CHAPITRE IV
DE L'OBTURATEUR
Depuis la découverte du gélatino-bromure d'arg-ent principalement, il est devenu nécessaire de remplacer la main de l'opérateur par un mécanisme permettant de réaliser des poses assez courtes pour saisir les divers objets en mouvement.
Ce mécanisme constitue l'obturateur. Il est peu d'appareils qui aient autant exercé l'ingéniosité des inventeurs; mais, quel que soit le système adopté, il est certaines qualités primordiales que l'on doit rencontrer dans l'obturateur et que nous allons étudier.
Qualités que doit posséder l'obturateur
i» Multiplicité des vitesses. — Malgré l'exquise sensibilité des plaques au gélatino-bromure d'argent, l'exécution d'une épreuve instantanée est toujours chose délicate; en effet, avec desposes très courtes, on court risque d'avoir une image insuffisamment venue ou beaucoup trop dure. On peat donc poser en principe que, pour ne pas sacrifier l'existence même du cliché ou sa valeur, il ne faut réduire la pose qu'autant que la vitesse de l'objet à reproduire l'exige.
L'obturateur devra donc pouvoir donner différentes vitesses. Ce résultat est obtenu pratiquement de deux façons; par la tension croissante du ressort qui actionne l'obturateur ou par l'action d'un frein qui en modère l'action.
Nous préférons de beaucoup la première solution^ qui ne fait jamais travailler le ressort que proportion-
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nellement au travail que l'on exige de lui, tandis que, dans la seconde, quelle que soit la vitesse réalisée, le ressort travaille toujours à son maximum de tension ; d'où, fati:çue inutile de cet organe et sa rupture fréquente.
Avec un ressort dont on augmente progressivement la tension, on constate qu'il est très difficile d'obtenir et des petites vitesses et des très grandes. Si l'obturateur est réglé pour donner une vitesse très faible, il ne permettra pas d'en obtenir de très rapides. Au contraire, est-il réglé pour donner des vitesses très grandes, il ne donnera plus de petites vitesses, si utiles cependant dans certains cas.
On peut arriver néanmoins à réaliser C3 desideratum au moyen d'un ressort supplémentaire que l'on ajoute pour obtenir les plus grandes vitesses. L'obturateur sera donc réglé pour donner une petite vitesse
de — de seconde environ, et grâce au ressort supplémentaire on pourra, dans certains cas, obtenir des vitesses considérables.
Il n'est nullement nécessaire de pouvoir réaliser toutes les vitesses intermédiaires, mais bien certaines d'entre elles nettement différenciées. En pratique, cinq à six vitesses sont plus que suffisantes. Un obturateur qui posséderait les six vitesses suivantes, parexemple,
— , — , — , — , — et nous paraîtrait très bien
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compris pour répondre aux besoins de la pratique.
2° Identité des vitesses. — Par ceci nous entendons que l'obturateur doit toujours donner des vitesses identiques pour un même degré de réglage et, si nous insistons sur ce point, c'est que dans bien des
QUALmis DE l'obturateur
appareils cette condition, pourtant essentielle, n'est nullement remplie.
Ainsi les obturateurs commandés par des caoutchoucs ou par la pression d'une poire pneumatique ag-issant directement donneront forcément des résultats variables, d'une part, à cause de l'altérabilité du caoutchouc et, de l'autre, à cause des variations de pression du fait de l'opérateur.
L'obturateur doit être actionné par des ressorts •métaUiques, et encore faut-il que ceux-ci soient choisis avec soin et éprouvés; il faut de plus qu'ils soient préservés des altérations extérieures.
Le frein qui est employé dans certains appareils n'est pas à l'abri d'une critique impartiale : en effet, en dehors de l'obligation de faire travailler le ressort au maximum de tension dans toutes les hypothèses, il ne nous paraît pas pouvoir assurer l'identité des temps de pose pour un même rég-lag-e par la raison bien simple qu'il s'use constamment. Par suite, au bout de peu de temps, la graduation gravée sur l'appareil ne sera plus exacte .
3° Rapidité. — Pour la pratique courante un obturateur sérieux doit pouvoir donner au moins de
seconde. Tous ceux qui n'atteindront pas cette vitesse seront insuffisants dans bien des cas. Si l'amateur désire faire des travaux particuliers impliquant alors de plus grandes vitesses, il devra se procurer un obturateur spécialement fait pour les travaux de ce genre.
4° Praticité. — L'obturateur doit être simple et robuste. C'est notre compagnon habituel, et il est nécessaire qu'il ne nous abandonne pas au bon moment. La manœuvre devra en être simple et rapide. L'obturateur devra pouvoir se démonter facilement en cas
DE l'obturateur
d'accident et l'amateur devra constituer à cet effet un petit nécessaire comprenant les outils voulus, des ressorts de rechange, etc. (i).
Obturateurs mixtes
Depuis quelque temps, les amateurs désirent des obturateurs susceptibles de réaliser des poses instantanées et des poses d'une durée plus long-ue . Il en est même qui recherchent des appareils chronométriques leur donnant toutes les poses par secondes et fractions de secondes.
Nous ne craignons pas de nous élever hautement contre les exigences de ces amateurs qui ne veulent même plus prendre la peine d'enlever et de remettre le bouchon, ni de compter les secondes, et qui ont entraîné les constructeurs les uns après les autres dans l'exécution d'obturateurs à double fin, instruments qui sont naturellement plus compliqués, par suite plus délicats et plus sujets à se déranger.
On portera son attention sur le mécanisme qui permet d'obtenir la pose, et qui, dans certains appareils, n'a pas toute la sûreté voulue.
Divers types d'obturateurs
Le nombre des obturateurs imaginés depuis quelques années est considérable. Aussi notre intention ne peut être de les décrire tous, mais bien d'indiquer quelles sont les différentes catégories dans lesquelles on peut les classer.
D'après le genre d'ouverture, on peut les ranger en trois classes :
(1) Cependant l'amafeur fera bien de ne jamais démonter son appareil qu'en cas de nécessité absolue. Nous en connaissons qui, en véritables enfants, ont détraqué d'excellents instruments en voulant « voir ce qu'il y avail dedans ».
EMPLACEMENT DE l'obTURATEUR LATERAL
1° Obturateurs à volets. — Us sont constitués par un ou plusieurs volets ; ceux-ci peuvent être indépendants ou solidaires l'un de l'autre.
Ex. : Guerry, volel simple. Boca (i^r modèle). Guerry, double volet. Ces obturateurs se placent en avant ou en arrière de l'objectif.
2° Obturateurs latéraux. — Ils sont constitués par une lamelle percée d'une ouverture qui effectue un mouvement soit rectilig-ne soit circulaire. Ex. guillotine, obturateur Londe et Dessoudeix.
3'^ Obturateurs centraux. — Ils sont constitués par une ou plusieurs lamelles s'entre-croisant, mais qui démasquent l'objectif à partir de l'axe principal. Ex. Thury et Amey.
Emplacement de l'obturateur
L'obturateur peut occuper trois places principales : en avant de l'objectif, au centre optique, c'est-à-dire dans un plan aussi voisin que possible de celui des diaphragmes et enfin en arrière de l'objectif. La théorie indique que, suivant la classe à laquelle appartient l'obturateur, son emplacement n'est pas indifférent au point de vue de la qualité de l'image.
Emplacement de l\)bturateur a volet. — Si l'on fait du paysage, il doit être placé devant l'objectif, car, à cause du mouvement de va-et-vient du volet, les parties inférieures du sujet se trouveront avoir une durée d'exposition beaucoup plus longue que les parties supérieure; par suite, on pourra avoir également bien le terrain et le ciel qui, on le sait, n'exigent pas une même durée d'exposition. Cette disposition sera également avantageuse pour le portrait en donnant une pose plus longue aux vêtements qu'à la figure. Si l'on place l'ob-
DE r OBTURATEUR
turateur derrière l'objectif, comme le font souvent les photographes, c'est l'inverse qui se produira et le haut du modèle qui posera plus que le bas. Cette objection n'a de valeur que pour les poses rapides. Dès qu'on pose tant soit peu, ces différences de la durée d'exposition pour les diverses parties du modèle deviennent négligeables.
Emplacement de l'obturateur latéral. — Si l'obturateur est une guillotine, par exemple, et qu'elle fonctionne soit en chute libre, soit au moyen de ressorts, il y aura avantage à la placer plutôt en arrière qu'en avant, car la lamelle possédant une vitesse croissante, on obtiendra de cette manière une durée d'exposition plus grande pour les premiers plans que pour le ciel. On peut également placer la guillotine dans le voisinage immédiat du centre optique ; dans ce cas, il n'y aura plus de différences d'exposition entre le ciel et le terrain ; l'image se forme immédiatement sur toute la plaque. Si l'obturateur fonctionne transversalement, on peut adopter indifféremment l'emplacement en arrière ou au centre de l'objectif.
L'obturateur de plaque, qui consiste en une lamelle rigide ou une étoffe souple percées d'une fente se place le plus près possible de la surface sensible. Il expose les différentes parties de l'image successivement et si la vitesse de translation n'est pas considérable il peut donner des déformations très sensibles. Néanmoins ces réserves faites, c'est le type d'obturateur qui a le rendement le plus élevé et qui permet d'atteindre les durées d'exposition les plus courtes.
Emplacement de l'obturateur central. — Dans ce genre d'obturateur, il n'y a qu'une place possible : c'est au centre optique, au milieu del'objectif ; il fonctionne comme un diaphragme grandissant, et l'image