‹ Aimer: pièce en trois actesChapitre 17 sur 63 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

HÉLÈNE, froidement.

Bonjour, Challange.

CHALLANGE

Quelle jolie maison vous avez !

HÉLÈNE

Je vous avoue que c'est tout à fait mon avis. Je peux le dire. Je n'y suis pour rien. C'est mon mari qui a tout fait.

CHALLANGE

Je sais qu'il a un goût exquis... (n regarde le

paysage par la porte restée ouverte.) Est-Ce tendre Cette

ligne d'horizon ! Est-ce assez candide, assez pur !

HENRI

Mais voyez comme, dans cette mollesse, les veriiicales des peupliers mettent juste l'accent nécessaire.

CHALLANGE

Vous êtes merveilleusement placés.

HENRI

Henri IV appelait cet endroit : « la plus belle lieue de son royaume de France»,.. Il y a ici beaucoup d'eau. C'est ce qui nous vaut ces beaux arbres.

HÉLÈNE

Ce que mon mari ne vous dit pas, c'est que ce domaine est son ouvrage. C'est lui qui a creusé Tétang. C'est lui qui a voulu ici cette nappe de rhododendrons...

CHALLANGE

Quoi ! Tout cela est artificiel ?

HENRI

Non, car je n'ai nullement contrarié la nature. C'est au contraire la nature même que j'ai aidée à s'épanouir, à mesure que toutes ses beautés se révélaient à mes ferveurs et à mes patiences d'amoureux.

On dit que ce pays n'a pas de secrets pour vous.

HENRI

On ne connaît jamais tout à fait un pays. Je tâche de connaître le mien... le mieux possible. Il n'y a que la connaissance qui justifie la possession. Si les paysans me pardonnent cette terre de luxe et cette espèce de seigneurie qu'elle me confère, c'est que je passe pour l'homme d'ici qui connaît le mieux la région. On vient me consulter d'assez loin. J'en suis fier. Si d'ailleurs

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