PREMIER HENRI
Ma foi, non.
HÉLÈNE
Il est vrai que c'était une assez triste époque. La maison était presque vide. Le jardin n'était qu'un fouillis sauvage...
HENRI
Tu détestais ce pays. Tu t'y sentais perdue.
HÉLÈNE
A présent, je n'en admets pas d'autre... Oui. c'est mieux à présent... Mais j'étais plus jolie.
HENRI ■ Tu n'as jamais été aussi bien qu'à présent.
HÉLÈNE
Tu ne dis pas ce que tu penses.
Si. Ta beauté s'est épanouie. Elle a pris quelque chose d'ample, de plus complet... de plus conscient aussi.
HÉLÈNE, «aiiDé» par la iernitt mot.
Conscient ?... Dis donc, c'est un reproch
HENRI
Pas du tout. C'est tout naturel.
HÉLÈNE
Dire que j'aurai bientôt trente ans ! C'est affreux.
HENRI
Trente ans ? C'est le bel âge de la femme, au contraire. Les certitudes, la plénitude, l'apogée.
HÉLÈNE
La fin de la jeunesse.
HENRI
Eh ! oui, la fin de la jeunesse ! De l'égoïste, inquiète et difficile jeunesse... le commencement de l'été, du riche et calme été... L'âge adulte du cœur!... Il ne faut jamais s'attrister sur le passé, quand ce passé a bien passé. Ce qui est désolant, ce sont les jours perdus. Les jours heureux ne sont jamais des jours perdus. Moi, ces dernières années, je sens qu'elles sont en moi pour toujours, que rien ne me les reprendra. Des jours moins heureux peuvent venir. Ils n'empêcheront pas ceux-ci d'avoir été... Vois-tu, quand on a été riche, vraiment riche, on peut être pauvre.