PARIS
HEÎsJRI LAURENS, EDITEUR
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La Ville et les Remparts, vus de la Tour de Constance,
Cliché de l'Auteur.
Les origines du port d' Aigues-Mortes . — Le
territoire sur lequel s'élève aujourd'hui la ville d'Aigues-Mortes a, jusqu'en 1248, appartenu à l'abbaye de Psalmodi.
Les origines de Psalmodi sont enveloppées d'obscurité. Il faut aujourd'hui renoncer à l'opinion longtemps accréditée suivant laquelle le monastère, fondé à une date très reculée, aurait été détruit par les Sarrasins entre 720 et 726 et se serait ensuite relevé de ses
ruines. En réalité les actes les plus anciens, conservés aux Archives du Gard, ne permettent pas de remonter au delà du ix*" siècle\ Louis le Pieux, en 8i5, accorda à Psalmodi un privilège d'immunité qui fut confirmé et complété en 844 par Charles le Chauve, en 909 par Charles le Simple. Les papes eux aussi témoignèrent leur faveur au monastère : sous le pontificat d'Etienne VII (929-931), Psalmodi devint une abbaye exempte, c'està-dire soustraite à toute juridiction séculière ou laïque et rattachée directement au Saint-Siège. Au xiii° siècle, c'est une véritable puissance territoriale dont relève le port d'Aigues-Mortes.
L'abbaye était entourée de marais qui communiquaient avec l'étang de Mauguio. Au sud, la mer n'était pas loin : à quelques kilomètres de Psalmodi, elle creusait la baie des Eaux-Mortes, excellent mouillage où venait finir le Petit Rhône, sous le nom de grau de la Chèvre^. C'était là un emplacement tout désigné pour
1. Le premier acte authentique est une donation faite à l'abbaye par un seigneur nimois du nom de Badila en 812 (Arch. du Gard, H. 112). Le diplôme accordé par Charlemagne en 791 en vue de la reconstruction du monastère (soi-disant détruit par les Sarrasins) et dans lequel Charles prend le titre d'empereur, sept ans avant la fondation de l'Empire (Arch. du Gard, H. 112) est un faux confectionné à la fin du xi^ siècle.
2. Nous ne discuterons pas à nouveau l'opinion exprimée par M. Lenthéric, Les Villes mortes du Golje du Lion, p. 352-353, suivant laquelle le littoral de la Méditerranée au voisinage d'Aigues-Mortes n'aurait guère varié à l'époque historique. Elle a été réfutée par Pagézy, Mémoires sur le port d' Aigues-Mortes au XIW siècle, p. 40-81, et par Morize, Aigues-Mortes au XIII^ siècle, dans les Annales du Midi, t, XXVI, 1914, P- 3i5- 3 16, qui ont prouvé qu'au xiv® siècle les étangs du Repos et du Repausset faisaient encore partie de la mer.
un port, mais jusqu'au temps de saint Louis on ne trouve pas trace de ville. Un marin languedocien, qui déposa au cours de Fenquête de 1298, pouvait affirmer qu'avant la croisade de 1248 il n'y avait là « ni tour ni pierre ». Comme le dit fort bien M. Morize dans son remarquable article sur Aigues-Mortes au XIJP siècle^ « Aigues- Mortes est la ville et la création de saint Louis ».
Les pourparlers relatifs à l'achat du port d' Aigues- Mortes par le roi de France semblent remonter aux environs de 1240 ; ils aboutirent en 1248 à une convention aux termes de laquelle le roi devenait propriétaire des terres avoisinant la mer. Saint Louis put donc s'embarquer à Aigues-Mortes quand il partit pour la croisade.
Dès que le roi eut acheté aux environs de Psalmodi le terrain nécessaire à la réalisation de ses projets, on s'employa activement à l'aménagement du port et à la construction de la ville.
Le port d' Aigues-Mortes a été fort bien conçu. 11 comprenait un port maritime, l'ancien mouillage des Eaux-Mortes, où abordaient les grosses embarcations et un port intérieur, creusé plus en arrière, dans l'étang du Repausset, réuni au précédent par une passe assez large, traversé par une voie navigable qui, comme aujourd'hui, longeait la mer à une certaine distance depuis Montpellier jusqu'au Rhône.
Ni le port intérieur ni le port maritime n'ont été l'objet de travaux bien importants jusqu'à la mort de saint Louis . Les projets élaborés en 1248 ont été exécutés sous le règne de Philippe le Hardi (i 270-1 285) qui concorde avec un vigoureux effort pour étendre la domination et l'influence capétiennes sur les rives de la Méditerranée.
AJGUES-MORTES
On construisit alors un grand môle qui permettait aux navires d'accoster plus facilement. D'autre part, comme la passe naturelle qui faisait communiquer le port intérieur avec la mer tendait à s'ensabler, on creusa, pour mieux assurer la liaison avec le port maritime, un autre chenal, le a grand môle », achevé seulement à la fin du xm^ siècle. De même, on remplaça la voie naturelle qui, à travers les étangs, allait de Montpellier au Rhône par le (( canal de la Radelle » que saint Louis avait fait commencer pendant les dernières années de son règne.
La construction des remparts. — Dès qu'il eut résolu d'établir un port à Aigues-Mortes, saint Louis se préoccupa d'en assurer la protection contre les pillards du dedans et du dehors. Gomme le dit encore M. Morize, « la création de la ville a été la conséquence de l'aménagement du port ».
Cette ville, saint Louis entreprit dès 1241, semble-t-il, de la fortifier. Les travaux allèrent assez vite. En 1249, la tour de Constance était déjà très avancée, puisqu'un acte pouvait être signé ce à Tintérieur de la tour du roi de France à Aigues-Mortes » ^ Cependant on ne l'acheva pas immédiatement. C'est seulement à l'extrême fin du xm^ siècle qu'on édifia le farot qui la surmonte. La décoration intérieure date du xiv® siècle ^