I. Layettes, p
1. Cette décoration d'un caractère tardif a fait penser à M. Labande, Congrès archéologique de France, LXXYP session, Avignon, 1909, t. I, p. 187, que la tour de Constance n'avait peut-être pas été construite du vivant de saint Louis. M. Morize, article cité, p. 3a 1-822, lui oppose une série de textes tout à fait probants qui paraissent infirmer cette hypothèse.
lO AIGUES-MORTES
Eq même temps, que Ton construisait la tour et que Ton creusait des fossés autour d'elle, on songeait à la compléter par une muraille qui entourerait entièrement la ville et la protégerait aussi bien contre Finvasion des sables que contre les attaques des hommes. Dès 1266 on s'occupait de réunir les sommes nécessaires à cet effet, en créant une taxe sur les marchandises qui arrivaient à Aigues-Mortes. Il n'est pas prouvé toutefois que les travaux aient commencé du vivant de saint Louis à qui Ton doit attribuer seulement l'édification de la tour de Constance et la conception première d'un projet de fortifications plus étendues.
La seconde campagne de construction se place pendant le règne de Philippe le Hardi. Pour mener à bien la pensée de son père, le nouveau roi s'adresse à un Génois, Guillaïune Boccanegra, qui avait exercé dans sa ville les hautes fonctions de capitaine du peuple et s'était exilé en France à la suite d'un soulèvement populaire. On a cru parfois que Boccanegra avait joué un rôle à Aigues-Mortes dès le règne de saint Louis. En réalité le premier document officiel où son nom est mentionné date de 1272. Boccanegra passe alors avec Philippe le Hardi un contrat aux termes duquel il partage avec le roi la propriété de la ville et du port d' Aigues-Mortes, sous réserve qu'il prêtera hommage et que la tour de Constance restera entre les mains du roi, représenté par le sénéchal de Beaucaire. Il s'engage en outre à avancer au roi 5. 000 livres tournois qui serviront à construire les remparts et à continuer les travaux entrepris au port ; en revanche, il percevra les revenus d' Aigues-Mortes.
liNTllODUGTION HISTORIQUE II
Les travaux commencèrent aussitôt, mais Boccanegra mourut en 1274? soit moins de deux ans après la signature de sa convention avec le roi de France. Ses héritiers sollicitèrent l'abrogation du contrat et Philippe le Hardi fut bien obligé de satisfaire à leur requête. Il en résulta une assez longue interruption ; après la résiliation, Philippe le Hardi semble s'être désintéressé de l'œuvre ébauchée et c'est seulement sous le règne de Philippe le Bel que commencera la troisième et dernière campagne de construction.
En 1289 le sénéchal de Beaucaire qui, comme on l'a dit, représentait le roi à Aigues-Mortes, adressa à Philippe le Bel un rapport où, après avoir analysé la situation, il estimait qu'il fallait dépenser environ 1 2 .000 livres pour l'achèvement des remparts et 33. 000 hvres pour l'amélioration du port. C'était beaucoup. Pourtant le roi n'osa reculer et il signa un traité avec un autre Génois, Nicolas Gominelli, qui se chargea de remettre le port en état. On reprit aussi la construction de la muraille. Malheureusement, on n'a aucun renseignement précis sur la marche des travaux et on ignore à quelle date ils furent terminés. En tout cas, c'est de la même période que date la tour Carbonnière, fortification avancée à deux kilomètres au nord.
Le xiv^ siècle fut marqué par quelques réfections, surtout par l'addition de motifs décoratifs qui trahissent cette époque, mais, dans leur ensemble, les remparts d' Aigues-Mortes peuvent être considérés comme le type le plus parfait de l'architecture militaire de la seconde moitié du xiif siècle. Ils répondent à un plan d'ensemble qui n'a reçu par la suite que quelques modifications de
détail, et, comme ce plan a été exécuté dans un laps de temps assez restreint, ils offrent une remarquable unité qui les distingue de Tautre grand monument de l'architecture militaire dans le midi de la France au moyen âge, la cité de Garcassonne, où s'observent, superposées, plusieurs fortifications d'âge très différent : on doit noter pourtant une addition moderne, le château, qui date de la fin du xvi^ siècle ou du début du xvif .
Aigues-Mortes depuis le XIV^ siècle. — L'histoire du port d'Aigues-Mortes depuis sa création est celle d'une décadence continue que quelques rois ont vainement cherché à enrayer ; l'action des phénomènes naturels a été plus forte que celle des hommes.
Jusqu'au milieu du xiv^ siècle, grâce aux travaux exécutés par Nicolas Gominelli, Aigues-Mortes a joui d'une réelle prospérité. Toutefois dès i335 les chenaux s'ensablent à tel point que la navigation est déjà considérée comme périlleuse. Le commerce commence à péricliter et toutes les tentatives pour le relever au temps de Jean le Bon ou de Charles VII échouent piteusement.
Dès le xvf siècle, Aigues-Mortes disparait comme port sur la Méditerranée et la création de Cette est pour la cité de saint Louis le coup fatal. Ni sous l'ancien régime, ni au xix'' siècle, le port n'a réussi à reprendre son activité d'autrefois.
Endormie au miheu de ses étangs, Aigues-Mortes a du moins gardé sa physionomie médiévale. Les vingt tours ou tourelles, construites au temps de Philippe le Hardi et de Philippe le Bel, émergent toujours, blanches et nues, des déserts et des marécages, reflet attardé
INTRODUCTION HISTORIQUE l3
d'un passé glorieux. Elles jettent une note grave et mélancolique dans un paysage déjà austère par luimême, tout à la fois triste et ensoleillé, où les sables alternent avec les étangs aux eaux dormantes, où seuls quelques tamaris et de rares pins d'Alep viennent animer une végétation languissante, où la nature, silencieuse et recueillie, semble inviter, elle aussi, à l'évocation historique.
Tour de la Poudrière.
Cliché H. Olivier.
LA TOUR DE CONSTANCE
Ses origines et son but. — La tour de Constance est, comme on Ta vu, la seule partie des fortifications d'Aigues-Mortes qui remonte au règne de saint Louis. Encore sa décoration est-elle sensiblement postérieure à cette époque. Son nom lui viendrait d'une autre tour sur remplacement de laquelle elle aurait été bâtie et qui avait elle-même emprunté son appellation à Constance, fille du roi de France Louis VI, épouse du comte de Toulouse, Raymond V de Saint-Gilles, dans le fief duquel se trouvaient au xii® siècle Tabbaye de Psalmodi et la baie des Eaux-Mortes. Raymond V n'aurait fait d'aiUeurs que restaurer une autre tour, dite tour Matafère, qui datait de l'époque de Charlemagne.
Quoi qu'il en soit de ces origines très incertaines, il paraît évident que, dans la pensée première de saint Louis, la tour de Constance devait assurer à eUe seule la défense d'Aigues-Mortes. Si elle avait dû avoir une fonction dans l'enceinte fortifiée, elle n'aurait pas ce caractère excentrique qui frappe à première vue, lorsqu'on examine un plan des remparts. Plus tard, dans les dernières années du xuf siècle, on jugea qu'elle pou-
LA TOUR DE CONSTANCE l5
vait aussi, étant donné sa hauteur de 3o mètres, faire office de phare et, pour Tadapter à un rôle de signalisation, on compléta ses dispositions architecturales par
Tour de Constance. Cliché de l'Auteur.
l'adjonction, à la partie supérieure, d'une tourelle où l'on allumait des feux.
Physionomie extérieure. — Extérieurement la tour de Constance ne présente pas de particularités notables.
Elle appartient à la catégorie des donjons circulaires avec léger renflement à la base. Les ouvertures sont peu nombreuses. Elles consistent uniquement dans une fenêtre rectangulaire assez grande au rez-dechaussée et une autre, plus petite, à la hauteur du premier étage. Quelques lentes allongées et fort étroites étaient destinées à facihter la surveillance, tout en éclairant les dépendances.
La hauteur totale de la tour, sans compter la tourelle qui la surmonte, mesure un peu plus de 3o mètres. La tourelle elle-même compte lo mètres. Le diamètre est de 2 2 mètres et l'épaisseur des murs de près de 6 mètres.
La liaison avec Fensemble des ouvrages fortifiés est assurée par un pont en pierre de trois arches, construit seulement au xvi^ siècle, en même temps que le château auquel il aboutit. La tour s'ouvre sur le pont par une large porte ou, plus exactement, par deux portes successives entre lesquelles se trouve la herse. Au-dessus du passage, un mâchicoulis était ouvert dans la voûte; il bordait une petite pièce d'où se manœuvrait la herse.
Aménagement intérieur. — La tour de Constance se subdivise en deux étages auxquels il faut ajouter des sous-sols destinés sans doute à servir de magasin. A chaque étage correspond une salle voûtée. La jonction est assurée par un escalier en colimaçon où l'on arrive par un couloir qui prend naissance entre les deux portes d'entrée.
La salle du rez-de-chaussée est une vaste rotonde de II mètres de haut et de lo m. 5o de diamètre.
LA TOUR DE CONSTANCE
voûtée sur douze branches d'ogives qui se rattachent à une clef centrale et reposent les unes sur des corbeaux, les autres sur de fines colonnettes surmontées de chapiteaux. Corbeaux et chapiteaux sont recouverts d'une
Tour de Constance. Salle du rez-de-chaussée.
Cliché H. Olivier.
ornementation végétale, très finement traitée, et qui ne peut être antérieure au xiv® siècle.
Au-dessous de la clef de voûte, une excavation circulaire donne accès au sous-sol.
Vis-à-vis de la porte il y avait autrefois une poterne.
aujourd'hui murée, qui présentait des dispositions identiques à celle du couloir d'entrée, soit deux portes et une herse avec des mâchicoulis intérieurs.
L'éclairage de la salle est très restreint ; il est assuré uniquement par quatre archères très étroites dans r intérieur du mur. La pièce était chauffée par une vaste cheminée à hotte, située à gauche delà poterne murée, dont le tuyau, à travers l'épaisseur des murs, gagne le sommet de la tour et qui contenait une sorte de four circulaire.
Plusieurs placards étaient disposés le long des murs ; ils ont en moyenne i mètre de profondeur et présentent tous une étagère de pierre.
A la hauteur de la voûte, dans l'épaisseur du mur, on a creusé une galerie étroite, large de o m. 80, qui a vue sur la salle par onze baies, en forme d'arc brisé, correspondant aux divers compartiments de la voiite. Cette galerie devait servir à la défense intérieure, au cas où les assaillants auraient réussi à forcer l'entrée de la tour. Elle s'ouvre sur l'escalier en colimaçon qui dessert les étages supérieurs et communiquait avec la poterne extérieure, percée à cette hauteur d'une fenêtre rectangulaire. Au même niveau, à gauche de l'escalier en colimaçon, se trouve la petite salle d'où l'on manœuvrait la herse qui défendait l'entrée actuelle.
Le premier étage est occupé par une seconde salle à laquelle on arrive par un étroit couloir voûté sur croisée d'ogives qui s'ouvre sur l'escalier en colimaçon et à l'entrée duquel on remarque un mâchicoulis. On désigne généralement ce vestibule sous le nom d'oratoire de saint Louis ; il a pu avoir cette pieuse destination, du moins
LA TOUR DE CONSTANCE I9
à celle de ses extrémités qui est opposée à Fentrée de la salle. Les branches d'ogives reposent sur de jolies colonnettes surmontées de chapiteaux d'une belle déco-
TouR DE Constance. Oratoire de Saint Louis.
GlichéJLévy-Neurdein .
ration végétale ; la clef de voûte est également sculptée.
La salle elle-même a une structure identique à celle du rez-de-chaussée avec laquelle elle communique au centre, par une ouverture circulaire ; elle a les mêmes
dimensions et elle est voûtée suivant les mêmes procédés ; elle est éclairée, elle aussi, par des meurtrières
Tour de Constance. Salle du premier étage.
Cliché Lévy-Neurdein.
qui descendent au-dessous du plancher que Ton a échancré ; elle a enfin une cheminée qui, à la différence de la cheminée du bas, n'a pas de manteau, mais est
LA TOUR DE CONSTANCE
recouverte par une dalle qui forme saillie et qui a dû être ajoutée après coup. Du côté du nord, annexée à la salle et aménagée dans l'épaisseur de la muraille, apparaît une chambre de 5 mètres de long sur 2"", 7 5 de large qu'éclaire une fenêtre munie de grillage.
Les parties hautes. — Le sommet de la tour de Constance, auquel on parvient par Fescalier en colimaçon, est couvert de dalles de pierres, plus élevées au centre qu'à la périphérie. Elles laissent passage à un tuyau de cheminée dont la corniche a été sculptée. Une ouverture circulaire, placée au centre, permet d'avoir vue sur la salle du premier étage, et, grâce aux ouvertures analogues ménagées dans cette salle et dans celle du rez-de-chaussée, sur tout l'intérieur jusqu'au soubassement. Un parapet crénelé, assez récemment restauré, entoure toute la plate-forme.
Du côté sud, la tour proprement dite est surmontée d'une tourelle ronde destinée tout à la fois à surveiller la région avoisinante et à servir de phare. Cette tourelle est également desservie par un escaher en colimaçon qui aboutit à unlanternon circulaire en fer forgé, où l'on allumait le feu.
Utilisation historique de la tour de Constance.
— La tour de Constance n'a guère eu l'occasion de jouer un rôle défensif et elle a reçu de bonne heure une destination très différente de celle qu'avait prévue saint Louis. Au lendemain de l'arrestation des Templiers dans tout le royaume sur l'ordre de Philippe le Bel (i3 octobre iSo^), le sénéchal de Beaucaire imagina
d'enfermer quarante-cinq d'entre eux dans la tour et c'est là que le commissaire du roi, Oudard de Maubuisson, procéda à leur interrogatoire du 8 au 1 1 novembre l'do'j. Les prisonniers restèrent encore trois ans à Aigues-Mortes, après quoi ils furent transportés à Alais. .
Par la suite, la tour remplit à plusieurs reprises le même office. Charles d'Artois, comte de Pézenas, y séjourna deux ans comme prisonnier de iS^o à iS^^, puis, sous le règne de Charles Vil, ce fut le tour de Jean 11, duc d'Alençon, accusé, comme le comte de Pézenas, de trahison.
C'est surtout au temps des luttes religieuses que la tour a servi de prison. Le ministre Hélie Boisset, premier prédicateur du protestantisme à Aigues-Mortes, y a été enfermé avant son supplice. Après la révocation de Fédit de Nantes, la tour de Constance a été la geôle ordinaire des réformés qui avaient contrevenu aux ordonnances royales ; elle a surtout abrité des prisonnières comme M"^ Durand qui y entra dès Fâge de huit ans et qui, lors de la visite de Boissy d'Anglas, en 1763, y habitait depuis trente-deux ans.
Courtine est. Porte des Cordeliers et Tour de Villeneuve.
Cliché de l'Auteur.
LES REMPARTS
Plan. Aspect général. — Les remparts d'Aigues- Mortes ont la forme d'un quadrilatère assez irrégulier dont les côtés nord et sud sont sensiblement plus longs que les côtés est et ouest. Chacun des angles est occupé par une tour ronde, à F exception toutefois de Fangle nord-ouest où s'élevait, antérieurement à la construction de Fenceinte, la tour de Constance. Celleci a été utilisée comme tour flanquante ; toutefois elle a été laissée en dehors des remparts proprement dits en avant desquels elle forme une sorte de bastion avancé qu'un pont du xvi^ siècle rehe à la courtine, infléchie à sa hauteur.
Les communications, entre la ville et Tintérieur, sont assurées d'abord par cinq grandes portes, encadrées chacune du côté de l'extérieur par deux grosses tours demi-circulaires, au nord la porte de la Gardette, appelée aujourd'hui porte de Nîmes, et la porte Saint- Antoine, à Test la porte de la Reine qui donnait aussi dans la Camargue, au sud la porte de la Marine et la porte des Moulins qui s'ouvraient sur le port. A ces cinq grandes portes s'ajoutent cinq portes plus petites, percées dans des tours carrées, porte des Gordeliers à Test, portes de l'Arsenal, des Galions, de l'Organeau au sud, porte des Remblais (aujourd'hui de Montpellier) à l'ouest. Du côté nord, les poternes sont remplacées par deux tourelles arrondies qui ne sont percées d'aucune ouverture ; sans doute la présence des deux grandes portes a-t-elle été jugée suffisante pour assurer les relations avec cette partie de la campagne d'où pouvaient venir les envahisseurs et où se trouvait Favant-poste de la Garbonnière. En revanche, la muraille sud, qui regarde le port, est de beaucoup la plus pénétrable, tandis qu'à l'ouest, où s'étendaient à perte de vue les étangs et les marais, il n'y a qu'une seule poterne.
Tout le long des remparts et pour les séparer des maisons de la ville, on avait ménagé une large voie qui subsiste encore aujourd'hui, sauf au voisinage de la porte de la Gardette, et qui facilitait les rapports entre les différents ouvrages. G'était un moyen ingénieux de rendre la défense très mobile et de parer rapidement aux attaques inopinées qui se seraient produites sur un point ou un autre.
LES REMPARTS
Telle est la structure générale des remparts d' Aigues- Mortes. Elle est fort simple et sans doute inspirée des fortifications que les croisés ont édifiées un peu partout en Orient, mais dont il ne reste malheureusement que des vestiges insignifiants.
Les Remparts. Côté sud. Vue intérieure.
Cliché de l'Auteur.
La courtine. — L'élément essentiel de la fortification est une courtine appuyée sur les tours d'angle et interrompue par les portes, grandes ou petites.
Cette courtine s'élève à ii mètres environ au-dessus du sol. Elle est construite en moyen appareil et taillée en bossage, du côté extérieur ; vers la ville, les pierres en bossage sont souvent remplacées par de simples moellons. Les marques de tâcherons sont nombreuses
et d'assez grandes dimensions ; il est à remarquer qu'aucune d'elles n'apparaît sur la tour de Constance, ce qui suffirait à prouver, à défaut de textes, l'antériorité de cet ouvrage.
La courtine est couronnée vers l'extérieur par un parapet qui a i"", 85 de haut dans les merlons et i mètre dans les créneaux; son épaisseur est de 0*^,70. Les merlons sont percés d'archères, ébrasées vers l'intérieur, qui le plus souvent partent du chemin de ronde et s'élèvent jusqu'au sommet du merlon avec une très forte inclinaison à la base pour permettre aux projectiles de tomber tout près du mur. Au-dessous des créneaux des trous de boulins étaient destinés à l'installation des hourds.
Derrière le parapet, contournant les grosses tours et traversant les autres, circule un chemin de ronde large de 2 mètres à 2'^,5o, dallé en pierre, supporté du côté de la ville par une corniche en encorbellement. 11 n'y avait pas à l'origine de parapet intérieur ; celui qui existe le long des courtines ouest et sud ou encore à la hauteur des grandes portes et de certaines tours d'angle date seulement du xvf siècle.
Tout le long du chemin de ronde, des courtines et des tours, de distance en distance on a ménagé des bretèches en saillie sur le mur extérieur et qui sont portées par des corbeaux établis un peu au-dessous du chemin de ronde ; en élévation elles ne dépassent que fort peu la hauteur du parapet. Elles étaient recouvertes de toits en pierre plate dont il subsiste encore deux spécimens dans la courtine sud. Quelques-unes devaient servir de latrines.
Au-dessous du parapet extérieur et à une hauteur qui varie suivant les courtines, la muraille est percée d'archères de types différents.
Dans la courtine est et dans la partie de la courtine sud comprise entre la tour de la Poudrière et la porte de l'Arsenal, desarchères, distantes les unes des autres de 5 mètres en moyenne, s'ouvrent, en un large ébra-
ChEMIN de ronde. Côté ouest. Cliché de l'Auteur.
sèment vers Fintérieur et avec une plongée très inclinée, sous une niche dont la voûte est en arc brisé. Elles descendent très près du sol. Sous la voûte, de chaque côté, deux sièges de pierre aux bords arrondis se font vis-à-vis.
Dans les autres courtines les archères sont à la fois plus espacées (les intervalles sont de 1 1 à 12 mètres au lieu de 5) et plus élevées par rapport au sol. Du même coup, les sièges de pierre ont été eux aussi
LES REMPARTS 2g
exhaussés. En même temps les niches sont sensiblement plus larges et ont une voûte en plein cintre. Il est à remarquer que quelques-unes des archères du
ArCHÈRE de la courtine est. Cliché de l'Auteur.
premier type, notamment celles de la courtine sud entre la tour de la Poudrière et la porte de FArsenal, ont été murées à la base. Gela prouve que, malgré l'avantage incontestable qu'elles présentaient en permettant aux défenseurs débattre constamment la base de la muraille,
on a jugé qu'elles offraient aussi des inconvénients ; peut-être trouva-t-on que par leur nombre et par leurs dimensions elles affaiblissaient la résistance du mur. En
ARCniiKE DE LA COURTINE SUD (cOTÉ ESt) .
Cliché de l'Auteur.
tout cas cette transformation indique clairement qu'elles sont les premières en date et on ne peut qu'adhérer aux conclusions très fortement établies par M. Bothamly, le seul auteur d'un travail vraiment scientifique sur
LES REMPARTS
Aigues-Mortes, suivant lesquelles Fétude des archères permet de fixer la chronologie des différentes parties de la construction. Les longues archères avec voûte et
Arghère de la courtine sud (côté ouest).
Cliché de l'Auteur.
arc brisés correspondraient à la seconde campagne de construction, les autres à la troisième. On aurait donc commencé les travaux par la courtine est qui, à l'exception des tours et des portes, devait être à peu près
terminée au moment de la mort de Boccanegra (1274)- Ce qui confirme cette hypothèse, c'est que les archères du premier type apparaissent, en même temps que dans la courtine est, au rez-de-chaussée des tours de la porte de la Reine, ouverte dans cette courtine, tandis que, aux étages supérieurs, terminés sans doute après 1289, elles sont remplacées par des archères beaucoup moins longues. De plus, dans les autres courtines, on note certaines dispositions qui forment transition : dans la courtine ouest, quelques archères ont été commencées suivant la première conception et ensuite surélevées; dans la courtine nord, certaines archères sont espacées de 8 à 9 mètres, au lieu de 5 dans la courtine est et de 1 1 à 1 2 dans les autres ; on a donc tâtonné avant d'arriver à la formule définitive.
La liaison de la courtine avec la ville est assurée par vingt-sept escaliers intérieurs en pierre établis en général de chaque côté des portes et des tours d'angle. Chaque escalier est supporté par un demi-arc en plein cintre qui s'appuie contre un pied-droit et sous lequel s'ouvre le plus souvent une archère. Ce dispositif se retrouve partout sauf à la porte Saint- Antoine et aussi à l'angle nord-ouest où l'escalier qui relie le château au chemin de ronde date seulement du x\f siècle.
Les grandes portes. — On a déjà noté la présence de cinq grandes portes, celles de la Gardette et de Saint- Antoine sur la courtine nord, la porte de la Reine à l'est, les portes de la Marine et des Moulins au sud. Ces diverses portes ont toutes, à peu de chose près, la même structure.
LES REMPARTS
Elles sont constituées par un massif rectangulaire flanqué à l'extérieur de deux demi-tours rondes de i8 mètres de haut. Le rez-de-chaussée se compose d'abord d'un couloir qui forme passage entre les deux tours et que fermaient deux vantaux en fer, puis, au même niveau et dans chaque tour, de deux grandes salles rondes avec voûtes sur branches d'ogives qui
La Tour des Bourguignons et l'escalier d angle.
Cliché LévY-Neurdein.
reposent sur des corbeaux sculptés où les têtes humaines alternent avec les figures animales, sans aucune ouverture du côté de l'extérieur, sinon deux archères qui défendent l'entrée, l'éclairage venant de la ville par une fenêtre aménagée dans la muraille. Au premier étage, et approximativement au niveau de la courtine, trois salles. Tune carrée au centre, les deux autres rondes et reproduisant la disposition de celles du rez-de-chaussée. Les deux étages sont reliés par
un escalier en colimaçon sur lequel s'ouvre dans le mur, entre les deux étages, un passage conduisant à des latrines. Au sommet, une plate-forme crénelée reproduit les dispositions de la courtine.
La communication des portes avec la courtine se fait par des ouvertures sur le chemin de ronde à la hauteur
Porte des Moulins.
du premier étage. De là, comme on Ta déjà vu, un large escalier permettait de gagner l'intérieur de la ville.
Les portes jouaient un rôle important dans la défense et toutes les précautions étaient prises pour empêcher l'assaillant de les utiliser. Deux herses, que l'on manœuvrait du premier étage, défendaient le couloir d'entrée; en outre, deux ou trois mâchicoulis permettaient de lancer des projectiles sur Fennemi qui en aurait forcé
LES REMPARTS
Faccès. Parfois une bretèche extérieure forme sur la paroi externe un ouvrage avancé dont les mâchicoulis eussent été d'un puissant secours. Bref, pour pénétrer dans Aigues-Mortes par une des grandes portes, il fallait affronter successivement un mâchicoulis, une herse, une porte à deux vantaux de fer, un nouveau mâchicoulis, une nouvelle herse, une nouvelle porte.
Porte de la Gardette. Vue intérieure.
Cliché de l'Auteur.
Dans Fensemble, ce dispositif se retrouve dans les cinq portes. Chacune d'elles présente quelques particularités de détail qui méritent d'être signalées.
Porte de la Reine. — Placée sur la courtine est, cette porte est la plus ancienne. Les archères, au nombre de trois dans chaque salle, appartiennent au même type que celles de la muraille voisine. L'aménagement est
très simple : il n'y a ni cheminée ni latrines au rez-dechaussée. Enfin aux deux grosses tours s'ajoutent, dominant le chemin de ronde, deux tourelles latérales où sont logées deux petites pièces voûtées dont on ne saisit pas très bien la destination. Sans doute on jugea par la suite que ces tourelles étaient sans utilité, car elles ont disparu dans les autres portes.
Porte de la Marine et porte des Moulins. — Ces
deux portes de la courtine sud sont à peu près identiques. Ce qui les caractérise tout d'abord, c'est la subdivision en hauteur des salles du rez-de-chaussée et, par suite, la présence d'un étage intermédiaire dont les dispositions varient : à la porte de la Marine, il est percé d'ouvertures du côté, de l'extérieur, tandis qu'à la porte des Moulins l'éclairage est assuré presque uniquement par une fenêtre au fond d'une niche donnant sur l'intérieur.
Une autre particularité tient à la façon dont est assurée la liaison entre le chemin de ronde et les salles du premier étage. Celles-ci ne s'ouvrent pas, comme dans les autres portes, du côté de la ville, mais au voisinage du parapet, si bien qu'il a fallu, pour les dérober à la vue des assaillants, exhausser le parapet qui est bordé d'un mâchicoulis.
Enfin la décoration est beaucoup plus soignée que dans les autres portes et il y a de grandes cheminées à manteau qui n'existent pas ailleurs.
Porte de la Gardette. — Il semble que cette porte ait été considérée comme destinée à subir l'attaque
LES REMPARTS D7
principale, car elle est la seule où Ton ait tenté d'installer un pont-levis. En fait, tandis que les autres étaient bordées par les étangs, celle-ci était desservie par la meilleure route aboutissant à Aigues-Mortes. Peut-être est-ce pour surveiller la campagne avoisinante que Ton a ouvert, sans doute après coup, une fenêtre avec un balcon en encorbellement. D'autres remaniements ont été nécessités par l'usage des armes à feu : on a notamment ajouté dans la tour nord-ouest une sorte d'abri avec archère à cet effet.
Porte Saint- Antoine. — On remarque surtout la décoration qui, comme à la tour de Constance, a été ajoutée à une époque assez tardive. Les motifs qui encadrent le portail extérieur, aussi bien que les culsde-lampe sculptés qui dominent la porte intérieure, sont du xv° siècle.
Les poternes. — La structure des portes des Gordeliers à Test, de FArsenal, des Galions et de FOrganeau au sud, des Remblais à l'ouest, est beaucoup plus simple que celle des grandes portes. Ces poternes sont constituées par une tour rectangulaire, percée à sa partie inférieure d'un couloir voûté qui prolonge une rue. Toute la tour est aménagée pour défendre ce passage : le couloir est surmonté d'une salle rectangulaire qui couvre tout le premier étage et où l'on pénètre, en montant quatre à sept marches, par deux portes situées vis-à-vis sur le chemin de ronde ; c'est de cette salle que l'on manœuvrait les deux herses qui, avec les vantaux, fermaient l'entrée. La salle comprend deux
38 ATGUES-MORTES
travées, séparées Fune de Fautre par un arc-doubleau et voûtées sur croisée d'ogives. Une ou deux archères
Porte des CoKDELIERS. ^''^^é Lévy-Neurdein.
donnaient vue sur les assaillants et permettaient de défendre Fapproche de la tour.
Extérieurement, la défense était assurée par trois
LES REMPARTS Ôg
bretèches, Fune au-dessus de la porte d'entrée, les deux autres au-dessus des portes qui font communiquer la salle rectangulaire avec le chemin de ronde, en
PoKTE DKs Remblais, vue du chemin de ronde.
Cliché de l'Auteur.
sorte que le mâchicoulis, formant saillie, permettait de lancer des projectiles sur Tas saillant. En outre les angles sont garnis d'échauguettes pleines, à Fexception
de celle qui loge Tescalier en colimaçon reliant le premier étage au sommet de la tour qu'elle dépasse légèrement.
La couverture est faite de pierres plates légèrement inclinées autour d'une ligne de faite. Le parapet est percé, dans les échauguettes qui regardent la campagne et les étangs, de longues archères dont la disposition varie suivant les poternes.
Il y a en efïet entre celles-ci, comme pour les grandes portes, quelques variantes qui ne sont vraiment accusées qu'à la porte des Gordeliers située sur la courtine est et par conséquent plus ancienne.
Porte des Gordeliers. — Cette porte est tout d'abord sensiblement plus étroite que les autres.] Les architectes de l'époque de Philippe le Bel virent sans doute là un inconvénient et adoptèrent pour les autres poternes un type un peu différent. ^
L'escalier se trouve dans l'une des échauguettes extérieures et non pas dans l'une de celles qui regardent la ville, connue dans les autres poternes. La salle rectangulaire, au lieu d'être au-dessus du niveau du chemin de ronde, est au contraire un peu au-dessous ; il est vrai que cette disposition a été remaniée par la suite, si bien qu'aujourd'hui l'on ne voit plus, comme dans les autres tours, la rainure par laquelle on manœuvrait la herse.
Enfin la décoration est plus soignée que dans les autres poternes. Les corbeaux sculptés de la salle du premier étage ont été traités avec un art tout à fait remarquable. Sur l'un on voit un monstre ailé à tête
humaine et sur un autre le combat de deux dragons. La clef de voûte est formée par une rosace sculptée.
Porte de l'Arsenal. — L'une des archères extérieures qui s'ouvrent ordinairement sur la salle du premier étage a été murée.
Porte des Galions. — Dans la salle du premier étage, à droite et à gauche de l'arc-doubleau, on remarque, du côté de la ville, des niches avec fenêtres rectangulaires.
Porte de l'Org^aneau. — La salle rectangulaire a, du côté de la ville, une niche (au lieu de deux) analogue à celle de la porte des Galions.
Porte des Remblais. — La particularité indiquée à la porte des Galions se retrouve à cette porte.
Les tours rondes de la courtine nord. — La courtine nord présente une disposition spéciale que l'on ne retrouve pas dans les autres. Les poternes sont remplacées par deux tours rondes, la tour du Sel et la tour de la Mèche, qui alternent avec les grandes portes.
La raison de ce dispositif est assez facile à déterminer : la courtine nord regarde la campagne, tandis que les autres sont bordées de marais. Aussi, comme on l'a déjà noté, les attaques étaient-elles plus redoutables de ce côté. Or les tours rondes rendaient infiniment plus de services pour la défense que les tours rectangulaires.
Chaque tour renferme deux salles superposées, Tune au niveau du sol avec porte donnant sur la ville.
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l'autre au niveau du chemin de ronde qui traverse la tour du Sel, mais contourne la tour de la Mèche. Ces salles sont voûtées, comme les salles des poternes, sur branches d'ogives. Un escalier en colimaçon les relie Fune à l'autre et conduit au sommet formé par une plate-forme crénelée. Des mâchicoulis défendent toutes les entrées.
Tour du Sel. — Dans la salle basse, trois archères ont été ménagées à l'extérieur, à 2"", 70 du sol. Du côté de la ville on a ouvert une fenêtre rectangulaire, au voisinage de laquelle se trouve une cheminée à manteau. De petites pièces voûtées existent dans l'épaisseur du mur; l'une d'elles se prolonge par des latrines. Au premier étage, deux baies rectangulaires, précédées chacune d'une niche, donnent sur l'extérieur.
Tour de la Mèche. — Cette tour a subi d'importants remaniements à l'époque où l'on commença à faire usage d'armes à feu. A cet effet, on a percé de chaque côté des ouvertures qui font face à la courtine.
Les tours d'angle. — Extérieurement les trois tours de Villeneuve au nord-est, de la Poudrière au sud-est, des Bourguignons au sud-ouest sont rondes et décrivent environ trois quarts de cercle, tandis que du côté de la ville elles sont fermées par un mur plat que longe le chemin de ronde et aux extrémités duquel aboutissent deux escaliers. La partie cyhndrique est construite en bossage, la partie plate formée de moellons où s'intercalent quelques pierres en bossage. Sur l'une des faces, une tourelle polygonale continue l'es-
calier qui permet d'accéder à la partie supérieure, crénelée comme la courtine. La couverture est formée par des dalles de pierre avec une légère pente.
Les dispositions intérieures rappellent beaucoup celles des tours du Sel et de la Mèche. On pénètre dans les tours soit par une petite porte intérieure ménagée au niveau du sol entre les deux escaliers qui mènent de la ville au chemin de ronde, soit par les portes donnant sur le chemin de ronde, défendues par des bretèches et des machicouhs intérieurs. En élévation, on retrouve les deux salles reliées par un escalier en colimaçon, telles qu'elles apparaissent dans les tours de la courtine nord.
Entre les tours d'angle de la courtine est et la tour des Bourguignons, qui forme angle de la courtine sud et de la courtine ouest les différences sont assez accusées.
Tour de Villeneuve et tour de la Poudrière. —
La tour de Villeneuve et la tour de la Poudrière, qui limitent la courtine est, présentent des dispositions analogues à celles de la muraille qu'elles encadrent, au moins au rez-de-chaussée. On y retrouve les longues archères du temps de Philippe le Hardi, mais la plupart ont été murées.
Une autre particularité consiste dans l'emplacement des latrines qui se trouvent en encorbellement sur la courtine et auxquelles on parvient par un long couloir creusé dans le mur et donnant sur l'escalier en colimaçon.
La décoration appelle les mêmes remarques que celle
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de la porte des Cordeliers qui est de la même période. Les motifs sculpturaux qui supportent la voûte sur croisée d'ogives (voûte sexpartite dans la tour de la Poudrière) sont traités avec une finesse remarquable.
Tour des Bourguignons. — Les archères sont moins nombreuses que dans les autres tours d'angle et appartiennent toutes au dernier type. On notera, comme autres particularités, la présence d'un mâchicoulis au-dessus de la porte, en avant des créneaux, et de bretèches en encorbellement du côté de l'extérieur.
La tour des Bourguignons doit son nom à un souvenir historique. Aigues-Mortes a été l'une des dernières villes du Languedoc restées fidèles au roi pendant les troubles du règne de Charles VII. Toutefois, en i4i8, elle fut livrée par le châtelain Louis Malapue au parti bourguignon, et le dauphin Charles, lorsqu'il voulut la reprendre en 1420, éprouva la solidité de ses fortifications. Cependant il comptait parmi les assiégés des partisans, tels que le baron de Vauverbe qui, avec quelques compagnons décidés, se jeta sur les garnisons des portes et fît massacrer les Bourguignons. Le nombre des morts fut si élevé, dit-on, qu'on ne put parvenir à les enterrer. On les jeta pêle-mêle en les recouvrant de monceaux de sel, dans la tour de l'angle sud-ouest qui porta désormais le nom de tour des Bourguignons.
Le château. — Au xvf siècle, ou peut-être au début du xvii", on a ajouté aux remparts un bâtiment sans caractère que l'on désigne sous le nom de château.
La construction en elle-même ne présente rien de notable, sinon sur Fangle nord-ouest une tour circulaire et sur le côté ouest une tourelle rectangulaire dont la porte s'ouvre sur le pont par lequel on accède à la tour de Constance. Elle se prolonge vers le nord et vers F ouest par deux rangées de constructions qui s'appuient sur la courtine.
Le Château. ^^'"^^ Lévy-Neurdein.
Le château avait sa défense spéciale, une courtine très difï'3rente de celle du xiii^ siècle. Gomme l'artillerie jouait, au moment où elle lut édifiée, un rôle prépondérant dans l'attaque et dans la défense des places fortes, on a ouvert, dans cette courtine, huit archères pour armes à feu. La courtine s'appuie à l'est sur une tourelle; elle est reliée aux remparts par une courtine secondaire, au milieu de laquelle se trouve une porte ronde qui paraît avoir subi de sérieux remaniements et
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que défendaient, de chaque côté, deux archères pour armes à feu.
L'apparition du château a déterminé dans la partie avoisinante de la muraille du xiii^ siècle d'importantes modifications. On a, au xvf siècle, entièrement reconstruit le parapet delà courtine en arc de cercle qui entoure la tour de Constance; on y a introduit seize archères qui s 'ébrasent largement vers l'intérieur et ont, à l'extérieur, une plongée considérable ; on a enfin ajouté une niche pour canon qui est aujourd'hui entièrement murée. Dans la partie rectiligne qui rejoint la porte de la Gar dette, les archères ont également subi des modifications qui ont compliqué leur structure : elles se composent de deux séries de fentes verticales séparées par une fente horizontale et surmontées d'une autre fente horizontale. M. Bothamly pense que ces fentes horizontales servaient pour les petits canons. En outre, du côté de la ville, le parapet a été percé de vingtquatre archères, également destinées à recevoir des armes à feu et qui avaient évidemment pour mission d'empêcher l'accès du château, au cas où la porte de la Gar dette eût été forcée.
La tour Garbonnière. — Aiguës -Mortes, au xm"" siècle, n'était accessible par la voie de terre que d'un seul côté. Aussi les architectes qui édifièrent les remparts eurent-ils soin de barrer par un ouvrage fortifié, à 2 kilomètres au nord, l'unique route qui y conduisait. Cet ouvrage est la tour Carbonnière qui, malgré certains remaniements, reste, dans son ensemble, contemporaine de la troisième campagne de construction.
La tour Garbonnière a une structure assez simple. Elle est construite sur plan carré avec l'appareil en bossage que Ton observe dans les remparts. Au xnf siècle, la route qui conduisait à Aigues-Mortes la traversait
Tour Garbonnière. Cliché de l'Auteur.
de part en part et toutes ses dispositions défensives avaient pour but de rendre ce passage particulièrement périlleux.
On y pénètre par deux portes qui se font vis-à-vis, chacune étant défendue par deux herses et par un machicouhs intérieur ; les ponts-levis ont été ajoutés
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au milieu du xvi° siècle, lors des guerres de la Ligue. De chaque côté du passage réservé à la route, deux salles latérales ont leurs parois percées d'archères ; audessus se trouve une grande salle reliée à celles du rezde-chaussée par un escalier. Cette salle, d'où Ton manœuvrait les herses et qui devait aussi servir de logement pour la garnison, se divise en deux travées voûtées sur croisée d'ogives. Elle était chauffée par une grande cheminée au fond de laquelle se voient les traces d'un four.
Le sommet de la tour n'a plus la même physionomie qu'au xin' siècle. Les échauguettes d'angle, qui rompent la monotonie de l'aspect, ne faisaient pas partie de la construction primitive. 11 en est de même de la tourelle où se termine l'escalier, et le parapet semble bien, lui aussi, être de date relativement récente. Il est fort probable que, à la fin du xiii° siècle, la tour Garbonnière ressemblait, dans ses parties hautes, aux tours carrées qui surmontent les poternes des fortifications d' Aigues-Mortes .
La tour Garbonnière a joué un rôle au moment des luttes entre protestants et catholiques. Elle a été prise par les réformés après leur victoire de Saint-Gilles, en i562, et a été pour eux un important point d'appui pendant la dernière période des guerres de religion.