CHAPITRE III. HOSPICES
MAISON DE LA CHARITÉ , vis-àMs la rue S. ^-Claude.
Elle est dans l'ancien local du Refuge ( maison de
correction pour les femmes ). L'église a quelques tableaux »
entre autres , une belle Nativité de Levieux, — La Visitation
de la Vierge. — Un Christ en croix , tableau ancien , peint
sur bois.
HOTEL-DIEU ou HOPITAL S.'-JACQUES, au faubourg Notre-Dame.
Il est composé de plusieurs grands corps de bâtimens, construits en diffère ns temps.
Jacques de Laroque le fonda en iSig. On remarque dans l'acte de fondation , une disposition singulière ; il y est porté qu'on admettra dans cet hospice tout homme souffraiU^ quelle que soit sa crojance , etiam diabolus j et qu*on exclura du nombre des administrateurs , tout ecclésiaS'tique , quelque rang qu^il ait dans V.église , etiam papa.
En i53i , on y réunit six fondations : les pauvres Malades , les Convalescens , les Enfans abandonnés , les Nour-
rices , les passant et pèlerins et l'entrepAt des Fille* enceintes.
En i553 , M. de Gërente, archevêque d'Embrun, légua de grandes sommes pour agrandir les constructions. A la même époque , M. de Brancas , archevêque d'Aix , désirant placer les convalescens dans un local séparé , fit construire une aile qui porte encore son nom. Ce vaste édifice a deux cents lits, et pourrait facilement en. contenir trois cents.
L'église de l'Hôtel-Dieu dépendait autrefois d'un couvent de capucins. Le portail est d'un travail soigné. On voit dans la première chapelle à gauche , deux statues de grandeur naturelle et peintes. Elles représentent J. C. qui gravit le Calvaire sous le poids de la croix , et S.' Augustin qu'on a placé à la suite de Jésus , nous ne savons trop pour quel motif. Au-dessous de ces statues et dans toute la longueur de la représentation , sont gravés en lettres gothiques des vers analogues au sujet. lis ont été composés par le roi René dont les armes sont sculptées aux deux extrémités. Ces vers doivent avoir place ici. Le poëte fait parler le Sauveur :
Voyez l'angoisse et dure peine Que pour vc^is autres gent humaine
J'endure très-cruellement Car sur moi n'y a nerf ni veine Qu'en portant cette croix greveine N'excite douloureux tourmens Quant allaqt hault Je perds haleine JEt le cœur me sault Tant est pleine Ma chair las de meurtrissement Ainsi m*en vais piteusement Recevoir mort honteusement Pour votre coulpe horde et vaine
( 148) Dont condamnés à damnement
Etiez perpétuellement Et est chose toute certaine Pourquoi te offrir benignement Que il faut mon mal piétamment Si qu'ayez des eieulx le domaine.
Ce monument était dans l'ancienne église des Augustins* Il a été transporté par les soins de M. Héran , dans la chapelle où il se trouve aujourd'hui.
Tout près , on voit contre le mur , un reste de tombeau romain.
Le tableau qui orne l'autel de la chapelle située vis-à-vis , est peint par Nicolas Pinson , de Valence. Celui du grand autel, représente l'Assomption de la Vierge. Aux côtés sont deux peintures de Daret,
HOPITAL DES PAUVRES HONTEUX DE LA MISÉ- RICORDE , place de l'hôtel-de-yiUe.
A la suite des guerres civiles qui avaient désolé la ville d'Aix, dans le seizième siècle , un grand nombre de familles honorables tombèrent dans un état de misère d'autant plus cruel, qu'elles n'osaient implorer les secours de Id pitié. Émues par la compassion, quinze personnes de la ville, savoir : sept notaires ou petits marchands et huit femmes du peuple , formèrent le projet de les secourir secrètement, du produit des aumônes qu'elles solliciteraient elles-mêmes. En 1690 , les fondateurs érigèrent leur philanthropique institution , sous le titre de notre dame des misérigordes. Ils s'adressèrent à un chanoine de famille bourgeoise, appelé Motteti, pour obtenir l'approbation du prélat diocésain. Ce bon chanoine voulut faire partie de la société naissante. Alexandre Canigiani , archevêque d'Aix , touché d'un si beau dessein , l'accueillit avec bienveillance , et le favorisa de tout son pouvoir. Il autorisa le& fondateurs à
qùiter publiquement. Le produit de ces aumdnes était réparti ainsi : aux Gentilshommes , Jurisconsultes , Médecins , Officiers de justice , Bourgeois^ Notaires , Marchands , Maîtres artisans du premier ordre (arts libéraux), Maîtres artisans de distinction , Maîtres artisans de grande répu^ tation^ Malades de quelque condition qu'ils fussent^
POUYU qu'ils eussent domicile , FAMILLE OU DOMESTIQUE gOUS LE MÊME TOIT ET QU'iLS PUSSEPTT EN ÉtRE SOIGNES. Lc
chapitre métropolitain, pour témoigner son eslîme aux recteurs de la Miséricorde , leur assigna des places honorables dans le chœur de la métropole. Ces recteurs furent d'abord au nombre de huit On les porta ensuite à celui de seize , à cause de l'agrandissement de la ville , par les quartiers de Villeverte et Villeneuve. On introduisit aussi dans l'œuvre, des bourgeois, des avocats des gentilshommes, et des chevaliers de Saint Jean de Jérusalem. Plusieurs ecclésiastiques furent également reçus dans cette œuvre et ils étaient principalement chargés des secours spirituels. A leur tour , les personnes du sexe sollicitèrent la faveur d'être admises. On en reçut huit , pour remplacer celles qui avaient concouru à la formation de l'œuvre. D'autres s'offrirent encore , tenant à honneur d'exercer l'emploi qu'on leur assignerait. De ce nombre était M."^^ Aymard de Gastellane , épouse de M. d'Oppëde , premier président du parlement de Provence. Elles furent reçues au nombre de cinquante dont une partie soignait les pauvres femmes malades et le reste avait l'entretien du linge. Pour se procurer des fonds plus considérables , on fît la quête dans les églises , les jours de dimanche. On plaça ensuite des troncs dans les chapelles et les églises. M. de Bras , président du parlement , introduisit l'usage d'assigner certaines amendes, au profit de la Miséricorde. Les registres de l'œuvre constatent encore qu'au commencement du dix-septième siècle Ijpbbé des artisans céda ses droits de pelotte à la JVU* séricorde. Le prince d'amour à son imitation lui faisait
( «5o) des dons. En 1626 , on df placer des pots dans les mooBiu à olives , pour recueillir Thuile que les particuliers vou* draient donner. L'universitë assigna aussi des droits en faveur de la Miséiicorde, à la réception des docteurs. Enfin le chevalier de la Coste , recteur très-zële , obtint l'autorisation de faire plaeer des boetes , pour recevoir des aumônes , dans les boutiques des marchands , dans les études des notaires , dans les greffes et aux trésoreries. On invita les intendans des vivres à y faire déposer les amendes dont ils avaient la disposition. Ces dons de la bienfaisance devinrent pour l'œuvre des droits quç confirmèrent plusieurs arrêts du parlement.
Pendant environ soixante ans , il n'y eut pas de lieu affecté aux assemblées de l'œuvre , à cause de la faiblesse de ses ressources; mais alors , on put chercher un local convenable. En 1 659 9 on s'assembla à notre dame de Beauvezet. En 1654^ on acheta une maison, à la rue Donalarî. On la distribua convenablement et on j joignit une petite église. Une lingerie et une pharmacie furent établies , et depuis, c'est de ce lieu que des secours de toute espèce se distribuent dans la ville (i). Cette Qsuvre produit toujours un bien infini. Le zèle de ses administrateurs n'est comparable qu'au désintéressement qui accompagne leurs nobles travaux. Mais on ne saurait trop recommander à MM. les administrateurs de ne point perdre de vue l'objet de l'institution qui est seulement en faveur des classes que leur position sociale empêche d'avoir recours aux aumônes. Donner indistinctement à tous les malheureux , ce serait ravh* aux pauvi^es honteux , désignés dans l'acte d'institution , une partie des secours auxquels ils ont seuls droit.
(i) De Haïtze , Etat de V hôpital de, la Miséricorde,
( .5. ) L'hâpital de la Miséricorde est depuis long-temps dans Tusage de faire tous les jours une tisane adoucissante et d*un goût agréable que l'on vend à très-bas prix , pour qa*elle soit à la portée de toutes les classes. Il s'en fait journellement un débit considérable.
- On voit dans le local , l'inscription suivante :
EX CO(irCESSIO]irE almjle hujus
CIVITATIS AqVETiSlS DEOUGITVR