‹ Aimer: pièce en trois actesChapitre 5 sur 63 · PREMIER HENRI · texte numérisé non relu

PREMIER HENRI

Ma foi, non.

HÉLÈNE

Il est vrai que c'était une assez triste époque. La maison était presque vide. Le jardin n'était qu'un fouillis sauvage...

HENRI

Tu détestais ce pays. Tu t'y sentais perdue.

HÉLÈNE

A présent, je n'en admets pas d'autre... Oui. c'est mieux à présent... Mais j'étais plus jolie.

HENRI ■ Tu n'as jamais été aussi bien qu'à présent.

HÉLÈNE

Tu ne dis pas ce que tu penses.

Si. Ta beauté s'est épanouie. Elle a pris quelque chose d'ample, de plus complet... de plus conscient aussi.

HÉLÈNE, «aiiDé» par la iernitt mot.

Conscient ?... Dis donc, c'est un reproch

HENRI

Pas du tout. C'est tout naturel.

HÉLÈNE

Dire que j'aurai bientôt trente ans ! C'est affreux.

HENRI

Trente ans ? C'est le bel âge de la femme, au contraire. Les certitudes, la plénitude, l'apogée.

HÉLÈNE

La fin de la jeunesse.

HENRI

Eh ! oui, la fin de la jeunesse ! De l'égoïste, inquiète et difficile jeunesse... le commencement de l'été, du riche et calme été... L'âge adulte du cœur!... Il ne faut jamais s'attrister sur le passé, quand ce passé a bien passé. Ce qui est désolant, ce sont les jours perdus. Les jours heureux ne sont jamais des jours perdus. Moi, ces dernières années, je sens qu'elles sont en moi pour toujours, que rien ne me les reprendra. Des jours moins heureux peuvent venir. Ils n'empêcheront pas ceux-ci d'avoir été... Vois-tu, quand on a été riche, vraiment riche, on peut être pauvre.

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