SCENE VIL
SAUNIER, G1RARDOT, M« SAUNIER.
saunier, sans voir Girardot.
C'est peut-être encore de ma faute?
M"‘® saunier, de même.
C'est peut-être de la mienne!
[saunier.
Eh! oui... tous ne faites rien à propos.
M me SAUNIER.
C’est-à-dire que vous me laisses tout faire.
SAUNIER
Ah! quel ennui !
JE®* SAUNIER
Ah! quel supplice!
GIRARDOT
Vous êtes en train de vous amuser, à ce que je vois.
Girardot...
M® e SAUNIER.
Oui... nous causons du bal.
GIRARDOT
Désolé d’interrompre vos plaisirs... mais il faut que je vous parle !
saunibr.
A moi?
GIRARDOT
A vous deux.
M® e SAUNIBR.
Y en a-t-il pour long-temps?
GIRARDOT
Peut-être !
u me saunier:
En ce cas, remettons à demain*.
GIRARDOT
C’est impossible... Il s’agit de votre fille.
JE®* SAUNIER
De Noémi?
girardot, u» peu amer.
Non, madame... vous en avez une autre!... —
* Saunier, M®* Saunier, Girardot.
CArETTE. SI
Est-ce vrai, ce mariage de Fanny arec Alfred Durand?
saunier.
Très-vrai.
girardot.
Il ne peut pas avoir lieu.
m®' saunier.
Pourquoi donc?
girardot.
Vous me demandez pourquoi? parce qu’il rendrait Fanny malheureuse... parce que vous le faites dans le seul Intérêt de sa sœur... et par suite de votre aveugle préférence pour elle.
SAUNIER
De la préférence? le n’en ai pas!
girardot.
Tu le crois peut-être... mais, à ton insu, tu es injuste... et la femme encore plus.
M®« SAUNIER
Moi?
GIRARDOT
Vous... Tout le monde le remarque, et Fanny la première.
M me SAUNIER.
Comment ?
GIRARDOT
Eh bien! oui, elle souffre de votre préférence pour Noémi... elle est jalouse... elle me l'a avoué ici, aujourd'hui même, en pleurant.
M®® SAUNIER
A vous ?
GIRARDOT
A moi.
SAUNIER
Ah! mon Dieu!
M®® SAUNIER, piquée.
Il est au moins étrange que nous n’ayons jamais remarqué celte jalousie.
GIRARDOT
Pas du tout. Vous étiez trop occupés de voir si Noémi était bien coiffée, pour yous apercevoir que sa sœur avait les yeux rouges.
SAUNIER
Ce que tu dis là est dur, Girardot.
GIRARDOT
Eh bien! j’ai tort... mais je suis en colère contre vous... J’ai vu celle pauvre enfant si désolée tORt-à-l'heure...
u“ e SAUNIER.
Et c’est à vous qu'elle est allée se plaindre?
GIRARDOT
Il le fallait bien, il n’y avait que moi qui pût la consoler, tous les autres dansaient.
M"*® SAUNIER
Il n’en est pas moins extraordinaire, quand notre fille peut s'adresser à nous, qu’elle aille demander protection à un étranger.
22 MAGASIN THEATRAL
GIRARDOT, bleiSé.
Un étranger!... Pour vous, c'est possible ; mais non pour Fanny... j’ai des droits sur elle.
M me SAUNIER.
Oh ! des droits !
GIRARDOT
Oui, madame... car je suis son parrain... et c’est an titre que j’ai pris au sérieux, moi... un titre qui m’impose le devoir de veiller à son bonheur, et je le remplirai, quand ce ne serait que pour servir d'exemple à ceux qui oublient le leur.
SAUNIER
Girardot...
GIRARDOT
Mais tenez, ne nous fâchons pas... Vous êtes entêtés, je suis violent... nous ne ferions qu’embrouiller les affaires... Tout peut encore se réparer... Fanny et Georges s’aiment, vous le savez; qu’ils se marient.
SAUNIER
Ah ! nous y voilà!... C’est pour son protégé que monsieur parle.
GIRARDOT
Et pourquoi pas ? il ne faut donc point s'occuper du bonheur de ceux qu’on aime? Oui, sans doute, je parle pour Georges, et pour votre fille aussi... car ce mariage...
■ me saunier.
Est impossible.
GIRARDOT
Pourquoi?
SAUNIER
Nous sommes engagés... nous ne pouvons pas manquer à notre parole.
M m ® SAUNIER.
D’ailleurs Georges ne convient pas à Fanny.
GIRARDOT
Ah!... Qu'est-ce qui lui manque! n'est-ce pas un homme d'honneur?
SAUNIER
Oh! ça.
GIRARDOT
Instruit?
Très-instruit.
GIRARDOT
De bon caractère, de bonnes manières?
SAUNIER
Certainement.
GIRARDOT
Et cela ne vous suffit pas?
M® 0 SAUNIER
Eh non... H. Georges n'a pas de position.
GIRARDOT
Pas de position? que voulez-vous donc qu’il soit?... général de brigade? N'est-ce pas le plus Intelligent de vos commis? le seul qui puisse con-
duire votre maisQn et la continuer?... Est-ce parce qu’il n’a rien que vous le repoussez?... parlez alors... dites à quel prix vous mettez son bonheur... je suis prêt à le lui acheter comptant.
SAUNIER
Peux-tu croire? S'il ne s’agissait que d’argent... nous ne sommes pas à cela près.
M"' e SAUNIER.
Certainement... et nous rendons pleine justice à M. Georges... mais enfin il n’a pas de nom.
Ah! ça, c'est un malheur... mais tu le sais... il n’a pas de nom.
GIRARDOT
Nous en avons donc de bien beaux, nous autres? Girardot et Saunier! et vous, mademoiselle Françoise, néeFauqueux.
M m * saunier, vilement.
Fanny, monsieur, je me nomme Fanny.
GIRARDOT
En anglais, à ce que dit Noémi; mais vous êtes Française et Françoise, ma chère dame... Ah! ah! ah! les beaux noms!... Saunier, Girardot et Fauqueux .
u mt saunier, à part.
C’est à n’y pas tenir.
GIRARDOT
11 y a encore dans notre village un vigneron et un cordonnier qui les portent.
SAUNIER
Ça, c’est vrai!
M me saunier , vivement.
Du tout... c’est uoe calomnie.
GIRARDOT
Le vigneron est mon oncle... et le cordonnier, votre cousin germain... mademoiselle Fauqueux.
M me saunier , à part,
Ab ! c’est odieux!
Vous voyez donc que nous n’avons aucune raison pour mépriser Georges, et que nous ne sommes pas de plus grande famille que lui.
Ici Georges cotre*.
SAUNIER
Georges... Georges, n'est pas seulement un homme de rien.
giharoot.
Que Youlei-rous dire t
S Al: SUER.
Je veut dire que jamais ma fille n’épousera
un...
ClRARnoT.
Eh bien?
M”' SAÜRIER.
N'épousera un bâtard!
* Saunier, M mr Saunier, George], Girardot,
«UIMI.