ACTE TROISIÈME
HENRI
Tu tiens beaucoup à renouer cet entretien ?
Tu ne crois pas que le sujet est épuisé ? Tu tiens à mieux fixer en moi l'image de la femme qui a été ma femme rentrant de chez un homme à cette heure de nuit ?
HÉi:ÈNE
Je ne viens pas d'où tu crois.
HENRI
Ah ! Et d'où viens-tu donc ?
HÉLÈNE
J'ai marché dans le bois, toute seule.
HENRI
Toute la nuit ?... C'est déjà presque le matin I
Tu crois que je te mens ? T'ai-je jamais menti ?
HENRI, d
Alors ! Qu'as-tu à dire 1 AI'
HÉLÈNE, avec efloi
Nous ne nous reverrons peut-
HENRI
C'est vraisemblable.
HÉLÈNE
Et tu penses, toi, que tout est dit ?
HENRI
Que pouvons-nous avoir à nous dire à présent ? Que peuvent avoir à se dire un homme et une femme qui se quittent pour toujours ?
HÉLÈNE
Pour toujours ! Sans un mot, sans un regard d'adieu ?
HENRI
Comme dans un accident mortel, oui. Pourquoi pas ?
Il aurait donc suffi d'une heure, d-un instant, pour creuser entre nous cet abîme sans nom, pour que je ne sois plus pour toi qu'une étrangère, plus étrangère qu'une étrangère ?
HENRI
C'est toi qui t'en étonnes ? Tu avais peut-être compté que nous resterions bons amis !
HÉLÈNE
Moi, je ne te déteste pas. (n va sortir. EUe cherche un mot qui le retienne. Elle dit, timide :) Il y a là, tu
vois... là, dans ce meuble-là, ce qui nous reste... enfin... ce que j'avais gardé de... notre enfant...