pur, interverti d'abord par qques gouttes d'ac. sulfurique.
Pour faire l'essai, on introduit dans un ballon 20 centim. cubes de cette liqueur, on ajoute 12 à 15 gr. de solution de potasse caustique concentrée. D'autre part, on introduit la solution sucrée dans une burette graduée que l'on remplit exactement jusqu'au zéro ; cette solution est versée goutte à goutte dans la liqueur cupro-potassique bouillante, jusqu'à ce que la déco-
loration soit complète. Un excès de glucose détermine une teinte jaune,
puis brune (fig. 147). L'opération terminée, on note le nombre dé divisions de liq. employées, et on obtient par une proportion le titre cherché. — Supposons que 20 cent. c. de liq.
cupro-potassique soient décolorés mysr* exactement par 0 gr. 10 de glucose,
et que l'on ait employé 30 divisions de la burette pour obtenir le même «a résultat (ces divisions représentant
jï chacune 1/2 centim. cube, nous avons
Il employé 15 c. c. de dissolution su-
crée). Les 15 c. c. contenaient donc 0,10 de glucose. D'où nous tirerons :
Ce qui veut dire qu'un litre contient 66 gr., 66 de glucose.
M. Fehling a donné une formule de liq. cupro-potastique qui se con- Fig. 147. Dosage du sucre par gerve j longtemps que celle de
la liqueur de Barreswill. * r\ j
^ M. Barreswill. On prend :
D'une part :
Sulfate de cuivre pur crist 40 gr.
Eau dist 160 »
F» dissoudre.
D'autre part :
Soude caustique 130 gr.
Tartrate neutre de potasse 160 »
Eau dist 600 »
F. dissoudre.
On mêle les deux dissolutions et on ajoute q. s. d'eau dist. pour obtenir 1154,4 c. c. de liqueur à -j- 15°. — On opère pour le dosage du sucre d'une manière analogue à celle que nous venons d'indiquer, en ayant soin, autant que possible, que la liq. sucrée contienne environ 1 0/0 de sucre seulement. D'après M. Poggiale, 20 c. c. de cette liq. sont entièrement décolorés par 0 gr. , G96 de glucose.
Nous devons faire observer qu'un grand nombre de corps, différents des mat. sucrées, sont aptes à précipiter l'oxyde de cuivre dans les mêmes conditions en présence de la potasse. Tels sont l'acide sulfureux, l'acide arsénieux, les sulfites, les hyposulfites, l'aldéhyde, le chloroforme, la salicine, l'ac. urique. Pour le pharmacien, il importe de se tenir en garde contre celte cause d'erreur, surtout quand il est chargé d'examiner une urine diabétique.
2° Procédé de M. Clerget, au moyen du Saccharimètre de M. Soleil. La description de l'appareil et des principes sur lesquels il repose exigerait une longue exposition qui sortirait de notre cadre. Les brèves indicitions que
nous pourrions donner, ne suppléeraient pas, d'ailleurs, à quelques leçons pratiques reçues d'un opérateur compétent. Nous rappellerons seulement quelques données utiles, propres à faciliter à ceux qui sont familiers avec l'emploi de l'appareil, les recherches saccharimétriques.
Une solution de 16 gr., 471 de sucre candi pur dans Q. S. d'eau pour occuper 100 c. c, observée dans un tube de 20 c. de long, marque 100 divisions à l'échelle du saccharimètre. Gela posé, on prélèvera toujours sur le sucre à doser un échantillon de 16 gr., 471, dont on fera une solution dans des conditions identiques; si cette solution marque 45°, c'est que le sucre essayé ne contient que 45/100 de sucre pur.
Quaml la solution est trouble ou très-colorée, on doit la clarifier par addition de qques centim. c. d'acétate de plomb tribasique, ou filtration sur le charbon animal.
— Le sucre à essayer peut contenir d'autres principes propres à déplacer le point de polarisation ; il faut alors, après une première observation, intervertir le sucre cristallisable, en additionnant la solution de 10 0/0 d'acide chlorhydrique fumant et maintenant pend. 10 minutes, à une temp. de 68°. On observe de nouveau, au moyen d'un tube de 22 c. de long. On voit alors que le point de polarisation est revenu vers la gauche, et l'on note le nombre de divisions qui représente la différence entre la deuxième notation et la première; on additionne ensuite le premier nombre et celui qui exprime cette différence, et l'on trouve, dans des tables dressées à cet effet, le titre exact du sucre et le titre en volume d'une dissolution sucrée correspondante. Dans cet essai par inversion, il est nécessaire de tenir compte de la temp. des dissolutions, temp. qui fait varier considérablement le point de polarisation.
— D'autres procédés ont été donnés pour le dosage du sucre dont nous noterons seulement le principe. Le procédé de M. Payen repose sur la propriété que possède une solution alcoolique saturée de sucre, de dissoudre erxore le glucose, la mélasse, le sucre incristallisable, d'absorber de l'eau sans pouvoir se charger davantage de sucre. Si donc on traite un échantillon par une telle solution on lui enlèvera toutes les matières solubles dans l'alcool, autres que le sucre cristallisable ; la pesée indiquera la perte éprouvée. — Le procédé de M. Péligot repose sur la propriété qu'a le sucre cristallisable de dissoudre la chaux caustique et de ne pas être altéré par elle à l'ébullition, tandis que le glucose est détruit. Si donc on fait avec un échantillon de 10 gr. de sucre à essayer une solution de volume constant, que l'on sature cette sol. de chaux, et qu'on dose celle-ci par l'acide sulfurique titré, on pourra établir la proportion de sucre pur contenu dans l'échantillon, la q. de chaux dissoute étant en raison du poids du sucre. Si celui-ci contient du glucose, la liqueur à l'ébullition brunira et produira un précipité brun ; après filtration, un nouveau dosage par l'acide permettra de juger par différence le poids du sucre cristallisable et du glucose.
Act. Phys. — Le sucre par sa composition même, indique qu'il ne peut être qu'un aliment respiratoire, propre. à entretenir la respiration et la formation des matières grasses. Toutefois c'est un aliment insuffisant, par suite de l'absence d'azote dans