CONJUGAISONS
Quand un enfant aborde le latin, on se hâte de lui faire apprendre quelques formes verbales : l'indicatif présent du verbe esse, l'indicatif présent et l'impératif présent du verbe amo afin de lui faire traduire de petites phrases. On ajoute progressivement les autres temps.
Ainsi l'élève apprend par exemple dans la même semaine la déclinaison de rosa et le présent amo, amas..., et l'on avance parallèlement dans les déclinaisons et les conjugaisons. Mais l'importance du VERBE est telle qu'il faut parvenir à la fin des conjugaisons actives en même temps qu'on termine les déclinaisons, ou, en d'autres termes, quelle que soit la méthode suivie, z7 faut assurer la connaissance des formes verbales essentielles le plus tôt possible.
Il est relativement aisé d'obtenir que les élèves « dévident » par cœur les diverses formes d'un verbe, mais la gymnastique devient périlleuse quand il faut :
1° donner telle ou telle forme au hasard, 2° passer d'un verbe à un autre, par exemple d'amare à putare.
Dans le premier cas, il est nécessaire de bien connaître d'abord la conjugaison française. Des efforts rigoureux porteront donc sur le verbe être et son correspondant esse, puis sur aimer et amare. En
s'acharnant à ces comparaisons, l'élève finira par mieux savoir ou mieux comprendre ses formes françaises grâce à la conjugaison latine.
Dans le deuxième cas, il faudra connaître les parties constitutives de chaque forme pour en accomplir le démontage ou le remontage à la demande, comme s'il s'agissait d'un engin mécanique.
J'insiste sur cette comparaison. Les enfants aiment assez les jeux de patience. Pourquoi n'aimeraient-ils pas celui-là ? Qu'ils s'y adonnent de très bonne heure et avec toute l'énergie et toute la patience désirables, pour les raisons suivantes :
les fautes les plus nombreuses dans tous les devoirs de latin, et en particulier dans les versions du baccalauréat, sont des fautes de temps, — ou des fautes portant sur le verbe.
La paresse des élèves pour faire l'analyse des formes est inimaginable. Et en voici la preuve. Quand on leur demande : « Analysez telle forme. » Ils commencent leur réponse par ces mots : « Ça vient de... », ce qui les dispense de toute précision, alors qu'ils doivent dire aussitôt la personne, puis le temps du verbe.
Je ne sais s'il faut incriminer certaine « méthode globale » ou intuitive qui aurait ôté aux enfants tout attrait pour l'analyse des formes, — après leur avoir donné la pénible habitude, quand ils ont appris à lire, de ne pas voir toutes les lettres.
Car la première catégorie de fautes sur les verbes, ce sont les fautes de lecture. Quand le texte porte suscipio la plupart des élèves « voient » suspicio. [339] De même on voit examinare (peutêtre par la hantise de l'examen) quand le texte dit exanimare. [34<>] On voit defendendi pour defendi ; edico pour edisco ; memini pour nemini ; morerer pour morer ; et bien d'autres confusions... [341]
Tel autre, poussant la paresse à son comble, traduit tollere par « tollérer » (sic). Il arrive aussi qu'on prenne un verbe pour un nom, par exemple dans visne, scito, verbera ; ou bien un nom pour un verbe : judicis, pilo, reditus. Ou encore on rattache une forme à une autre racine : on rattache eget à ago, reditus à reddo. [3i2] Le danger est grand chaque fois que la désinence verbale est semblable à celle d'une déclinaison, mais particulièrement dans les formes de participes, qui se déclinent : icto, solitam, mota, ortum. Un élève de Première reste hagard devant le mot dant : il ne sait « d'où ça vient » et pense que ce doit être un participe présent ! Qu'on réfléchisse enfin à une forme comme miseram. [343]
Pour écarter de tels risques, voici les remarques que tout élève doit faire très tôt dans les conjugaisons, et les règles qu'il doit s'imposer dans le maniement des formes verbales.
La première notion à acquérir est celle de radical : groupe de lettres essentiel et invariable.
Ainsi, dans le verbe esse, fu- est le radical du parfait. On observera que des groupes identiques de lettres suivront le radical du parfait dans toutes les conjugaisons : ces groupes apparaissent dans la série du présent de sum et se retrouvent sensiblement à la série du parfait : je les encadre :
Présent
sum
sim
esse
eram
essem
ero
Parfait
fui
fuerim
fu-isse
fu-eram
fu-issem
fu-ero
Il s'agit ici d'un procédé pratique, s'adressant aux yeux de l'élève, — car l'explication linguistique des formes est plus complexe. Posons en tout cas que le mécanisme de formation dans la série du parfait ne change jms, de fui jusqu'à audivi.
Il est impossible de pousser beaucoup l'étude des formes dans le verbe sum qui est irrégulier et incomplet. Il faut cependant s'assurer, dès cette conjugaison, que l'élève connaîtra bien les correspondances entre les temps du français et ceux du latin.
• A la série du présent et du futur, on fera les observations suivantes :
1. — Ne pas confondre le futur : Je serai, tu seras : ero, eris... avec le présent du conditionnel : je serais, tu serais... qui se rend en latin par le présent ou l'imparfait (plus rarement le parfait) du subjonctif : sim, sis — essem, esses...
2. — Retenir donc que les formes : sim, sis peuvent signifier que je sois, que tu sois, ou bien je serais, tu serais... - — et que les formes : essem, esses... peuvent signifier que je fusse, que tu fusses ou bien je serais, tu serais...
Rappelez qu'on emploie la forme que je fusse quand la proposition principale est à un temps passé :
« il fallait que je fusse... » [344]
3. — Savoir que le subjonctif exprime souvent un ordre : qu'il soit = sit, et complète par conséquent l'impératif. Ainsi à la lre personne du pluriel il supplée à la forme d'impératif défaillante en latin :
sois = es
soyons
simus
soyez = este
En outre, des formes d'impératif futur (inconnues en fiançais) peuvent doubler les formes du subjonctif :
qu'il soit = sit ou esto.
qu'ils soient = sint ou sunto.
4. — Il faudra faire apprendre les formes du participe futur : futurus, et de l'infinitif futur : futurum esse, ou fore, sans en expliquer l'emploi aussitôt. Les traductions « devant être » et « devoir être » sont horribles. J'aimerais mieux dire, même à titre provisoire : futurus = qui va être, — fore — sera ou serait (dans la proposition infinitive). L'élève sera ainsi averti de l'existence de ces formes, particulières au latin. Sa mémoire en sera dépositaire en attendant des explications plus complètes.
• A la série du passé, quelques remarques s'imposent :