Créer un collège royal
3.^ Construire de nouveaux bains d'eau chaude , en utilisant les sources délaissées que la ville possède.
4^ Etablir des expositions annuelles des productions de& beaux-arts , des produits de l'agriculture , des manufactures et de l'industrie , en y admettant ceux du restant du département, et des départemens des Basses-Alpe.j , du Var et de Vaucluse qui formaient l'ancienne Provence.
5.® Restaurer les monumens anciens. Nous avons parlé dans cet ouvrage d'une salle de bains antiques , située , suivant Pitton, sous la place aux herbes. Si cette salle existe véritablement , n'est-il pas fâcheux qu'elle resté enfouie sous une place, au lieu d'être offerte à la curiosité des voyageurs î
6.^ Pourvoir la bibliothèque Méjanes » des ouvrages qui lui manquent , et compléter ainsi cette magnifique collection. Ce grand dépôt littéraire réclame aussi un classement , sans lequel les richesses qu'il renferme ne sauraient être utilement consultées. Jusqu'à ce que l'ordre y soit établi , on ne pourra recueillir aucun fruit des collections que son illustre fondateur avait formées dans tous les genres d'érudition.
Ces améliorations , nous le répétons, considérées isolément, n'offrent pas une grande importance, ir est vrai; mais on ne peut disconvenir que réunies , elles ne présenteraient des résultats avantageux , car si des étrangers peuplent Marseille et Avignon, pour traiter des affaires de commerce, d'autres étrangers, à leur tour, peupleraient la ville d'Aix , pour y puiser l'instruction , profiter des bienfaits de ses eaux thermales , offrir le tribut des beau^arts et de l'industrie et visiter ses monumens.
L'encouragement à accorder à l'agriculture serait un autre moyen d'amélioration. L'agriculture ordinairement
( a35 ) nëgligëe dans l«a pays commerçans , doit être un objet essentiel partout ailleurs. Notre territoire est naturellement placé dans cette dernière catégorie ; cependant la science y est arriérée. Les perfectionnemens à faire aux cultures , aux assolemens , à la confection des vins , au reboisement des montagnes et des coteaux d'une pente rapide , apport tendent dans les récoltes une abondance depuis long-temps inconnue , procureraient des denrées d'une qualité supérieure et ramèneraient dans la température et le climat, un équilibre dont la privation est préjudiciable à la santé des habitans et souvent mortelle aux récoltes. Il serait désirable, ilseraitpeut être facile d'obtenir l'établissement d'une école d'agriculture. Les vieilles routines viendraient s'y briser contre les bonnes doctrines, pour faire place à des améliorations importantes et certaines , surtout si l'on établissait une ferme-modèle dont l'emplacement pourrait être au midi de la ville, vers .la rivrère de l'Arc, en y comprenant la partie du Montaigué la plus rapprochée. On trouverait là toutes les qualités de terrains et tous les degrés de température.
Nous ne saurions trop insister sur ce point important. Nous croyons devoir indiquer tout ce qui peut contribuer à ramener la régularité dans la température. On a reconnu , d'après une expérience constante, que la montagne de Sainte- Victoire , quoique située à près de deux lieues de la ville , exerce une grande influence sur notre atmosphère, en attirant les nuages qui viennent s'y réunir de l'extrémité de l'horizon. Le reboisement du côté nord de la montagne, qui par bonheur a échappé aux défrichemens , amènerait à coup sûr , cet avantageux changement. Lorsque les bois auraient acquis une certaine hauteur , dans cette partie qui a environ une lieue de longueur, ils retiendraient avec facilité les vapem^ atmosphériques que la hauteur de la montagne suffit aujourd'hui pour attirer à elle , d'un éloignement considérable. On conçoit qu'alors des pluies sa-
(a36) lutaires et régulières , en entretenant une humidité bi< faisante qui tempérerait dans la saison des chaleurs, la masse prodigieuse de rochers exposés au midi, donneraient naissance à des sources que l'agriculture saurait utiliser. Ce que nous avançons ici n'est pas une amélioration purement imaginaire, un système hasardé; c'est l'exposé d'observations réitérées. Il n'est pas d'habitant qui n'attest&t l'utilité de ce que nous proposons.
Nous avons dit que la position géographique de la ville d'Aix s'opposait à ce que les habitans se livrassent à des spéculations commerciales. La vérité de cette assertion n'est pas douteuse. Nous ne prétendons pas cependant leur con* «eiller de renoncer à la commission des denrées territoriales et de leurs produits. Ce genre de commerce inhérent à la localité, ne peut nous être ravi, il faut donc au contraire s'y livrer e:iclnsivement à tout autre; mais pour <levenir Important , ce commerce exige d'utiles réformes. lions sommes convaincu qu'il prendrait de ^accroissement , si quelques négocians , ainsi que des particuliers , noyaient recours à la falsification , par des mélanges frauduleux , pour expédier comme denrées ou produits de denrées de la localité , des denrées ou des produits étrangers qoLsont bien inférieurs en qualité. La fraude ruine le commerce* Si elle reste Ignorée , elle déprécie entièrement la marchandise, et si elle est découverte, elle enlève à jamais aux commerçans , la confiance , base de tout traité. H serait donc de l'intérêt des négocians honnêtes et des particuliers qui se livrent à ce genre de commerce, de solliciter de l'administration , une • mesure qui aboutit à ne reconnaître pour denrées ou produits de denrées du pays , que ceux qui ayant été soumis à un examen sévère, porteraient lors de l'expédition , une marque convenue. L'intérêt des consommateurs placés loin de cette iiille» semble conseiller une pareille mesure , celui de la localilé l'exige inpérieusement.
On pourrait , en appliquant au commerce de rhufle ce que nous disons ici , faire une objection à laquelle il hçn^ porte de répondre. On prétend que l'huile d'Aix ne jouit plus de la réputation qu'elle avait autrefois , parce que les consommateurs étrangers ne trouvent dans ce que les provençaux appellent goût du fruits qu'une amertume désagréable , et que les huiles douces obtiennent généralement la préférence ; que les commérçans 9 pour se conformer au goût de leurs commettans , sont obligés d'avoir recours au mélange des huiles et même à leur mixtion avec d'autres liquides , et qu'ensuite pour conserver à l'huile d'Aix , son ancienne réputation, on fait passer pour cette qua*lité, les huiles étrangères naturellement douces. Nous répondrons victorieusement que c'est la fraude seule qui est cause de ce changement dans le goût, parce que quelques négocians pour vendre comme huile d'Aix , celle des départemens voisins, avaient cherché à donner à cette huile un léger goût de l'ûllve verte qui avait toujours trouvé des amateurs. Pour y parvenir, ils emploj^èrent des mélanges qui loin de réussir , ont produit le discrédit de l'huile de ce pays. Les consommateurs confondaient alors l'amertume désagréable que la fraude avait communiquée aux huiles étrangères qu'on leur avait expédiées , avec le véritable goût du fruit qu'ont naturellement les huiles d'Aix , dont ils croyaient faire usage. Voilà la cause de la préférence accordée aux huiles douces. C'est la fraude qui y a primitivement donné lieu.
Il faut cependant avouer que la commission des denrées du terroir , est une branche d'industrie qui n'offre qu'une bien mince ressource , lorsque les propriétés sont comme à Aix , extrêmement divisées , parce qu'alors la consommation locale absorbe une grande partie des denrées. Mais ne pourrait-on donner à ce commerce toute l'extension dont-il est susceptible , en utilisant la situation avantageuse de cette ville f Placé sur la lisièie des Basses-Alpes, de
( 258 ) Vaucluse , du Yar et des Bouches-du-RhAne » Aix serait très-propre à devenir l'entrepôt général des production» provençales. Il est fortement question aujourd'hui de construire un chemin de fer dont les résultats seraient extraordinaires pour la célérité des transports. Les primeurs dont la Provence abonde, pourraient devenir un grand objet de produit, puîsqu'en trente-six heures , elles seraient transportées à Paris. Il serait donc à souhaiter que l'ad-. ministration municipale et la population entière, soUicîtassent •rru'un embranchement de ce chemin partit d'Aix, pour aboutir au point le plus rapproché de ce même chemin. Nécessairement alors les primeurs dont nous parlons et les denrées des Basses- Alpes et du Var airiveraient à Aix, comme à l'entrepôt naturel de cette partie de la Provence.
Abordons maintenant une question de la plus haute importance , et dont la solution affirmative suffirait pour changer notre destinée. Aix pourrait-il devenir une ville manufacturière l
Voici ce qu'a dit à ce sujet un observateur impartial:
» n n'y a pas de ville où les manufactures d'étoffes
» de coton fussent mieux placées. Il paraîtrait même ex-
^ traordinaire de ne pas y en trouver , si on connaissait
î^ moins la marche aveugle de chaque pays , qui porte
V machinalement les vues de la population vers le genre » d'occupation qui domine la localité. Ainsi la plume ^ » si je puis employer cette expression , dût absorber toutes
V les facultés dans une ville qui possédait tous les éta- » blissemens d'un grand pays d'état.
4( Mais il n'en demeure pas moins vrai , que les bellss » teintures d'Aix et sa proximité de Marseille , la vie » animale qui y est moins chère qu'à Marseille , prouvent » suffisamment que les manufactures d'étoffes, de coton y » réussiraient parfaitement. Rouen, Amiens, Troyes , tirent » les cotons de Marseille , les font filer , les envoient
(^9) » ensuite teindre à Aîx , d*où ils retournent , pour revenir
i> «ucore manufacturés à Marseille (i).
« Je me borne à cette simple citation, pour ne pas V paraître prolixe. Elle suffit pour faire apercevoir à Tob- 9 servateur» que la position d'Aix doit en faire une des 9 premières villes manufacturières de la France. La nature » créa Marseille pour le commerce , elle appelle les ma- 9 nufactures à Aix (2). s>
Il serait donc bien important de rétablir en grand , ces manufactures de teintures qui , quoique peu considérables alors» occupaient beaucoup d'ouvriers. On trouverait encore plusieurs vastes édifices aujourd'hui sans destination, par la suppression des corporations religieuses qui les habitaient. Des négocians ét:*angers en avaient tellement l'èconnu la possibilité , qu'ils avaient formé à Aix , des établissemens de l'existence desquels bien des individus se ressentent, ou dont la perte ou la diminution d'exploitation leur a été funeste.
Ne pourrait-on pas retirer une grande utilité de la rivière de l'Arc , pour y construire des usines et des fabriques de toute espèce l A la vérité pendant une partie de l'été , la rivière fournirait peu d'eau ; mais il serait facile de surmonter cet obstacle par des réservoirs à l'aide desquels on se procurerait pendant la saison pluvieuse des provisions d'eau suffisantes pour suppléer à l'aridité d'une partie de l'été. Il est essentiel de remarquer que cette aridité ne serait que momentanée , si le reboisement du câté nord de la montagne Sainte-Yictoire et des
(i) Ceci a été écrit vers Pan 6 de Père répablicaine.
(a) ANNALLES DE STATISTIQUE. Statistique du département des Bouches'dw-Rhône, par J. G. Michel d*£yguières^ administrateur du ce département , membre de la société académique des sciences , à pari5 , pag. 343.
( a4o ) coteaux rapides du Montaigué , etc. , qui ayobinent la ville » avait lieu , par les raisons que nous avons déjà dé-' dultes et sur lesquelles il est inutile de revenir.
Pour s'assurer de la possibilité de fonder à Aix certains établissemens , on devrait calculer si les frais de transport des matières premières et autres , permettraient d'avoir des verreries, des fabriques de savon , etc. S'il y avait bénéfice , quelque minime qu'il fût , il ne faudrait pas balancer. On aurait un débouché certain dans la ville et ses environs, pour les consommations locales.
U serait indispensable pour connaître le degré de perfection dont seraient susceptibles des établissemens d'un autre genre , de se livrer à des recherches suivies sur les propriétés des eaux chaudes et de celles de l'Arc. Ces recherches feraient connaître les eaux qui présenteraient le plus d'utilité dans la teinture des draps et des étoffes. La nature a attaché de grandes vertus à nos eaux minérales, pour la guérison de plusieurs maladies. Recherchons si elles ne présentent pas d'autres ressources. Leurs qualités diffèrent essentiellement. Elles doivent donc avoir dans leur emploi des résultats particuliers. Cherchons à nous en assurer. Ce devoir devient indispensable , lorsque la patrie doit en retirer de grands avantages.
Outre les filatures, teintures, etc., on pourrait établir des manufactures de soirie. La quantité toujours croissante de mûriers que Ton cultive dans le terroir, promettrait des produits certains.
U est malheureusement impossible dans un ouvrage de la nature de celui-ci, de donner le développement convenable an projet d'amélioration que nous soumettons à nos concitoyens ; mais nous en avons assez dit pour offrir aux habitans de cette ville , un sujet de méditation profonde. L'utilité publique lest le but que nous nous sommes proposé ; c'est aussi celui auquel doivent tendre les vues des gens de bien. Si la classe des propriétaires aisés qui
(a40 seule pourrait doimer une impulsion salutaire à l'esprit
public , demeure dans Tëtat d'inertie çpà a toujours ëtë fatal à la ville d'Aix , nous ne doutons pas que la population ne diminue considérablement encore , et que cette ville ne finisse par devenir un village pauvre et orgueilleux. Cela ne tiendrait qu*à un changement qu'il serait facile à nos voisins d'obtenir , dans cet état de décadence toujours croissante ; le transfert de la cour royale dans une ville plus populeuse. Des demandes de cette nature ont été faitlés en plusieurs circonstances, elles se renouvellent souvent encore. L'édification d'un palais de justice à Aix ne serait point un obstacle, si l'on offrait d'en construire un dans une ville considérable aux frais duquel le gouver^ nement ne prit aucune part. Le transfert de la cour amènerait nécessairement celui de l'école de droit, ou peut-être même sa suppression , ce qui serait pour Aix la même chose.
Qu'on se h&te donc de prévenir un si grand malheur. Que les administrateurs et les riches propriétaires réfléchissent sur le danger qui nous menace , et qu'ils cherchent à le détourner , en réunissant leurs efforts. Aix renferme assez de riches capitalistes ^ pour voir réaliser de si belles théories* Qu'on en voit s'élever une association dont le but soit aussi éminemment patriotique. Qu'elle s'adjoigne des capacités de tout genre , pour calculer plus positivement les ressources du pays et les chances du succès. Que les administrations judiciaires et civiles fassent valoir auprès du gouvernement nos droits à la restitution de ce qui nous a été indûment enlevé et à l'établissement de ce qui peut augmenter les moyens d'instruction publique ; que les agronomes profitant de l'expérience des départemens limitrophes, dans le premier des arts , quittent les vieilles routines , et mettent les propriétés en état d'augmenter les produits; qu'ils fassent contribuer les localités à ramener dans la tsmpërature , une régularité que les dâSrichemens des mon-
(24a) tagnes ont fait cesser $ qae désonxiais , la bonne (foi préside eu genre de commerce qui tient essentiellement aa sol ; qu'on cherche même à ^'étendre en profitant de l'heureose position de la ville; que la chimie, contribuant aussi à la régénération, analyse nos eaux chaudes et froides^ qu'elle étudie leurs qualités et leurs vertus , qu'elle détermine leurs propriétés* Que de nombreux établissemens manufacturiers s'élèvent dans cette ville. Us feront la richesse des propriétaires en ramenant l'aisance et le bonheur dans Tintéressante classe des ouvriers. Alors , mais alors seulement^ loin de craindre le sort qui nous menace , nous verrons la prospérité de notre ville s'accroître de jour en jour et prendre une importance plus réelle que celle dont elle s'enorgueillissait autrefois.