ACTE SECOND
C'est horrible ! Mais que vous importe I Vous me voyez souffrir. Cela vous est égal ! Alors, je suis perdue, et vous n'avez qu'à prendre ! Je suis une femme perdue. Prenez ! Prenez !
Prenez !
CHALLANGE, reculant.
Dans quel état vous vous mettez I Vous pouvez TTjQ parier ainsi !... Ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas le désespoir que je vous apporte, dites ! Il y a tant de joie en moi ! L'amour, c'est de la joie. Vous allez la toucher. Vous avez foi en moi ?... Voyons ! Regardez-moi I Oh ! ce visage !... Vous me bouleversez, Hélène, avec un tel visage...
Hélène !
HÉLÈNE, d'une voix blanche, indifférente, comme morte.
Qu'importe ? Je vous appart,iens. Je vous aime. Cela suffît. N'en demandez pas davantage.
(Il la regarde, honteux, indécis, immobile. Un silence.) VouS
vous taisez ?
CHALLANGE
Ce n'est pas sombre et douloureuse que je vous veux. C'est claire, heureuse ! C'est dans la joie qu'il faut que vous veniez vers moi. Ce passé auquel vous tenez si âprement vous paralyse, vous étouffe. Brisez ces liens qui vous retiennent ! Soyez fort,e ! Quand je souffre, moi, j'empoigne ma douleur avec rage pour en finir
vite avec elle, et je me désespère jusqu'à ce que je me console ! Je vous aime ! Vous ne sentez pas quelle puissance de vie, de recommencement, de départ, il y a dans ce mot ?... Ne vous torturez plus. Venez être ma femme ! Je vous emmène ! C'est vers vous-même que je vous mène !
n lui a tendu les mains.
HÉLÈNE, éperdue.
A présent ?
GHALLANGE
Oui ! Dans les passages difficiles de la route, i] •faut aller vite, se précipiter vers le but, sans autre pensée que le but ! Venez ! Venez !...
HÉLÈNE
r Vous le voulez ?... Oui, c'est peut-être mieux ainsi... Déjà je ne sais plus ne pas vous obéir... Tout me paraît simple et facile du moment que vous êtes là... Et c'est si bon cette sensation de ne plus penser, de ne plus s'opposer à soimême, de s'abandonner au destin, de le lais ser tout décider, tout vouloir, d'être aveugle et libre !
GHALLANGE
Alors ?