‹ Aidez-le à bien travailler le latinChapitre 163 sur 235 · PRUDENCE · texte numérisé non relu

PRUDENCE

Je sais qu'il arrive parfois au candidat de ne pas saisir la pensée de l'auteur dans une phrase : il a fait le mot-à-mot selon les meilleures lois, il a lu et relu les environs, mais l'enchaînement des idées lui échappe. En pareil cas, il vaut mieux écrire le mot-à-mot en français décent, sans chercher à préciser l'interprétation. On risquerait de montrer clairement... qu'on n'a pas compris ! Les exemples [919] et [92°], isolés de leur contexte, sont un peu énigmatiques ; cependant on peut, avec une bonne technique, en établir correctement le mot-à-mot.

Parents et élèves me poseront encore deux questions :

1 ) faut-il suivre l'ordre ?

2) faut-il couper les phrases longues ?

Le grand principe est de rendre si possible le mouvement du texte. Cela exige un certain talent ! C'est pourquoi je suis, sur ces points-là, assez libéral. Si l'élève réussit à suivre l'ordre du texte latin avec habileté et exactitude, j'en suis ravi : cela suppose

(1) Tour qui serait plus clair pour nous, mais qui, normalement, ne se rencontre pas en latin.

qu'il a préalablement analysé la phrase en rétablissant l'ordre logique, et a trouvé ensuite des moyens d'adapter le français au mouvement du latin. Maintenir une longue phrase oratoire dans toute sa structure, c'est préférable sans doute, mais c'est difficile, quand l'accumulation et l'enchevêtrement des subordonnées s'écartent totalement de nos habitudes. On peut se souvenir qu'une conjonction de coordination permet d'économiser une subordination : car remplace parce que ; — que la ponctuation même allégera encore la phrase : les deux points remplacent car.

De même si un élève passe correctement du style indirect au style direct, je ne lui en tiendrai pas rigueur.

Chez les historiens, la phrase longue présente habituellement les faits dans l'ordre chronologique. J'accepterai fort bien une traduction où les actions successives sont exprimées par des propositions indépendantes, à condition que les rapports de temps soient respectés.

La meilleure illustration de tous ces conseils généraux ne sera-t-elle pas la traduction d'une version de baccalauréat par un bon élève ayant obtenu, en juin 1958, la note 19 sur 20 ? Elle montrera toutes les qualités qu'il faut essayer d'atteindre, et qui sont accessibles, comme le prouve cette copie qu'on trouvera transcrite dans les pages roses [921].

VERSION DU BACCALAURÉAT (juin 1958)

Châtiment d'esclave

Haud multo post, praefectum urbis Pedanium Secundum servus ipsius interfecit. Cum vetere ex more familiam omnem quae sub eodem tecto mansitaverat ad supplicium agi oporteret, concursu plebis quae tôt innoxios protegebat, usque ad seditionem ventum est senatusque obsessus, in quo ipso erant studia nimiam severitatem aspernantium, pluribus nihil mutandum censentibus. Ex quis C. Cassius sententiae loco in hune modum disseruit :

« Gonsularis vir domi suae interfectus est per insidias serviles, quas nemo prohibuit aut prodidit, quamvis nondum concusso senatus consulto quod supplicium toti familiae minitabatur. Decernite hercule impunitatem : at quem dignitas sua defendet, cum praefecto urbis non profuerit ? Quem numerus servorum tuebitur, cum Pedanium Secundum quadringenti non protexerint ? Cui familia opem feret, quae ne in metu quidem pericula nostra advertit ? At quidam insontes peribunt. Nam

et ex fuso exercitu cum decimus quisque feritur, etiam strenui sortiuntur. Habet aliquid ex iniquo omne magnum exemplum quod contra singulos utilitate publica rependitur. »

Sententiœ Cassii ut nemo unus contra ire ausus est, ita dissonœ voces respondebant numerum aut aetatem aut sexum ac plurimorum indubiam innocentiam miserantium. Praevaluit tamen pars quae supplicium decernebat. Sed obtemperari non poterat, conglobata multitudine et saxa ac faces minante. Tum Caesar (1) populum edicto increpuit atque omne iter quo damnati ad pœnam ducebantur militaribus praesidiis saepsit.

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