ÉGLISES
LA MÉTROPOLE. Lorsque le christianisme fut introduit en Provence, c'est-à-dire , vers le cinquième siècle, les premiers chrétiens , à Texemple de ceux de Gonstantinople, renversèrent les statues des faux dieux et transformèrent en églises , les temples des divinités du paganisme. U existait un temple sur le lieu-méme où est aujourd'hui la métropole. La statue du dieu qui avait vingt-quatre pieds de hauteur, un zodiaque sculpté en relief et une inscription dédiée au soleil-, trouvés mutilés dans des fouilles faites en différens temps , en attestant la vérité de ce que nous avançons , nous apprennent encore que le temple était dédié au soleil. On bâtit touchant l'ancien temple un petit oratoire , sous le titre de la Transfiguration du Sauveur, Mais comme il ne pouvait contenir que Févêque , les prêtres et les diacres , on édifia ensuite une église , sous la même dédicace. Cette église devint la demeure de moines de Tordre de Saint Benoît. Vers l'année ySi , les sarrasins détruisirent la ville d'Aix. L'église Saint-Sauveur fut renversée , ainsi que l'oratoire. Cet état dura trois siècles. En loSy, Rostagnus, archevêque d'Aix et Benedictus , prévôt de son chapitre , exhortèrent les fidèles à rebâtir l'ancienne église de Saint-Sauveur. Les fidèles répondirent avec joie à cet appel , et la nouvelle église qui garda le même titre que l'ancienne , fut terminée sur la fin du onzième siècle. On releva aussi l'oratoire de ses ruines, et on le conserva dans k nouvelle église , sous le nom de la Sainte Chapelle, Bened ictus , accompagné de six chanoines , vint habiter Saint-Sauveur. Il se servit des vieilles murailles du temple romain , comme d'une forteresse, sous la protection de laquelle les habitans delà
( i55 ) Ville des Tours , ( au couchant de la ville actuelle ) « vinrent se placer en grande partie ; de sorte qu*il se forma autour de Fëglise , un bourg dont le chapitre eut la juridiction temporelle. Les chanoines de Saint -Sauveur étaient réguliers et vivaient en communauté sous la régie de Saint Augustin. Ils acquirent des biens considérables. En i332 , Arnauldus de Barchesio , archevêque d'Aix , quitta l'ancienne demeure de ses prédécesseurs, (aujourd'hui le couvent des dames du Saint Sacrement ) , pour établir i Saint-Sauveur le siège de l'épiscopat. En iSyS , les chanoines n'étaient plus réguliers. Ils possédaient beaucoup de terres que le bon roi René augmenta encore lorsqu'il fut reçu chanoine. Ce prince accorda au chapitre des privilèges qui , joints à ceux qu'il avait déjà , le rendirent fort puissant; mais lors de la réunion de la Provence à la couronne de France , ces privilèges ne furent pas plus respectés que ceux de la province. Au commencement de nos troubles politiques , Saint-Sauveur fut dévasté, et converti en Temple de la raison , où les jours de décade Fon faisait des discours au peuple. Au rétablissement du culte , ce fut la première église ouverte à la piété des ^ fidèles de cette ville. M. Champion de Cicé , archevêque d*Aix , avec peu de ressources , la sut . mettre dans un état décent ; mais par une fatalité inconcevable , ce prélat fit abattre la sainte chapelle , sous un prétexte futile. Ce fut une vraie perte dont ne pouvait dédommager la nouvelle chapelle construite vis-à-vis l'ancienne.
L'église du prévôt Benedictus subsiste encore en son entier , c'est la partie de la nef de Corpus Domini , qui commence à la petite porte d'entrée , et finit au point où la voûte est plus exhaussée. C'était contre le pilier de la même nef qui porte l'inscription tumulaire d'Adjutor, que se trouvait la mainte chapelle.
Benedictus avait fait aussi bâtir le cloître qu'on voit encore aujourd'hui, dont la colonnade est un mélange confus
des ordres anciens et des bizarres omemens de la première architecture gothique. 11 mérite, par ce singulier assemblage^ de fixer l'attention des étrangers.
On voit dans ce cloître et sur la banquette , les firagmens d'une Inscription tumulaire du dixième ou onzième siècle ^ ainsi conçus :
SPOLIVU . INTRAVIT
S. PRAECIFYVS. EGLESIAE. DOCTOB.
GIRMEN. PSALM*^. GRATE. CANERE. DAVID.
QVADRAGniIS. FELICITER. AEVO.
WCTIS. PIETATE. F VIT. DiVES. Ilf. OMIIES.
^ORTE. CVM. DIQIVITATE. REQVIRIS.
E' POSTREMA. DEMONSTRAHT.
Dans le dixième siècle, parmi les chanoines de S.'«Sauveur, il y en avait un dont les fonctions étaient d'enseigne la théologie et le chant des psaumes» On l'appelait Gramma ticus.
Le clocher est un ouvrage de la fin du quatorzième siècle et du commencement du quinzième. Il est octogone , d'un ensemble majestueux, et a 1 80 pieds d'élévation.
Le portail de l'église fut commencé en 1476* Il était orné de sculptures d'une grande délicatesse de travail et des statues de plusieurs personnages du temps, tels que S.' Louis évéque de Toulouse , Louis XI et Charles III comte de Provence. Les têtes avaient été sculptées avec soin, sur des portraits ressemblans. Ces figures et une partie des omemens ont été détruits pendant les orages révolutionnaires, et refaits depuis quelques années. Mais ce qu'on voit est loin.de remplacer, pour le mérite, ce qui manque.
On voit sur les portes extérieures de la grande nef.
des «eulpUires du quinzième siècle. Elles représentent les prophètes et les sibyles. Ces portes sont curieuses par un grand nombre de détails précieusement travaillés.
La longueur intérieure du vaisseau est de 197 pieds et la largeur de la grande nef 1 de 38.
Les principaux objets de celle-ci , sont :
Un tableau représentant plusieurs saints qui rendent hommage à Marie , peint par G. de Crajrer. Il fait partie de ceux que Louis XVIII donna à la ville en 1821 , à la prière de M. le comte de Forbin, directeur des musées de France. Ce tableau est remarquable par la composition , le dessin et le coloris.
Un tableau représentant les innocens égorgés et l'agneau immolé , et les innocens glorieux avec l'agneau debout. Il est attribué à un peintre flamand , nommé Elieser.
S.' Thomas mettant la main dans les plaies de N. S., par Louis Finsonius.
Un tableau gothique très-curieux. C'est un triptique dont le milieu représente le buisson ardent dans le haut duquel apparaît la vierge Marie. Le roi René à genoux et en prière , occupe l'un des volets* Il a à ses côtés ^ entre autres figures , S^ Maurice , protecteur de Tordre du croissant. Sur l'autre volet est Jeanne de Laval , seconde femme de René , dans la même attitude et entourée d'autres saints personnages. Les revers représentent l'annonciation peinte en camajeu. On croit communément à Aix, que ce tableau a été peint par le roi René. C'est une erreur; il est l'ouvrage de Jean de Bruge, René n'a pas peint à l'huile; d'ailleurs le royal amateur ne montra jamais dans ses ouvrages le talent qu'on remarque dans celui-ci.
Le chœur a été construit en i285. Il est vaste et fait dans de belles proportions. Aux grandes solenuités , il est orné d'une tapisserie qui représente la vie et la mort , de N. S., et la vie de la S.'® Vierge. Cette tapisserie porte la date de rSi I. Elle appartenait à l'église de S.* Paul de Londres^
On voit dans le chœur deux buffets d'orgues plaises Tan vis-à-vis de Tautre. Celui à droite , est un simple placage* Le véritable qui esta gauche , est un seize pieds. H est composé de 44 j^*^ ^^ 4 claviers, dont un A* écho. Au clavier de récit se trouve un bon jeu de hautbois.
Les bas-relie£s places aux bases des colonnes du grand autel, sont de Puget, L'un représente S.' Maxîmin donnant la communion à Madeleine , et l'autre l'enlèvement de cette sainte dans le ciel. -Le bas-relief qui est au tombeau de l'autel , est de Veirier élève de Puget.
Dans le sanctuaire et près de l'autel , est un monument élevé par les soins du président de S.^ Yincens , en l'honneur de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc. Il remplace le tombeau du baron Devins, chef des ligueurs delà Provence, qui mourut en iSSq , au siège de Grasse. Il n'est'pas étranger à notre sujet de dire , que le corps de Devins a échappé aux recherches des révolutionnaires.- Comme il avait été placé à une certaine distance du monument , on ne le trouva pas dans les fouilles qu'on fit en dessous.
Les charmantes sculptures de la crédence sortent du ciseau de Chastel, Elles sont surmontées d'un groupe de marbre , représentant deux lions qui dévorent des enfans. Millin (i) pense qu'ils avaient appartenu à quelque tombeau du temps de la décadence de l'art. Le roi René les avait fait placer sous son trône. Il voulait ainsi faire allusion à l'envahissement de sts états par plusieurs princes auxquels il attribuait la mort de son iils et de son petit-fils.
Au côté opposé , sont deux inscriptions tumulaires en rhonneur de M. Champion de Cicé , archevêque d'Aix , dont le corps est déposé dans le tombeau des archevêques. Elles contiennent l'éloge de ce prélat.
(i) Voyage dans les departemens du midi de la France, tom. a, pag. 371.
Un objet digne de fixer l'attention ;" c'est Tautel de $/ Mitre, élevé dans la chapelle de ce nom, au fond du sanctuaire. Le tombeau du saint est placé aa<»dessus de l'autel. Il' représente J. G. préchant sur la montagne , et ayant à ses pieds Marie et Joseph. Dans la longueur, sont les douze apâtres. On voit sur la frise, des anges avec des couronnes , et à l'extrémité, des bergers couchés auprès de leurs troupeaux. Des têtes humaines sont sculptées aux angles du couvercle qui appartenait i un tombeau pajen d*une plus petite dimension. Ce sarcophage était autrefois couvert de dorm^es. Il avait été transporté en 1 385 , de l'ancienne cathédrale , dans l'église S.'-Sauveur. Le tableau est du quinzième siècle. Il représente le vigneron Mitre , portant sa tôte entre les mains , et dans le fond, l'histoire de son martyre. On y voit le palais de justice, la métropole et autres monumens , tels qu'ils étaient au temps où le tableau fut fait. Au dire de Fauris-Saint-Y incens, sur le devant, est Jacques de la Roque, fondateur de THÔtel-Dieu , peint à genoux avec sa famille.
Devant l'autel de S.^ Mitre , sont deux tomber i sur Tune d'elles on peut à peine lire :
Hic jacet reveren. patcr ammo nicholaï sacre pagine professor, ordinis predicator. et provitialis. p^. successive ecclar. et sediu. senecen. ostein. et sti. sedis aquen. archieps. pntisqe. capelle costructor., qui migravit ad Dnm. anno Dni. m?, cccc®. quadrage. tercio et die xv junii. Orate pro eo.
L'autre tombe est celle d'un dignitaire de Tordre de S.* Jean de Jérusalem. On y lit ces mots écrits également en caractères gothiques.
Hic jacet nolis. frater tingimem. de rupe p ®ceptor. vallis drome santi Johanis Jherosolimitani sacre religion is... obiit anno Dni...Mensis septembris. cujus aia. in pace requiescat.
Valdron^me était uqg commanderie de F auberge de Provence , affectée tant aux chevaliers dîacos , qu'aux frères servans (i).
Le baptistaire qui est dans la nef de Corpus Domini , esC remarquable par la beauté de l'exécution.
Lors des réparations faites à cette église , sous Tépiscopat de M. de Bausset-Roquefort , plusieurs tombes précieuses ont été couvertes par le mortier sur lequel est placé le carrelage du sanctuaire.
Une de ces tombes représente Alanus qui, après avoir été chanoine de Saint-Sauveur, fut nommé à l'évèché de Sisteron. Il est représenté, au trait , de grandeur naturelle, couvert de se% habits épiscopaux , avec cette inscription :
Anno domini millesimo cclxxvii. x kl. octobris hic tumulata St. intestina et cetera viscera ion. Alani Cistericen. £p. qui reliquid pro anniversario suo xxx soldos hic annuati sup. domu. suam. Orate pro eo. ^
Un autre tombeau également placé aujourd'hui sous le carrelage , contient T inscription suivante :
Hic jacet nobilis et egregîus vir dus.
diocesis mediolanensis
^ decretis maniq.
régie provinciae curce magister rationalis
qui obiit die viii mensîs decembris an. dn.
millesimo quadringentesimo sexto.
Dans une des chapelles de la même nef , est un Christ «n croix au pied duquel on voit N. D. des sept douleurs, beau tableau de Daret.
Il y a en outre diverses inscriptions plus ou moins anciennes. Les plus curieuses sont :
Celle où il est parlé de Bazile, archevêque d'Aix , qui vivait en 494*
(i) Robert , tom. i , pag. i94-
.... IfOUR
Basilio £p io
ANlf. XXIIl VIII DI. Il T NOI OGTOB.
. . . TERIO GONS.
La découverte de ce fragment d'inscription éclaircit un point douteux de notre histoire , en fixant sous le consulat d'Asterius , c*est- à-dire , à l'année 494 9 l'existence de Bazile» ^véque d'Aix.
Celle d'Adjutor qu'on avait soumis à une pénitence publique :
HIC IN PACB QVIESCIT ADiVTOR QYI POST
AGCEPTAM POENITENTIAM MIGRAVIT AD DOVINUM ANN. LXV MENSES VII DIES XV OEPOSITCJS S. O. IV KAL lANVARIAS ANASTASIO V. C. CONSULS.
Une autre inscription singulière , placée dans la même nef; elle est composée d'une Apostrophe et d'une Pro-sopopée par l'écho soustenue.
Av DiEv Trinvn
A TRES VERTVEUSE ET TRES EXEMPLAIRE DaMOISELLE
SVZANNE GaSANEVFVE SA FIDELE ET TRES
CHERE CONSORTE. Mb PiERRE LaVGIER DoGTBVR
ES Droits et Advogat av Parlement, très
s ReGRETEVX et TRES MARRI MARI , A
ERIGE GE MONVMENT.
Apostrophe.