CHAPITRE XIV
PHOTOGRAPHIE A LA LUMIÈRE ARTIFICIELLE
Il peut être nécessaire d'obtenir des épreuves avec une source de lumière artificielle dans des locaux non éclairés ou éclairés insuffisamment par la lumière naturelle : g-rottes, cavernes, souterrains, d'une part ; intérieurs d'appartements, de l'autre. C'est pour cette raison que, depuis de nombreuses années, on a cherché à utiliser certaines lumières artificielles. La plus pratique jusqu'ici était indiscutablement produite par la combustion du magnésium en ruban. On obtenait ainsi une lumière très vive et très actinique.
Ce procédé a donné d'excellents résultats, bien que le temps de pose fût encore d'une certaine durée et malgré les inconvénients qu'offrait la production de la magnésie, qui peu à peu obscurcissait l'atmosphère de la pièce où l'on opérait.
On eût alors l'idée d'employer le magnésium en poudre et de l'enflammer directement soit pur, soit mélangé à certains produits oxydants.
Dans les deux procédés on obtient une combustion rapide, d'où le nom à' éclair magnésique qui est maintenant généralement adopté.
Procédés basés sur la combustion du magnésium pur en poudre. — Ces procédés consistent tous à insuffler du magnésium en poudre dans une flamme suffisamment chaude pour en assurer la combustion. On se sert le plus ordinairement d'une mèche imbibée d'alcool, au centre de laquelle vient aboutir l'extrémité d'un tube renfermanile magnésiutn.
870 PHOTOGRAPHIE A LA LUMIERE ARTIFICIELLE
L'autre extrémité du tube reçoit un caoutchouc muni d'une poire pneumatique au moyen de laquelle on produit l'expulsion du magnésium.
C'est là le dispositif le plus simple et à l'heure actuelle on trouve nombre de lampes qui sont dérivées de ce principe.
Ces lampes sont suffisantes dans la plupart des cas pour brûler un ou plusieurs grammes de magnésium. Au-delà de 5 grammes, il vaut mieux subdiviser le foyer au moyen de deux ou plusieurs tubes séparés à leur sortie, mais commandés par la môme poire de manière à obtenir l'inflammation simultanée des diff'érentes charges.
On peut reprocher à la plupart de ces dispositifs, de ne brûler qu'imparfaitement le magnésium. En effet, si la pression est trop brusque, le magnésium traverse la flamme trop rapidement pour pouvoir être enflammé ; d'autre part, si l'on appuie sur la poire trop mollement, la lampe fuse. Donc on ne peut être assuré, avec une charge égale, d'obtenir toujours le même efi^et; il suffit d'ailleurs d'un courant d air, du déplacement d'une personne à côté de la lampe pour que le régime de combustion de la flamme soit complètement changé.
Pour toutes ces raisons, les lampes à magnésium utilisent mal et irrégulièrement le produit principal.
En dernier lieu, bien qu'en principe la combustion du magnésium n'oiîre par elle-même aucun danger, on doit opérer toujours avec prudence pour éviter les accidents. En efi^et, d'un côté, il faut se garder de renverser la lampe contenant de l'alcool enflammé et, de l'autre, les parcelles du magnésium insuffisamment chauffées peuvent tomber à terre et brûler soit les tapis, soit les parquets.
PROCÉDÉ AU M4GNÉsrUM
On doit donc éviter d'une manière absolue de tenir à la main la lampe, car on s'exposerait à des brûlures dont nous avons entendu citer de nombreux cas.
Procédés basés sur la combustion du magnésium en poudre et de produits oxydants. — Le mag-nésium en brûlant devant se combiner avec l'oxyg-ène de l'air on a pensé à lui fournir au moment de sa combustion des corps susceptibles de se décomposer facilement et de dégager de grandes quantités d'oxygène. Les produits que l'on obtient ainsi s'enflamment avec grande facilité et la combustion du magnésium est complète; mais ils ne peuvent plus s'employer dans les lampes ordinaires, qui ont un réservoir, car l'énorme quantité de gaz développés en provoquerait fatalement l'explosion.
Voici différentes formules de ces compositions:
1» Magnésium en poudre 1000
Perchlorate de potasse 7î;0
Chlorate de potasse 750
(Edcr.)
Ce mélange donne un éclair très rapide.
2* Magnésium en poudre 1000
Chlorate de pota-sse. 4166
Sulfure d'antimoine 2000
Fleur de soufre 1000
3" Magnésium en poudre 1000
Chlorate de potasse 1000
Coton poudre 333
La préparation de ces compositions demande de très grands soins. Les produits doivent être pulvérisés séparément et mélangés sur une feuille de papier avec une plume et jamais un objet métallique ou trop dur. Ne jamais conserver ces produits dans des flacons à
PHOTOGRAPHIE A I^A LUMIERE ARTIFICIELLE
l'émeri : le frottement du bouchon pourrait déterminer une explosion.
Procédé A. Londe. — Nous avons indiqué, il y a quelques années, un procédé pour l'obtention de l'éclair magnésique dont voici la description. Nous employons une poudre composée de magnésium en poudre et de chlorate de potasse, poudre qui est préparée par M. Delaperrière, l'habile successeur de Rug-gieri. Cette poudre se conserve très bien à l'abri de l'humidité; on la garde dans des boîtes en carton ou en bois, placées ensuite dans des boîtes en fer-blanc. Pour produire l'inflammation de ce mélange, qui exige une certaine température, nous en enveloppons la quantité nécessaire dans un petit carré de papier nitrifié (i).
Nous ficelons cette sorte de cartouche (fig. 72) avec un fil de coton également nitrifié. Ces deux produits se trouvent également chez les industriels dont nous avons parlé.
Cette cartouche est suspendue au moyen d'un fd, d'un bâton quelconque à la hauteur voulue pour obtenir le meilleur éclairage. On enflamme alors le fil nitrifié qui brûle rapidement et provoque l'inflammation du papier bengale et de la charge. Le papier bengale brûlant sans laisser de résidus, rien ne fait obstacle aux rayons lumineux. Notre procédé, qui est un perfectionnement d'un dispositif indiqué par M. Bourdais, supprime le cornet en papier qui avait été indiqué par
Fig. 72.
Cartouche photogénique
(1) Ce papier est connu dans l'industrie sous le nom de papier bengale.
DIVERS MODES d'iNFLAMMATION
cet amateur et qui pouvait faire écran. De plus, la chaleur énorme développée par la combustion du papier beng^ale assure l'inflammation complète et rapide de la charge.
Divers modes d'inflammation. — \o Procédé rapide. — On laisse en-dessous de la cartouche une petite longueur de fil nitrifié, on enflamme avec un rat de cave monté au bout d'un long bâton. L'inflammation est immédiate. C'est même pour cette raison qu'U est bon d'être à une certaine distance pour ne pas être ébloui par l'éclair.
Procédé lent. — Il suffît d'ajouter au bout du fil nitrifîé un bout de fil de coton ordinaire non préparé. Ce fil brûle avec une certaine lenteur et constitue une véritable mèche à temps qui permet de laisser s'écouler un nombre de secondes déterminé entre l'inflammation et l'éclair, ce qui peut être utile si l'opérateur veut être saisi dans la scène qu'il reproduit.
Quantité de produits a employer. — Cette quantité doit varier d'après le foyer de l'objectif, son ouverture, le diaphragme employé, le pouvoir photogénique des objets à reproduire, le format de la plaque et, en dernier lieu, la surface à éclairer. Dans la plupart des cas, portraits, groupes, intérieurs de moyennes dimensions, on ne dépassera guère 2 à3 grammes. Du reste, quelques expériences auront vite fixé l'amateur sur ce qu'il doit faire. Pour des espaces plus vastes, salles de conférence par exemple, on peut aller jusqu'à 10 grammes. Dans des essais que nous avons faits à l'Hippodrome de Paris, nous avons employé jusqu'à i4 grammes.
Dispositif pour charges élevées. — Lorsque la quantité de poudre dépasse 5 grammes, nous préfé-
PHOTOGRAPHIE A LA LUMIERE ARTIFICIELLE
rons à la cartouche un autre dispositif destiné à assurer l'inflammation rapide du mélang-e qui est en beaucoup plus grande quantité. Nous prenons une toufîe de fulmicoton et nous en formons une sorte de nid dans lequel nous plaçons la charge en l'étalant pour qu'elle ne forme pas de tas.
Un fil de coton nitrifié, qui aboutit au coton poudre, permet de faire l'inflammation comme précédemment, soit par le procédé lent, soit par le procédé rapide.
Photographie à la lumière combinée du jour et du magnésium. — Les dispositifs dont nous avons parlé permettent d'opérer dans toutes les circonstances dans lesquelles la lumière fait défaut, mais encore lorsque celle-ci est insuffisante. Des intérieurs d'appartements qui exigeraient une pose de plusieurs heures sont faits en une fraction de seconde avec l'éclair magnésique ; c'est un avantage considérable car, outre le gain de temps qui en résulte et qui est loin d'être négligeable, on peut animer les photographies et prendre les personnages dans leur intérieur, dans le cadre réel où on les voit, où on les connaît.
On sait, d'autre part, la grande difficulté que l'on éprouve dans ce genre de travail, lorsque l'on rencontre dans le champ de l'appareil des ouvertures quelconques, baies, fenêtres, vitraux donnant sur l'extérieur. On voit se produire le phénomène du halo qui cercle l'image de ces parties beaucoup plus éclairées que le reste et le résultat obtenu est souvent médiocre. Grâce à l'emploi combiné de la lumière naturelle et de la lumière artificielle, comme nous l'avons indiqué, on peut parfaitement résoudre ce problème. II suffit de donner une très courte impression à la lumière natu-