‹ Aimer: pièce en trois actesChapitre 45 sur 63 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

Tamour, la haine de la vie ! Je comprends. Elle veut les mortifications, les renoncements. C'est logique. Elle est logique. Mais vous n'êtes pas religieuse, Hélène ! C'est à la vie que vous croyez ! Alors ? Alors ?... La société aussi demande la constance, veut les amours indissolubles. Mais elle aussi a ses raisons. Elle pense aux enfants. Elle sacrifie les droits de l'amour aux droits de l'enfant. C'est bien. C'est juste. Mais vous, vous n'avez pas d'enfants !... Je ne comprends pas, je vous assure ! Quand ce grand cri d'amour vient de jaillir de vous, quand nous pouvons toucher toute la joie du monde, vous vous dressez contre vous-même ! Vous repoussez cette grâce unique ! Hélène, Hélène, ma grande amie, je vous jure, je ne comprends pas !

HÉLÈNE

J'aime mon mari !

CHALLANGE

Ce n'est pas vrai ! Si vous aimiez votre mari, est-ce que j'existerais pour vous? Qu'est-ce que c'est que cet amour que vous me demandez de sauver, à moi, l'ennemi, et qui vous laisse tout accablée, toute pâmée, tout ivre d'un autre, à ma merci enfin, car je le sens bien que vous m'appartenez, que vous êtes à moi tout entière ! Qu'est-ce que c'est que cet amour ? Et de quoi est-il fait ?... Voyons, ne tremblez

pas. Répondez-moi. Vous dites que vous aimez votre mari. A quoi sentez-vous que vous Taimez ?

HÉLÈNE, d'abord déconcertée et sans voix, enfin, d'une voix

montée du plus profond d'elle.

Je ne peux pas lui faire de mal.

GHALLANGE, un instant saisi, se reprenant.

Alors nous serons deux que vous torturerez !

Vous vous sacrifierez. Vous me sacrifierez.

Qu'est-ce que c'est que cette pitié qui veut les plus grandes ruines ? Non ! Vous ne résisterez pas à cet élan qui vient du plus profond de vous ! (Tout près d'elle :) Vous êtes fatiguée de vous souvenir ! Vous étouffez entre ces arbres et cet homme qui n'ont plus rien à vous apprendre...

Obstiné ! Obstiné ! Vous ne me trouvez pas encore assez vaincue ! A quoi bon tant de paroles, mon Dieu ! Vous le savez bien que je suis sans défense ! Vous êtes là, vous vous acharnez !

Vous n'êtes qu'une volonté de victoire, implacable ! Alors, tout est fini. Prenez. Je m'abandonne. Puisque, après tant de débats, je suis plus faible chaque jour, puisqu'il fallait en venir là, faites de moi ce que vous voudrez. Je ne me défends plus. Je vous aime ! Je vous aime ! Je n'ose pas vous dire à quel point je vous aime !

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