ACTE PREMIER
diversité merveilleuse de la vie... Il dit qu'il y a autre chose... Il dit qu'il y a... Je ne sais pas, moi... Enfin... tu comprends... autre chose 1
HENRI
Naturellement I Tout ce qui est loin est merveilleux I Ce qu'on ne connaît pas satisfait tous les rêves ! Les rêves, ce reste des brumes de l'enfance qui traîne toujours au fond de nous. Nous parlions encore aujourd'hui de ce paradis imbécile que nous nous demandions autrefois.
Tu préférais notre' présent plus réaliste, plus sage et beaucoup plus heureux. N'est-ce pas ? Tu le préférais ?... Tu m'écoutes ?
HÉLÈNE, lointains.
Oui, je t'écoute.
HENRI, aprte un sDsnM.
C'est tout ce qu'il t'a dit ?
HÉLÈNE
Il m'a dit encore : « Une jeune fille... »
HENRI
Une jeune fille ?
HÉLÈNE
Non... Non... Rien.
Il t'a dit ; ■ Une jeune fille
HÉLÈNE
Je ne me souviens plus.
HENRI, après un silence.
Il est certain qu'il y a dans la réalité quelque chose d'un peu sévère. Le bon s'y mélange au moins bon, et même au mauvais, d'une façon qui les rend souvent indiscernables. La vie à deux a ses périls. Toutes les heures n'y sont pas parfaites. Et il arrive que l'on se perde un peu l'un l'autre. Il s'agit de garder confiance, de ne pas voir d'animosité où il n'y a que clairvoyance, et de profiter du miroir sans comiplaî- ' sance qu'on vous tend pour éliminer de soi le médiocre ou le mauvais. Les impatients qui se découragent ou qui se révoltent ne voient pas qu'en s'engageant sur une route nouvelle ils y apportent les mêmes éléments d'insuccès. Les chances de bonheur du mariage viennent justement de ce que le mariage est une union définitive. Ceux qui croient qu'on peut recommencer recommenceront éternellement... Tu entends ce que je te dis, Hélène ?
HÉLÈNE
Oui, oui...
HENRI
Tu n'as pas écouté.
HÉLÈNE
Mais si !
HENRI
Qu'est-ce que j'ai dit ?
HÉLÈNE
Tu as dit : la perfection, l'unité, le village natal.
HENRI
Et puis ?
HÉLÈNE
C'est tout.
HENRI
Tu vois que tu ne m'écoutais pas 1
HÉLÈNE
Tu répètes toujours la même chose !
HENRI
Ah ! Eh bien ! justement, j* ** fiiaoU im« f>,n<u^ nouvelle, très juste, qui au @'est celle-là- qu'il fallait éc< (Ella a ou lmperc«ptibl« inouv«iiMnt que tu as ?
HÉLÈNE
Mais rien !
HENRI
Ça t'ennuie, ce que je te
Du tout.
HENRI
Tu m'as demandé des raisons !
HÉLÈNE
Assieds-toi !
HENRI, après un silence, avec un effort, très doucement.
A quoijpenses-tu ?
HÉLÈNE ^ Tais-toi un peu !... (EUe dit enfin, comme à elle-même :)
C'est joli cette fenêtre qui vient de s'éclairer dans le pavillon. Les domestiques s'obstinent à y porter les lampes avant de fermer les croisées. Les phalènes vont entrer. C'est sûr... Comme c'est drôle I II faisait grand jour. Cette seule fenêtre allumée donne au jardin un air de soir.
HENRI
Tu sais qu'il est déjà très tard.
HÉLÈNE
Oui. Mais, avs^nt cette lampe, on ne le sentait pas.
Il s'approche d'elle. Elle reste indifférente, rêveuse, tournée vers cette porte ouverte sur le soir. Il la regarde.