ACTE TROISIÈME
lorsque Ton croit trop en moi que je me sens abandonnée... Orgueilleux ?... J'ai dit : orgueilleux ?... Affreusement modeste aussi ! Lorsqu'il est arrivé ici, il t'a troublé par un esprit de décision, d'entreprise, des qualités qui ne sont pas exactement tes qualités. Ta pondération, ta mesure, ta sagesse t'ont paru grises. Tu as douté de toi ! Tu ne t'es plus aimé ! Tu t'en es reposé sur moi du devoir de te préférer !... Bien plus ! Tu as envisagé, tu as admis notre défaite ! Tu m'as dit : « Aujourd'hui, mûrie, évoluée, tu remets en question... Pourquoi pas ? » C'était lâche ! On détruit une femme av^c des mots pareils ! Tout ton être aurait dû me crier, me jurer ta foi inébranlable en nous, ta certitude ! Il fallait me donner à lire dans tes yeux l'impossibilité pour nous d'une faillite ! Il ne faut dire aux femmes que ce qu'on veut
qu'elles croient !... (Elle a saisi son manteau.) Tu
pensais que tout était dit ! Je savais bien que non, que tout n'était pas dit, que moi, du moins, j'avais quelque chose à te dire ! Je ne savais pas quoi. A présent, je le sais ! Tu m'as trahie,
abandonnée !... (Elle s'élance vers la porte, traînant son
manteau sur le sol.) Et maintenant c'est moi qui pense que tout est dit !
HENRI a paU.
Où vas-tu ?
HÉLÈNE
Laisse-moi !
HENRI
Où vas-tu ?... Reste ici ! (n l*a violemment rejet6e par le poignet à l'intérieur de la maison. Elle s'immobilise.
n la regarde. Un temps.) Vous exigez de nous toutes les libertés. Et quand, pour l'orgueil, la franchise et la dignité de l'amour, nous avons étouffé la voix de notre sang, cet instinct de domination, de possession, dont nous sommes faits, qui vient du plus profond de nous, quand nous vous avons tout donné, l'indépendance, les droits, la considération, l'égalité à quoi vous aspiriez si fort, vous regrettez votre esclavage et réclamez d'être traitées comme des enfants !... A qui obéis-tu en ce moment ? Réponds ! Vers quel destin crois-tu aller î... Tu n'es pas seulement incertaine et troublée... Tu as l'air d'une personne traquée !... Aimes-tu ou n'aimes-tu pas cet homme ?
HÉLÈNE
Il me hante ! Il m'appelle. J'ai envie de courir vers lui !... En serions-nous où nous en spmmes, si je ne l'aimais pas ?...
Eh bien ! mais alors, cours ! Va le rejoindre, va ! Nous sommes ici dans de l'absurde !
Qu'attends-tu ?