‹ Aix-la-Chapelle, Borcette et Spa. Manuel à l'usage des baigneursChapitre 52 sur 59 · NOTICES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

NOTICES HISTORIQUES

Ml est probable que cette partie des Ardennes, d’où sortent les eaux de Spa , fut primitivement habitée par les Éburons. Il est probable aussi que les eaux de Spa ont été connues des romains , quand ils y furent conduits par César, mais quelles tombèrent dans l’oubli après la conquête de ce p^ys par les Francs. St. Remacle vint le premier prêcher la foi dans ce pays presque désert. L’époque précise de la fondation de Spa est ignorée, mais il est constant qu’au 13° siècle les nouveaux époux conduisaient leurs épouses aux eaux de Spa, par suite d’une coutume établie.

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L’an 1327, un maréchal ferrant acheta d’Adolphe de la Marck , évêque de Liège , quelques terres à Spa , et le Pouhon : il y fit quelques défrichements, et y bâtit quelques maisons. C’est là, probablement l’origine de Spa. Augustino de Vénise, médecin de Henry VIII , roi d’Angleterre, est le premier etranger qui y vint prendre les eaux. C’est Gilbert Fuchs qui rapporte ce fait, et il mentionne aussi une Dame espagnole nommée Lara, dans un écrit publié en 1573 II parle de Spa comme d’un Hameau, qui avait une chapelle dépendante de la paroisse de Sant. Ce ne fut qu’en 1573, que Gérard de Groerbeck, évêque de Liège, l’érigea en paroisse.

Cependant ces eaux acquirent insensiblement de la réputation , qui s’accrut considérablement vers la fin du 16® siècle. Guiciardini, Ovelius, et Bernard Pallissi en parlent dans leurs ouvrages. Le duc de Nevers, et le savant jésuite Maldonat y vinrent en 1575. Marguerite de Valois , épouse de Henry IV , roi de France, y vint en 1477 avec la princesse de la Roche , et l’intéressante Hélène de Tournon. On rapporte aux circonstances , le voyage de Marguerite de Valois à Spa. Henry 111. s’était mis à la tête de ses troupes contre les protestants, et cette Reine ne se croyant pas en sûreté à la cour de ce Prince, ou son époux était l’objet de la haine des courtisans, n’osait cependant soliciter la permission de le

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rejoindre. Le duc d’Alançon , son frère, lui conseilla de se faire ordonner les eaux de Spa par ses médecins, au moment où la princesse de la Roche en projetlait le voyage , et Marguerite profita de ce prétexte. Il n’existait pas alors au village de Spa de maison propre à recevoir une reine et sa suite, et les chemins étaient détestables. Ces dames, déterminées par ces motifs, se rendirent à Liège, où elles se faisaient apporter les eaux.

Spa vit le nonce et légat Bonomi en 1586, et le célèbre Alexandre Farnése en 1590. Juste-Lipse, y vint aussi avec quelques savants à la fin du 16^ siècle.

Spa était déjà très-célèbre au commencement du 16® siècle, et ses eaux s’envoyaient en France, en Angleterre et en Italie. De Thou raconte que l’épouse de Henry IV prenait ces eaux à Monceaux. Ce fut surtout Henry de Heers, médecin de Liège, qui attira sur Spa l’attention de ses confrères. Il visitait chaque année les sources; il y passait quelques semaines, et publia à leur sujet un livre intitulé Spadacrane , seu Fons Spadanus accuratissime descriptus — On y trouve, entre autres choses remarquables, qu’alors et baigneurs et médecins si disputaient sur la question de savoir si ces eaux augmentaient ou diminuaient la passion de l’amour, et que les femmes jugeaient par un son que ces mêmes eaux rendaient, quel tems il ferait. — H

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pleuvera , disaient-elles , les eaux ont chanté. — Il cite plusieurs personnes qui visitèrent Spa de son tems, et entre autres Henriettede Rohan , qui fit placer nne image votive à la sauvenièreen reconnaissance de sa guérison.

L’an 1654 , Charles, II. , fugitif d’Angleterre , vint à Spa. Cependant il paraît qu’alors le concours des étrangers n’était pas encore considérable. Montagne dit, avec sa naïveté ordinaire : » Ceux de Liège s’émerveillent des eaux de Lucques, et les Toscans ne » font pas moins de cas de celles de Spa » — On lit dans une description de ce tems : — » C’est un » bourg où il n’y a pas même de quoi se laver ; qu’un )» bain sale nommé Tonnelet. » — II y avait sans doute de l’exagération dans cette allégation, mais on est obligé de convenir qu’il n’y avait pas une maison décente, et que les routes étaient affreuses. Ce n’est guères qu’en 1600 que le gouvernement de Franchimont prit quelques soins pour les améliorer. Nessel dit dans une dissertation de 1699 : — » Ces eaux s’en- )> voyent au loin , mais on les boirait plus efficace- )> ment à la source , si on pouvait y aller sans le )) danger de se rompre le cou. » —

Plusieurs autres circonstances empêchèrent encore le concours des étrangers. Une épidémie y fit de grands ravages vers 1650 , et des innondations ajoutèrent en-

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core à la même époque , à cette calamité. Les guerres continuelles de Louis XIV. nuisirent infiniment à tout le pays de Liège et à Spa en particulier. Le tremblemert de terre de 1692 combla quelques uries des sources , et c’en aurait été fait de Spa , si le Dr. Nessel n’eut eu le soin de démontrer que les eaux n’avaient rient perdu de leur efficacité.

Le 18® siècle est l’époque la plus brillante des eaux de Spa. A peine les chemins eurent-ils été rendus praticables que les Anglais y accoururent en foule. Ils y firent des dépenses poussées jusqu’à la prodigalité , car ils pensaient qu’une apparence seule de lésinerie serait une tache pour leur caractère national.

Pierre le Grand vint à Spa en 1717 ; il y but au Géronstère et au Pouhon. La première de ces sources était alors négligée , mais Pierre ne s’en inquiéta guères, et il s’en trouva si bien , que dès qu’il fut revenu dans ses états , il y fit remettre par reconnaissance, une table , avec une inscription, qu’on voit encore au dessus de la porte du Pouhon : Elle est en latin, et en voici la traduction :

» Pierre premier, par la grâce de Dieu Empereur » de toutes les R ussies , pieux, heureux, invincible. » Il rétablit la discipline militaire , il protégea dès le )) commencement de son règne les sciences et les arts.

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» Après s’être créé une marine , augmenté considéra- » blement ses armées, et mis ses provinces , anciennes » conquises , à l’abri des ravages de la guerre , il alla )> dans les pays étrangers , pour observer les moeurs » des divers pays de l’Europe , et il vint de France » par Namur et Louvain aux sources de Spa, comme ! )) au port du salut. 11 but de ses eaux salutaires ,

» surtout au Geronstère, et il leur doit sa santé et » sa nouvelle vigueur. L’an 1717, le 22 juillet lors- » qu’il alla visiter une seconde fois les Bataves, et prêt n de s’en retourner dans sa patrie, il ordonna d’ériger » ce monument de sa reconnaissance. 1718. n

Sans doute celte inscription n’a pas été faite sous les yeux de Pierre : il avait un sens trop droit pour permettre de pareilles flagorneries , et il serait à désirer que le séjour de ce monarque à Spa fut rapellé à la mémoire par un monument plus digne de lui,

Spa conserve encore le souvenir de deux noms , moins brillants, il est vrai, mais bien chers aux coeurs sensibles. Qui ne connaît pas l’Annette et Lubin de Marmontel ? Ce n’est pas un conte, c’est le récit touchant de l’histoire de deux amants de Spa. Un anglais leur fit bâtir une cabane , pour leur servir d’asile jusqu’à ce qu’ils eussent aquis plus d’aisance. On en voyait encore les restes en 1779 , dans le voisinage

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du Tonnelet. Une française conduisit à Paris ce couple intéressant vers la fin du 18 siècle 5 il le produisit dans les salions , sur les prommenades, et aux spectacles , et ils virent jouer Fhistoire de leurs naïfs amours sur le théâtre des italiens. (L’opéra comique actuel).

Cependant tandis que la réputation de Spa croissait déplus en plus, ses habitants ne faisaient rien , ou peu de choses , pour en rendre le séjour plus commode et plus agréable aux étrangers. Ce ne fut qu’en 1750 , qu’on commença à construire des hôtels , des salles de réunion etc. etc. Cette amélioration attira de plus en plus les étrangers, et les jeux de hazard n’y contribuèrent pas moins.

Spa distant de 10 lieues d’Aix-la-Chapelle , est situé au milieu de montagnes qui font partie des Ardennes. Ces montagnes forment la partie la plus élevée de la Belgique, et offrent un contraste frappant avec les plaines et terres basses qui les avoisinent. Toute cette contrée, les vallées et quelques pentes escarpées qui les bordent exceptées, est inculte. Les hauteurs ne présentent que des landes , des marais et de profondes tourbières , mais les revers offrent de belles forêts.

Ce pays offre un grande abondance de fer , et les rochers sont presque partout couverts de l’oxide de

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