‹ Ainée et cadetteChapitre 11 sur 43 · FANNY, GEORGES · texte numérisé non relu

FANNY, GEORGES

FANNV.

Eh bien ! monsieur Georges, qu'aviez-vous à me demander"?

GEORGES

Pardon, mademoiselle, je désirerais le livre d'expédition.

FANNY '

Le voici! Mais, mon Dieu, qu'avez-vous donc? quel air triste! N'allez pas avoir cet air-là au bal, au moins...

GEORGKS.

Je tâcherai...

FANNV.

Vous me ferez danser, n'est-ce pas, monsieur Georges î

GEORGES

Si vous le permettez.

FANNY

Je l'exige.

GEORGES

I Que vous êtes bonne!

I FANNY

Parce que je veux danser?

I GEORGES

1 Non... parce que vos paroles m'encouragent, me consolent.

I FANNY, se rapprochant.

Vous consolent... mais qu'avez-vous?... Pourquoi être toujours inquiet?

I GEORGES

I Vous me le demandez, quand vous savez à quel point je vous aime!

FANNY'

Eh quoi ! c'est donc bien triste, monsieur, d'être amoureux?

GEORGES

Oui, quand c'est, comme moi, un simple commis sans fortune, sans famille, sans nom même.

Qu'importe ? n'êtes-vous pas le protégé de mon

' ficorges, Fanny.

AlJNEE ET CADETTE.

parrain?... Mon père no vous a-t-il pas toujours témoigné combien il vous estimait?...

GEORGES

Sans doute; il semblait deviner mes prétentions, les encourager même; mais à présent je crains...

FANNY

Vous craignez?...

GEORGES

II veut m'éloigner.

FANNY

Vous?

GEORGES

Vous savez que votre maison expédie un navire aux États-Unis...

FANNï.

La Bellone? elle est en rade.

GEORGES

Le subrécargue est tombé malade; et votre père m'a annoncé, hier au soir, que s'il ne pouvait en trouver un autre avant le départ du navire, ce serait moi qui le remplacerais.

FANNY

Et vous avez consenti 7

GEORGES

Croyant ce départ éloigné, j'espérais que quelqu'un viendrait s'offrir, et je n'ai pas voulu irriter M. Saunier par un refus, inutile peut-êlre; mais, ce matin, j'ai appris que personne ne s'était présenté pour la place vacante, et que la Bellone pouvait partir d'une heure à l'autre.

FANNY

Oh ! mon Dieu ! mon Dieu !

GEORGES

J'étais bien résolu à m'expliquer avec votre père, car je ne pouvais supporter l'idée de partir sans emporter l'espoir que vous seriez un jour à moi... Ne pouvant me décider à parler, j'ai du moins osé écrire.

FANNY

A mon père ?

GEORGES

Oui. J'ai glissé une lettre parmi celles qu'il doit lire en rentrant.

FANNY

Ah î mon Dieu î voilà le cœur qui me bat aussi à moi... Les peureux sont gens terribles, leur mal est contagieux... Allons... mais donnez-moi donc du courage !

GE0R6ES

Je le voudrais.

FANNY

Écoutez, monsieur Georges. Mon parrain vient d'arriver, il faut tout lui confier.

GEORGES

Vous ?

FANNY

Non, vous... Il va venir, je me sauve...

GEORGES

£t moi aussi.

FANNY

Comment! vous avez peur de lui... si bon, si généreux...

GEORGES

C'est vrai.

FANNY

Et qui nous aime tant !

GEORGES

C'est vrai. Oui, il faut que je lui parle.

FANNY

Il a tout pouvoir sur mon père. .. bon courage I {Lui tendant la main.) Songez que vous plaidez notre cause.

GEORGES , lui baisant la main.

Ah ! vous êtes un ange !

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