‹ Aînée et cadette [Texto impreso]Chapitre 38 sur 51 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

Les Mêmes, GEORGES.

GEORGES, poussant un cri étouffé.

Ah !

TOCS, l'apercevant.

Ciel!

Moment d#* silence.

Comment?

GEORGES

Oh ! ne me retenez pas... je ne pois rester ici, je souffrirais trop!... Il faut que je parle. (A Jf. et à Saunier. ) Recevez mes adieux... et mes remercîmens pour l'intérêt que vous m'avez long-temps montré... Votre bienveillance m'avait fait oublier que pour moi le malheur est une flétrissure; je me le rappellerai maintenant.

Air :

Georges, s'avançant .

Vous avez raison, madame... je n’y avais point pensé... votre fille ne peut épouser... ne peut m'épouser.. .

M mc saunier , déconcertée.

Je suis fâchée que vous ayez entendu .

Bâtard... bâtard... ils appellent cela une raison !

GEORGES

C’en est une... Merci de vos efforts... mais ils seraient inutiles... désormais, je sens que je n’ai plus rien à espérer.

SAUNIER, embarrassé.

Certainement... ce n’est pas un reproche qu’on a voulu te faire... parce que le mérite... et puis la considération...

GIRARDOT

Oui, oui, allons, embrouille-toi dans des excuses maintenant... pour prolonger son humiliation !... Georges... mon ami... viens m'embrasser.

Georges, se jetant dans ses bras.

Ah!

GIRARDOT

Si le hasard ne t’a pas donné de famille, tu ne seras pas seul au monde pour cela... je serai ton père, moi... je t’adopterai devant la loi s’il le faut, et l’on n'aura plus le droit de t'appeler bâtard... Pauvre abandonné, va t

GEORGES

Ah! mon ami!

GIRARDOT

Tu peux toujours compter sur moi.

SAUNIER

Et sur nous...

saunieA.

Certainement... c’est dans l’intérêt de M. Georges que nous lui faisons faire ce voyage.

SAUNIER

Dont il doit partager les bénéfices.

GIRARDOT

Et qu’il ne fera past... non, Georges, tune patiras point.

GEORGES

Al» | pudonnet un revu qui vous outrage ;

J'iTiii pensé qu’ici-ba» le bonheur Etait le prix du travail, du courage ;

De mon repos j’ai payé cette erreur.

Je veux partir, je le dois, ma présence Jamais ici ne vous atlmirra.

Et loin de tous si je souffre en silence ,

Soyez heureux, je ne serai plus là...

GIRARDOT

George...

GEORGES , te jetant dans tet bras.

Mon «mi... mon père... «dieu...

Il sort rivement.

GIRARDOT*

Non... Georges... Georges!... Il s’est échappé! (S Sf. et à ,W“* Saunier. ) Et tous le laisser partir comme cela?

«r mE SAUNIER.

Que pouTona-nous faire?

SAUNIER

C'est pour son bien.

GIRARDOT

Pour aon bien !

Il va prendre aon chapeau.

SAUNIER

Où vas-tu donc?

GIRARDOT

Je m'en vais... car je finirais par vous dire ce que je pense... le sang me bout dans les veines.,, vois-tu, je suis indigné.

SAUNIER

Mais qu'as-tu donc aujourd'hui?

GIRARDOT, menant son chapeau.

Il me demande cc que j'ai! [S'approchant avec un calme forcé.) Tiens, Saunier... veui-tu que je te dise?.., vous vous êtes conduits comme des gens sans cœur.

as*' SAUNIER.

Par exemple !

GIRARDOT, éclatant.

Oui... oui... «ans cœur et sans raison... et sana juitice... Obi voir un pauvre jeune homme, I*

v Saunier, il™» Saunier, Girardot.

* * Saunier, Girardot, il™* Saunier.

Pardon ncr-moi.

MAGASIN THEATRAL

rougeur au front, étouffé de larmes.-, et être assez cuirassé d’orgueil pour ne pas s’émouvoir... l’appeler bâtard... et tout cela pour votre fille cadette... pour votre coquette de Paris!

M me SAUNIER.

Noémi une coquette?

GIRAHDOT.

Au fait, j’ai tort... je deviens injuste aussi-., ce n’est pas sa faute, la pauvre enfant, si vous l'avez rendue futile et vaine... Elle est restée bonne du moins, malgré tous vos efforts.

SAUNIER, piqué .

A l’entendre, nous serions de grands coupables.

GIRARDOT

Oui, car vous ne songez qu’à vous.

SAUNIER

C’est-à-dire que je suis un égoïste?... heureusement que l’on me connaît... j’ai rendu assez de services.

GIRARDOT

Ah ' sans doute! voilà ce que les riches appellent être bons... ils donnent un bal au profit des pauvres... élèvent deux ou trois bornes-fontaines... ils ouvrent une rue sur le port... a condition qu’elle portera leur nom !

Au : Que parlez-vous ici de gloire ?

Criant cc nom • qui le veut entendre,

Le* voilà bien pour U plupart!

C’est au grand jour que leur main sait répandre

Quelques bienfaits qui semés avec art

A leur orguril laisse une large part!

Mais oublier l'ambition secrète

Ou l'intérét qui toujour* le* poussa,

Pour soulager une douleur muette,

Oli ! leur orgueil ne va pas jusque là!

Leur vanité ne va pas jusque là !

M roc SAUNIER.

Ce sont des personnalités.

\ GIRARDOT

Ab ! je vous conseille de parler, vous qui avez fait tout le mal!... qui venez de jeter le désespoir dans l'âme d'un pauvre garçon que vous auriez dû protéger... vous qui tuez une de vos filles pour que l'autre épouse un député.

M ra « SAUNIER.

Monsieur...

GIRARDOT

Au fait, je conçois... quand on est tourmenté d’idées d’élévation... Qui sait si votre Noémi ne finira pas par être reçue au faubourg Saint-Germain... et vous aussi, madame?...

M rac SAUNIER.

Nous saurons tout aussi bien que personne, monsieur, avoir les grandes manières...

GIRARDOT

Oui; prenez garde seulement au proverbe:

grandes manières, petites gens.

SAUNIER *

Petites gens!...

M me SAUNIER.

Ah! c’est trop fort!... vous souffrez qu’on me parie aiosi, monsieur?

saunier ",

Du tout... je trouve très-mauvais.

girardot, vivement.

Ah ! tu trouves mauvais?... tu as raison... car ce que je fais ici, c'est toi qui devrais le faire... N’as-tu pas honte de te laisser mener ainsi?

SAUNIER

Moi... on me mène?...

Eh! oui...

SAUNIER

Eh! non... que diable !... je ne suis pas un enfant... ce que je fais, c’est que je veux le faire. SAUNIER.

Oui... mais vous n’avez pas consulté M. Girardot...

SAUNIER

C’est vrai, c'est d’un despotisme... après tout, je suis libre.

girardot, avec un sentiment profond .

D’être un mauvais père.

SAUNIER

D’être ce que je voudrai... je me révolte à la fin!...

M œ< SAUNIER.

Depuis quelque temps, monsieur prend plaisir à critiquer tout ce que nous faisons...

GIRARDOT

Parce que tout ce que vous faites n’a pas le sens commun.

SAUNIER

C’est possible, mais c’est fastidieux, en définitive... nous sommes les maîtres.

GIRARDOT

De faire des sottises... vous le prouvez parfaitement.

*i me SAUNIER.

Ce sont nos afiVires... à nous seuls.

SAUNIER

Certainement... et ceux que ça no contente pas...

^GIRARDOT

Je suis de ce nombre.

SAUNIER

N’ont qu’à le dire.

GIRARDOT

C’est ce que je fais depuis une heure.

SAUNIER

On ne peut pas se disputer perpétuellement.

* Saunier, M" 1 » Saunier, Girardot.

** M m * Saunier, Saunier, Girardot.

M“ e S A OKI RH •

Ce serait un enfer... quand on ne peut plus s'entendre...

C1RARDOT.

Plat t'il ?

SAUNIER

Certainement.

GIRABDOT.

Quand on ne peut plus s'entendre...?

M me SAUNIER.

Eh bien!... on se sépare.

SAi'MKH, avec effort.

Oui.

GIRARDOT, frappé.

Ah! vous avez raison, je n’y avais pas pensé... on se sép... Comment cette idée là ne m'est-elle pas venue ?... [amèrement) comment ai-je pu croire que cette maison était la mienne?... que j’y devais mourir, moi qui l'ai commencée?... qui y ai travaillé vingt ans avec des étrangers... (Mouvement de Saunier.) Madame l’a dit... étranger... je merappcllebiencemot... Je comprends en effet qu'un ami comme moi devienne gênant pour des gens qui veulent faire oublier leur origioe... Je vous ai vus, moi, trop pauvres cl trop petits...

SAUNIER

Supposer un tel motif... c'est encore une injure.

G1RARD0T

Fou que j’étais de croire que trente années d'amitié formaient un lien qu’on ne brisait plus ! L’amitié... encore une duperie du cœur... On concentre dans une seule famille toutes ses affections, on refuse de s'en faire une autre à soi... puis, un jour, quand on est vieux, ceux à qui l'on a donné tout son passé, et sur lesquels on comptait pour l’avenir, viennent vous dire : On se sépare!

S A Vif IB R.

Mais ce n'est pas nous qui avons cherché...

GIRARDOT

Assez!... je neveux ni explications ni excuses... quand on a pensé qu'on pouvait se quitter, c'est qu'on ne s’aime plus... (Il va prendre son chapeau.) Adieu!

saunier, le retenant.

Girardotl...

GIRARDOT

Que voulez-vous ?... Pourquoi me retenir?...

votre fortune n'est-elle pas suffisante?... faut-il encore travailler pour vous?-..

SAUNIER, bleSSé.

Ah! vous êtes méchant, Girardot... Puisque vous m’y croyez intéressé, je ne vous retiens plus.

M me SAUNIER.

Cédons la place à monsieur.

GIBARDOT.

En effet, vous avez là des amis qui vous attendent, pourquoi perdre votre temps avec un étranger ?... retournez au bal.

Eh bien, oui, nous y retournerons.

M“ r SAUNIER.

Et nous marierons nos enfans à notre fantaisie.

SAUNIER, pleurant A demi.

Et je prouverai que je ne suis pas un mauvais père... Viens au bal, ma femme, nous rirons, nous nous amuserons, nous sommes maîtres de nous amuser, viens.

Il* «orient.

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