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PARENTS, VOICI CE QUE NOOS VOUS APPORTONS

Préface à la Collection

Parents, vous êtes souvent les répétiteurs de vos enfants. Lorsque les élèves sont dociles, le père ou la mère libres de toute occupation et de tout souci, l'humeur de part et d'autre aimable, le parent-répétiteur lui-même bien informé de la matière qu'il enseigne, bien assuré de la méthode à suivre, ce travail en commun s'accomplit aisément, profitablement, dans une atmosphère sympathique.

Plus fréquemment, cette surveillance ou cette direction du travail personnel de l'élève est, avouons-le, une quotidienne difficulté, une redoutable épreuve. L'expérience apprend que, bien souvent, les incertitudes et les hésitations du parent-répétiteur contribuent lourdement à le faire redouter les fins de journée, les jeudis, les dimanches. C'est que bien des parents ont conscience, au fond d'eux-mêmes, de ne pas bien savoir s'y prendre et même, parfois, de ne pas bien savoir ce qu'il faut faire.

Que faut-il faire en effet ? Faut-il se borner à s'assurer que les devoirs portés au cahier de textes sont accomplis, et les leçons apprises ? Ce ne serait là qu'une bien mince garantie.

Faut-il donc vérifier le devoir, examiner si la leçon est, non seulement apprise, mais aussi comprise ? C'est encore insuffisant. Et, à vrai dire, ce n'est pas du tout la bonne méthode. Votre enfant a fait son devoir. Vous le lisez et vous décidez : « Cela ne vaut rien. Nous allons nous y mettre ensemble et tu vas recommencer. » Que de temps perdu ! Et plus gravement encore, quelle déception, quelle lassitude chez l'élève, quelle satiété ! — à la limite quel écœurement ! Cet enfant a peut-être fait de son mieux, et voilà que ses efforts sont réduits à néant. Il était peut-être satisfait de son travail, et voilà que vous le condamnez, et le ramenez à zéro ! Ne pensons pas que les sentiments qu'éprouve l'enfant, sa peine rentrée ou les larmes qui lui montent aux yeux, sont sans importance. Dans certains caractères, consciencieux et sensibles, ces échecs laissent un sillage de découragement ou de rancœur. Leur répétition suffit plus d'une fois à expliquer le désintérêt ou le dégoût de l'élève devant l'effort scolaire (1).

Mieux vaut, et de très loin, procéder de façon inverse, c'est-à-dire préparer le travail de l'enfant, l'aider à en bien voir d'emblée les grandes lignes, les données essentielles, le plan, la direction. Il est dangereux que les parents ne soient que des censeurs : qu'ils soient plutôt des guides ! Guides de vos enfants, cette collection se propose de vous guider vous-même.

(1) Cf. André Le Gall, Les insuccès scolaires ; diagnostic et redressement (Collection « Que sais-je ? »)> Presses Universitaires de France, 3e édit., 1959.

Allons plus loin. M. Frémy le montre dans cet ouvrage par le précepte et par l'exemple : le parent-répétiteur doit, dès qu'il en a la possibilité, collaborer avec le maître pour vérifier, affermir, élargir ce que l'élève a appris en classe. Les notions reçues ce matin au lycée ou à l'école, ce sont, pour votre enfant, des nouveautés. Son professeur les a signalées, soulignées, certes. Mais dans la classe nombreuse, au milieu de distractions inévitables, qu'en a retenu l'élève et qu'en demeure-t-il déjà ce soir ? Demain, en classe, on passera à d'autres sujets, on proposera d'autres connaissances qui s'appuieront aux premières. Celles-ci, rappelez-les ce soir, affermissez-les, enrichissez-les. Jusqu'ici vous alliez un peu au hasard, n'est-ce pas ? Et il arrivait souvent que votre enfant, plus troublé qu'aidé par votre intervention, vous répliquât : « Ce n'est pas comme cela que le professeur nous l'a appris ! » Désormais, grâce à cette Collection, vous saurez, par la voix des professeurs eux-mêmes, ce qu'on enseigne à vos enfants et comment on l'enseigne. Vous saurez donc vous-mêmes ce qu'il faut enseigner et comment il faut l'enseigner.

Enfin, il n'est pas rare que votre enfant soit affecté de petites insuffisances de départ, dont l'origine est confuse, mais très claire la néfaste influence. Par exemple il écrit mal, il orthographie mal, il fait des devoirs malpropres : dans un autre domaine peut-être ne sait-il pas chercher des idées pour un devoir de français, ou, les ayant trouvées, les bien exprimer ; peut-être ne sait-il pas, en mathématiques, mobiliser les théorèmes pour les appliquer à un problème, utiliser ses connaissances de grammaire latine pour les appliquer à une version, bref il lui manque un peu partout de pouvoir faire la liaison entre ce qu'il sait et ce qu'il fait. Notre Collection et cet ouvrage lui-même, riche et précis, complet et facilement utilisable, vont vous aider à opérer peu à peu, patiemment, efficacement, les redressements nécessaires.

Un dernier conseil, encore. Parents-répétiteurs, soyez aussi des parents-psychologues ! Chacun de vos enfants possède une nature, sa nature. Ne lui demandez pas de l'oublier ou de la contredire. S'il est, par exemple, vif, mobile, un peu bavard et agité, ne le contraignez pas à demeurer immobile et silencieux trois heures durant devant sa table de travail ; ménagez-lui plutôt des pauses au cours desquelles il ira s'ébattre un peu et détendre ses muscles et ses nerfs. S'il est lent et calme, animez-le, certes, mais ne le houspillez pas constamment. Nos enfants sont ce qu'ils sont, différents de nous souvent, et si divers entre eux ! Nous ne les aiderons, nous ne les éduquerons vraiment qu'en connaissant bien chacun d'eux et, après cela, en utilisant leurs lignes de plus grande pente, plutôt que d'essayer vainement, périlleusement, de les tordre contre eux-mêmes (1).

Ce conseil, à vrai dire, je pourrais le libeller autrement. C'est peutêtre dans la surveillance et la direction du travail personnel de l'élève que les incidents sont le plus fréquents, et c'est, je l'ai dit, dangereux. Si, au contraire, les parents savent trouver là l'occasion d'un contact heureux et tranquille avec leurs enfants, leur apporter à la fois leur présence et leur aide, leur affection et leurs encouragements, ils se seront assuré de grands avantages, dont le succès scolaire de leurs enfants sera le premier, mais non le seul.

André LE GALL, Inspecteur général de l'Instruction publique.

(1) Cf. André Le Gall, Caractérologie des enfants, et des adolescents à l'usage des parents et des éducateurs, Presses Universitaires de France, 5e édit., 1960.

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