‹ Aidez-le à bien travailler le latinChapitre 3 sur 235 · AVANT- PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT- PROPOS

Chers Parents,

Il y a une querelle du latin, comparable à la fameuse querelle des anciens et des modernes.

Un premier parti — j'emploie le mot à dessein, car les conceptions politiques et philosophiques se mêlent au débat — veut supprimer l'étude du latin parce que c'est du temps perdu. Quelques professeurs sont du nombre, les uns écœurés par la nullité des élèves, d'autres parce qu'ils ont un cas dans leur famille : un enfant qui décidément « ne mord pas » au latin, d'autres parce qu'ils adhèrent à une idéologie qui écarterait le latin au moins du premier cycle.

Quelques-uns vont plus loin encore : d'après eux, l'étude du latin nuirait à celle du français ; les meilleurs étudiants en français dans les facultés viendraient de la section moderne. Ils auraient eu plus de temps pour lire, pour se cultiver, ou encore leur style n'aurait pas été corrompu par l'habitude de traduire du latin en charabia...

Je n'afficherai aucun mépris pour l'enseignement sans latin. J'ai interrogé en français dans la série moderne et j'y ai rencontré des esprits remarquables... Mais je suis persuadé qu'à ces espritslà, un peu de culture latine n'aurait pas nui ; elle leur aurait apporté au contraire une connaissance plus sûre et plus profonde de la langue française et des vues plus larges sur l'histoire générale de l'humanité. A l'oral de français, dans cette série, l'examinateur doit renoncer à bien des questions, parce que l'élève n'a pas fait de latin. Et je crois pouvoir affirmer qu'au niveau du baccalauréat et sur le plan strictement littéraire, l'absence du latin constitue une lacune dans la formation générale d'un esprit (1).

Mais on m'objectera que je suis un de ces mandarins, de ces « marchands de latin » qui n'ont pas voix au chapitre... Je céderai donc la parole à un agrégé de mathématiques, M. Bay, déclarant naguère, à propos d'un changement d'horaire qui profita aux mathématiques au détriment du latin : « En 6e et 5% l'étude du latin est la plus efficace des disciplines scientifiques. » Ou bien, pour couper court à une sorte de concurrence entre les sciences et les

lettres, entre les mathématiques et le latin, j'invoquerai l'opinion d'un neutre, agrégé d'histoire et géographie, M. Bazin : « Il n'y a que deux disciplines, au sens plein du terme, le latin et les mathématiques. » Or le sens plein du terme discipline, c'est : « moyen de former les esprits ».

C'est pourquoi, dans le nombre des partisans convaincus de l'utilité, de la nécessité des études latines, se rangent beaucoup

1 d'hommes de science : professeurs des facultés, chefs d'entreprises, ingénieurs... Enfin on voit se développer un mouvement en faveur d'un retour à l'adoption du latin comme langue scientifique internationale ! M. Maurice Lacroix, le défenseur acharné de la culture franco-ancienne, n'écrivait-il pas, en 1957, s'élevant contre certaines idées de réforme pédagogique : « Le moment que l'on choisit pour rendre impossible l'enseignement du latin est celui où, dans le monde scientifique, des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour demander qu'il serve de langue internationale. »

Qu'on ait cherché ou non à « rendre impossible l'enseignement du latin », qu'il y ait eu ou non un plan de destruction de l'Enseignement Secondaire traditionnel, je constate que l'on réduit de plus en plus le nombre d'heures réservées au latin. Je me souviens qu'en 1939 (pour ne pas remonter plus loin), dans une classe de 2e, section Latin-Sciences, je disposais de cinq heures hebdomadaires pour le latin. Aujourd'hui je dois me contenter de trois. Voici d'ailleurs le tableau comparatif des heures accordées au latin (publié en juillet 1957, par la Revue de la Franco-Ancienne) .

Précisons que sous Napoléon Ier on commençait le latin en 8e, et que les chiffres donnés pour les classes de lre et 2e concernent la série A. (Le grec, paraissant aider les jeunes latinistes, mordait sur l'horaire du latin. Ainsi l'horaire de la section Latin-Sciences, cité plus haut, ne figure pas dans le tableau ci-dessous.)

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