TRADUIRE
Il restera à « mettre en français » — et d'abord en français correct.
• Que le candidat se préoccupe de l'ORTHOGRAPHE, en songeant qu'il perd couramment un point par incorrection dans le français, c'est-à-dire la moitié d'un contresens (si on se réfère à la cotation la plus générale).
Je demande donc aux élèves de bien regarder les mots de cette liste :
currebat = il courait inimicus = ennemi privé castra = un camp, le camp tempus = le temps le discours, — un entretien, — un différend, — une opinion. — pour traduire commotus ou perculsus : bouleversé.
les impératifs : aime, pense, juge, crie... (verbes en -er)
mais : sors, sens, réponds, reçois...
la 2e personne : tu cries, tu prépares, tu posais, tu demandas. futur et conditionnel : je demanderai, j'interromprais. les participes : il s'est écrié, il a écrit. la personne des pronoms : toi qui cherchais. les conjonctions : parce que (deux mots)
lorsque — puisque — quoique (un mot) [trois sens possibles de cum] les modes : après qu'il eut ordonné (passé antérieur)
bien qu'il eût accompli (plus-que-parfait du subj.)
l'élision : écrivez : s'il, parce qu'il...
D'autres erreurs portent sur le SENS de certains mots français : ainsi on confond souvent :
apparaître (== se montrer, se manifester) avec paraître
(= sembler) oppresser (= provoquer une gêne respiratoire) avec opprimer (= imposer la servitude) [le verbe latin opprimere signifie écraser).
Que chacun se ménage dix minutes à la fin pour relire avec soin sa copie, afin d'en vérifier l'orthographe, la correction, les accents, et la ponctuation.
• LA TRADUCTION définitive appelle diverses observations. Je supplie d'abord les élèves
— de ne pas donner plusieurs traductions à choisir ;
— de ne pas ajouter d'explications, soit entre parenthèses, soit en notes au bas des pages.
Le texte auquel ils aboutissent doit se suffire à lui-même.
L'é'ève doit-il écrire à mesure sa traduction ?
Habituellement presque tous les candidats font un brouillon suivi. C'est qu'ils ont la triste manie d' « avancer dans le texte ». A les voir faire, on croirait qu'ils trouvent tout : la construction, le sens, la traduction française, à première lecture !
Je proposerais plutôt d'écrire d'abord les phrases qui sont d'une simplicité aveuglante, et faciles à traduire, — en laissant du blanc pour les passages encore obscurs — d'écrire, sur une autre feuille, des mots qu'on ignorait, et dont le sens est maintenant certain, — puis de combler les vides au cours des lectures suivantes.
La mise au net sur la copie serait entreprise au plus tard trois quarts d'heure avant la fin, et comporterait les ultimes mises au point.
Qu'on soit très fidèle, sons tomber dans le charabia.
L'étude de tous les exemples du présent livre permettra de constater que la plupart du temps un mot-à-mot habile et précis est déjà français.
Par une connaissance approfondie de la langue française, de ses lois et de ses ressources, on parviendra aux notes élevées en version latine.
Pour les latinismes, le chapitre précédent indiquait aussi bien le sens littéral que la manière de traduire en français.
Parfois certaines phrases un peu enchevêtrées posent un problème sérieux. Tels sont les exemples [912] et [918] dont j'ai donné seulement le mot-à-mot dans le corrigé. Essayons de les « rendre » en français.
La phrase [91~] est contraire à notre usage par l'emploi du neutre appliqué à des personnes. Il faut tâcher de remplacer ce neutre par « Quels hommes ? », et on écrira par exemple : « Quels hommes, juges, peut-on désigner ou imaginer qui soient plus fatigués, plus alarmés, plus tourmentés que nous deux ? »
Dans la phrase [918], c'est le jeu des relatifs qui nous gêne. On peut déjà se défaire de qui ignoscit en le rendant par l'adjectif clément, opposé à saevus. Le tour « rendra déserteurs ceux » sera remplacé par « poussera à la désertion ». En faisant un dernier effort pour strenuis utitur, on obtiendra : « Un tribun impitoyable poussera à la désertion ceux qui se montrent empressés avec un chef ciément. »
Les libertés prises ainsi avec le texte latin sont mesurées, et fidèles à « l'esprit » sinon à « la lettre » ; elles reposent du reste sur une analyse très stricte.
La traduction doit-elle être élégante ?
Je ne recommande pas de chercher l'élégance à tout prix. Ainsi je ne donnerai pas comme une loi de toujours tourner le passif par l'actif. Les élèves n'ont que trop tendance à « ignorer » le sujet du passif, à ne pas comprendre le passif impersonnel, à mettre « on » sans réfléchir !
Il y a cependant un minimum de « tenue » à observer. On s'habituera de bonne heure à écrire « je le vois » au lieu de « je vois celui-ci », — à traduire hac oratione habita par « après ce dis-
cours » (et non par le mot-à-mot : « ce discours ayant été tenu », cf. avant [548]), — à rendre le mot res par un terme autre que chose, soit parce que res a un sens précis : affaire, situation, action militaire, et au pluriel : les biens, soit parce qu'il représente une idée qu'on dégagera du contexte. (Il en sera de même pour le pluriel neutre.)
L'exemple [82°] : His rébus perficiendis undecim dies tribuit, a été traduit : « Il accorde onze jours à ces arrangements. » Comme le tour latin équivaut à perficiendo has res (1), on peut fort bien écrire aussi : « Il accorde onze jours à l'achèvement de ces préparatifs. »
Cela prouve qu'il n'y a jamais une traduction-type, rigoureusement unique, et qu'un élève peut trouver une excellente traduction à laquelle son professeur n'avait pas pensé ; chacun verra que cet effort personnel pour aboutir au tour le plus heureux est captivant.
Mais ce travail est impossible, si on considère les membres de phrase isolément, et si on écrit un brouillon en suivant le texte ; car chaque détail est éclairé par les détails voisins, et il faut sans cesse, pour choisir un mot, une tournure, se référer à ce qui précède ou à ce qui suit (cf. [711]).