‹ Aidez-le à bien travailler le latinChapitre 51 sur 235 · LA PROPOSITION INFINITIVE · texte numérisé non relu

LA PROPOSITION INFINITIVE

dont il faut parler maintenant,

— ► Ce qu'on peut appeler proposition infinitive en français n'a pas de rapport avec la proposition infinitive latine. (Cf. Aidez-le en français, page 44 — centre.)

Dans la phrase :

« On entend grossir le bruit du torrent »,

le latin tourne plus volontiers par le participe présent, car le sens est :

« On entend le bruit en train de grossir. » [398]

— ► S'il s'agit, non d'une simple sensation, mais d'une constatation, le français emploiera une proposition complétive directe introduite par que :

« J'entends que le torrent grossit. »

et c'est alors qu'apparaît en latin la véritable proposition infinitive, quand le verbe principal s'y prête :

Audio torrentem crescere.

Le que français a disparu. L'illustre grammairien Lhomond parlait du « que retranché ». Ce que doit être rétabli, et soudé au verbe introducteur :

Audio = J'entends que torrentem crescere = le torrent grossit.

Je demande qu'on impose aux élèves de procéder ainsi dès qu'ils ont identifié un infinitif accompagné d'un sujet à l'accusatif.

Il y aura lieu plus tard d'étudier les moyens de distinguer la proposition infinitive. Ce n'est pas toujours facile. Qu'on en juge par ces deux exemples :

Eum proficisci coegerunt. [39Ç)] Dicebat non auctorem, sed rem spectare. [m]

Les temps dans la proposition infinitive.

Pour s'en tenir ici aux formes verbales, la proposition infinitive permet de comprendre l'emploi des temps de l'infinitif.

L'infinitif latin, s'il a un sujet à l'accusatif, se rend par l'indicatif français, or l'infinitif latin n'a que trois temps : présent, futur, parfait.

Les correspondances seront donc les suivantes : Scio eum esse beatum.

= je sais que cet homme est heureux, (présent de l'indicatif dans la subordonnée, parce qu'il y a le présent dans la principale)

Sciebam eum esse beatum.

= je savais qu'il était heureux, (imparfait de l'indicatif dans la subordonnée, parce qu'il y a un temps du passé dans la principale : l'imparfait est le passé du présent).

Traduire selon le même principe :

Scio eum fuisse beatum.

Sciebam eum fuisse beatum. [i01]

L'infinitif futur est plus difficile.

Il est constitué par le participe futur accompagné de esse, mais esse est souvent omis.

a) Il correspond au futur simple de l'indicatif si le verbe principal est au présent :

« Je sais qu'il sera heureux. »

Scio eum futurum esse beatum.

[futurum esse, ou futurum, ou fore : forme spéciale] N. B. — Futurum à l'accusatif, comme attribut du sujet eum.

b) Si le verbe principal est au passé, le français emploie dans la subordonnée un faux conditionnel qui est en réalité un futur de concordance (futur en accord avec le passé principal) :

« Je sais qu'il sera heureux. »

Sciebam eum futurum esse beatum.

(en latin, une seule forme : l'infinitif futur)

Au passif, on traduira facilement :

« Je sais qu'il est aimé par son père. » « Je savais qu'il avait été puni fréquemment. » [402]

Mais le futur est ici particulier, et invariable, — constitué par le supin et un infinitif passif impersonnel du verbe eo.

Exemple à traduire :

Non ignorabat hoc sibi ab Romanis negatum iri. [i03]

• L'infinitif futur, actif ou passif, peut aussi se rendre par la tournure : fore ut -j- subj. (ou futurum ut). Ce procédé est obligatoire si le verbe n'a pas de supin. En voici le mécanisme. César affirme par exemple :

« que le revers tournera à leur avantage ». [Gaesar dicit] futurum ut detrimentum in bonum vertat.

Enlevons la proposition ut... vertat :

Il faut rétablir d'abord : Dicit id futurum esse = il dit que cela sera. Or qu'est-ce qui sera ? qu'est-ce qui arrivera ?

Réponse : « que le revers tourne (subj. présent) à leur avantage ».

= ut detrimentum vertat...

Une proposition entière peut jouer le rôle de id, accusatif sujet de la proposition infinitive. Le mot à mot complet sera : « César dit que — arrivera que — le revers tourne à leur avantage ».

Si le verbe principal est au passé, vertat devient verteret par concordance, comme en français. Traduire : « César affirma que le revers tournerait à leur avantage. » [404]

GERONDIF ET SUPIN.

Il faut terminer par des formes qu'on peut appeler des cas de l'infinitif, — substantif qui recevrait des terminaisons selon sa fonction. Elles existent aux voix active et déponente.

Le supin en -um (sorte d'accusatif) et en -u (sorte de datif ou ablatif) est d'un emploi limité.

a) On apprend que le supin en -um s'emploie comme régime d'un verbe de mouvement, et on récite :

Eo lusum : je vais jouer.

Mais on sait moins que le supin, en sa qualité de forme verbale, peut avoir lui-même un complément à l'accusatif : Mittit rogatum vasa. [405]

b) Le supin en -u s'emploie comme régime de quelques adjectifs.

Exemple : « une écriture facile à lire ». [406]

Le gérondif est souvent appelé « déclinaison de l'infinitif » :

Accusatif Génitif Datif Ablatif

ad proficiscendum ;

sui purgandi causa ;

vis venti apta faciendo igni ;

docendo discit. T407!

Dans ces exemples (génitif et datif) apparaît déjà un phénomène particulier qui sera expliqué plus tard. (Cf. page 201).

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