TROISIÈME PARTIE
Cette partie contient les principales méthodes de dosage et de séparation pour l’analyse quantitative des acides et des bases. La plupart des corps se dosent sous la forme sous laquelle ils se rencontrent dans la nature, cette forme étant la plus stable, et se prêtant le mieux aux manipulations. Ainsi le fer se dose à l’état d’oxyde ferrique; le soufre, à l’état de soufre ou de sulfate barytique ; l’argent, à l’état d’argent métallique ou de chlorure, etc.
Dosage et séparation des acides.
PREMIER GROUPE
Genres salins dont les solutions neutres précipitent par le chlorure
de baryum.
Sulfates. — L’acide sulfurique se dose toujours à l’état de sulfate barytique (S03,BaO). Acidifier fortement la liqueur par l’acide chlorhydrique, ajouter un excès de chlorure barytique, recueillir le précipité sur un filtre, laver et calciner.
La complète insolubilité du sulfate barytique dans les acides étendus rend facile la séparation de l’acide sulfurique d’avec les acides du même groupe.
DOSAGE ET SÉPARATION DES ACIDES
Lorsque les sulfates sont insolubles, on les rend solubles en les faisant fondre avec du carbonate alcalin.
— L’acide phospliorique se dose :
1° À l’état de pyrophosphate magnésique (P05,2Mg0) 5 verser dans la liqueur un mélange de sulfate ou de chlorure magnésique, de chlorure ammonique et d’ammoniaque caustique, laisser reposer le précipité, laver à l’eau ammoniacale, sécher et calciner.
Ce procédé de dosage, le meilleur pour l’acide pliosphorique, n’est directement applicable qu’aux phosphates ordinaires; les pyrophosphates et les métapliosphates exigent qu’on les transforme d’abord en phosphates, par la fusion avec un mélange d’équivalents égaux de carbonate sodique et de carbonate potassique, ou par la digestion avec de l’acide sulfurique concentré.
2° A l’état de phosphate plombique ; lorsqu’on a de l’acide phospliorique libre dans une liqueur, évaporer cet acide sur un poids connu de litharge, dessécher, calciner et déterminer l’augmentation de poids (PO) de la litharge.
3° A l’état de phosphate ferrique ; dissoudre dans l’acide nitrique un poids connu de fer pur, verser cette solution dans le liquide phospliorique, précipiter par un excès d’ammoniaque, chauffer, recueillir le précipité sur un filtre, laver et calciner; sachant combien le poids connu de fer donne d’oxyde ferrique, on déduit de l’excédant de poids la quantité de l’acide phospliorique (PO5) (Ber-
thier). Cette méthode ne donne pas des résultats bien exacts, parce qu’il reste toujours un peu de fer en dissolution, et que le précipité, lavé à l’eau froide et surtout à l’eau ammoniacale, finit toujours par se dissoudre en petite quantité. Il est plus avantageux de modifier le procédé en suivant la même marche que pour l’acide arsénique (p. 129).
h° A l’état de phosphate stannique ; évaporer le phosphate avec de l’acide nitrique et un poids connu d’étain pur, dessécher, laver, filtrer et calciner le résidu. Sachant combien l’étain doit donner d’oxyde, on déduit de l’excédant de poids le poids de l’acide phosphorique. (A. Reynoso.)
Il faut, pour réussir parce procédé, prendre une quantité d’étain suffisante, et de l'acide nitrique assez concentré (1).
Séparation de l'acide phosphorique d’avec l’acide sulfurique.
Acidifier la liqueur, précipiter par le chlorure barytique, séparer par le filtre le précipité de sulfate, enlever de la liqueur filtrée, au moyen de l’acide sulfurique, l’excédant du sel barytique, filtrer de nouveau, et précipiter l’acide phosphorique à l’état de sel ammoniacomagnésien.
(1) Ce procédé paraît d’un emploi avantageux pour la séparation de l’acide phosphorique de la plupart des phosphates insolubles dans l’eau; toutefois, quelques essais faits dans mon laboratoire avec le phosphate d’alumine n’ont pas donné des résultats satisfaisants.
DOSAGE ET SÉPARATION DES ACIDES. 125
Séparation de l’acide phosphorique d'avec les métaux des premier et deuxième groupes.
Par l’hydrogène sulfuré.
Séparation de l’acide phosphorique d’avec les métaux du troisième groupe.
Par le sulfure ammonique qui précipite ces métaux, ou par la fusion avec du carbonate sodique qui les transforme en oxydes insolubles et en phosphate alcalin soluble, qui s’extrait par l’eau chaude.
Ces procédés ne sont pas applicables à la séparation de l’acide phosphorique d’avec Y alumine. (Voy. p. 96, les méthodes employées dans ce dernier cas.)
Séparation de l’acide phosphorique d’avec les métaux du quatrième groupe, ou d’avec les terres alcalines.
Dissoudre les phosphates dans l’acide chlorhydrique et précipiter par l’acide sulfurique la bargte , la strontiane , la chaux ; les deux dernières bases exigent l’addition de l’alcool à cause de la légère solubilité, dans l’eau, de leurs sulfates.
Ce procédé n’est pas applicable à la magnésie. (Voy. p. 99, la manière dont on la sépare.)
Séparation de l’acide phosphorique d’avec les bases en général.
M. H. Rose recommande la méthode suivante : Dissoudre le phosphate dans l’acide nitrique, mettre dans la solution un léger excès de mercure métallique, évaporer à siccité au bain marie; reprendre par un peu d’eau, et évaporer de nouveau jusqu’à ce que la masse desséchée ne sente plus l’acide nitrique; délayer le ré-
sida dans l’eau chaude , et le recueillir sur un filtre ; la liqueur filtrée renferme toutes les bases, et le résidu contient tout l’acide pliosphorique ; mêler le résidu avec un mélange d’équivalents égaux de carbonate sodique et de carbonate potassique, faire fondre, reprendre par l’eau chaude, sursaturer par l’acide chlorhydrique, et précipiter l’acide pliosphorique à l’état de sel ammoniaco-magnésien.
Ce procédé est d’une exécution fort délicate et exige beaucoup de précaution.
Borates. — L’acide borique se dose en général par différence. (Yoy. les caractères de l’acide borique, page 6.)
Dans quelques cas , le procédé suivant peut s’em ployer : peser un certain poids de carbonate de soude fondu, l’ajouter à la solution contenant l’acide borique, évaporer, faire fondre, et déterminer par l’acide sulfurique la quantité d’acide carbonique contenue dans la masse fondue; la différence sur. la quantité contenue dans le carbonate sodique employé représente l’acide carbonique (CO) déplacé par l’acide borique (BO3).
Séparation de l’acide borique d’avec les métaux des premier , deuxième, troisième et quatrième groupes.
Par le sulfure hydrique ou ammonique , ou par la fusion avec le carbonate sodique.
Séparation de l'acide borique d’avec les métaux du cinquième groupe, ou cl’avec les alcalis.
1° Délayer la matière en poudre dans l’acide fluor-
DOSAGE ET SÉPARATION DES ACIDES. 127 hydrique , laisser en digestion quelque temps, ajouter avec précaution de l’acide sulfurique concentré, chauffer assez fort pour expulser l’excédant d’acide sulfurique; tout l’acide borique se dégage à l’état de gaz lluoborique (BF3), tandis que les bases restent à l’état de sulfates.
2° Délayer la matière dans l’acide sulfurique concentré, y verser un peu d’alcool fort, chauffer légèrement et enflammer l’alcool ; renouveler l’alcool après qu’il est éteint, enflammer de nouveau, et répéter ce traitement tant que la flamme de l’alcool est colorée en vert ; tout l’acide borique s’en va ainsi ; peser les bases restantes il l’état de sulfates. 9
Chromâtes. — L’acide chromique se dose (1) :
1° A l’état d 'oxyde chromique ( Cr^O ) ; faire cette désoxydation en chauffant la liqueur avec de l’alcool et de l’acide chlorhydrique, ou en faisant passer du sulfure hydrique dans la liqueur additionnée d’acide chlorhydrique, ou enfin en la chauffant doucement avec de l’acide sulfureux; précipiter ensuite par l’ammoniaque.
2" A l’état de chromo te plomb i que (Cr03,PbO); verser dans la liqueur un excès d’acétate sodique, acidifier légèrement par l’acide acétique, précipiter par l’acétate de plomb neutre, recueillir le précipité sur un filtre pesé.
(1) Voyez aussi plus Las, au troisième groupe des métaux,