‹ Aix-la-Chapelle, Borcette et Spa. Manuel à l'usage des baigneursChapitre 7 sur 59 · SUITE DES ANNALES · texte numérisé non relu

SUITE DES ANNALES

catholiques et protestans. Les derniers parvinrent à faire entrer leurs partisans dans le magistrat de sorte que le gouvernement tombait dans leurs mains, mais bientôt l’Empereur Rodolphe se déclara contre le parti usurpatoire, mit la ville au ban de l’empire et restitua enfin les catholiques à l’aide de troupes étrangères. La plupart des protestans quittaient la ville qui perdit beaucoup de sa splendeur , les réfugiés enmenant une partie des branches d’industrie jusque là cultivées exclusivement à Aix-la-Chapelle.

La ville d’Aix avait obtenu de l’Empereur Ferdinand III, l’exemption de logements de guerre, moyennant le payement d’une somme de .16,000 florins d’empire. Les généraux Piccolomini et de Grana, au mépris d’une convention aussi formelle , exigèrent en 1638^ que la ville reçût une garnison de troupes impériales: les magistrats s’appuyant sur leur droit incontestable, s’y refusèrent, mais après un siège de 10 jours pendant lesquels l’artillerie impériale causa de grands dommages, ils furent forcés à capituler.

L’inscription suivante fut gravée sur une pierre , placée dans un mur du couvent des dominicains, du côté de la tour haute , au lieu même ou un boulet avait frappé, pour conserver la mémoire de

GRAND INCENDIE

Anno 1638. 4 Naji.

Majus fondât opus presens atque extruit ille Grana ipsis Granis fregit turrim urbis Aquensis Grana hoc conventus p^rculit hocce loco.

L’année 1656 fut signalée par un incendie qui éclata et se propagea avec une telle fureur que l’antique cité de Charlemagne sembla devoir disparaître de dessus la terre. Le 2 mai le feu se manifesta dans la maison d’un boulanger, nommé Maus, près de l’église St. Jacques. Quelques uns assurent , qu’une mèche de feu était tombée du ciel, mais d’autres assiuent avec plus de vraisemblance, que l’incendie avait eu pour cause, des braises déposées dans le grenier, avant d’avoir été complètement éteintes.

Aucun récit ne peut mieux faire connaître ce desastre, que celui qu’en fit ün bourgeois d’Aix, au moment de l’évenement, et en présence de ses déplorables résultats, à un de ses amis à Francfort, dans une lettre que la chronique de Mayer nous a conservée.

Voici un extrait de cette lettre.

»... Le 22 avril (2 mai n. S.) l’incendie a éclaté dans la rue St. Jacques, près de la porte : le feu excité, et poussé par le vent vers l’intérieur de la ville acquit rapidement une telle intensité , qu’il de-

GRAND INCENDIE

vint impossible de l’éteindre, et à 9 heures du soir la moitié sud de la ville était déjà réduite en cendres. L’hôtel de ville, notre superbe cathédrale , bâtie par Charlemagne, ainsi qu’un beau palais déjà incendié une fois, en 881, par les Normands, qui ne purent brûler la cathédrale à cause de la solidité de sa construction en pierres de taille, plusieurs églises et couvents, la place du marché toute entière, la grande et la petite rue de Cologne, par conséquent les de la ville, formant 2,600 maisons, ont été réduites en cendres en 24 heures, et n’offrent plus qu’un triste amas de ruines. Un huitième à peine de la ville a échappé à ce désastre qui n’a pas laissé à nos magistrats un lieu où il puissent se rassembler. J’ai été forcé à 9 heures du soir , d’abandonner ma maison , située près de l’hotel de ville : je n’ai pas eu le tems de sauver un mouchoir, tout à été la proie des flammes. «

» Réfugié au bain de la Rose, avec mon épouse et mes enfans , nous n’avons pu y rester qu’un quartd’heure : le feu nous força à chercher un nouvel asile chez un parent sur le boulevard, mais les flammes nous poursuivant toujours, j’ai pris le parti d’abandonner la ville à onze heures du soir. Nous nous sommes rendus directement à Borcette où nous sommes

GRAND INCENDIE

encore. Combien de malheurenx bivouaquent hors de la ville, derrière les bayes, sans vêtements et sans aliments! Un grand nombre d’habitans ont perdu la vie dans les flammes, d’arftres ont été étouffés dans les caves, et d’autres enfin ont été écrasés par la chiite des murs. . . De ma vie je ne vis rien de semblable, dans ces malheureux teins de guerre, où tant de villes, et de villages ont été incendiés en Allemagne etc. etc. a

L’incendie avait fini, mais une nouvelle calamité, conséquence inévitable de la première , se fit sentir : les habitans avaient perdu non-seulement leurs meubles, leurs vêtements, leurs marchandises et leurs papiers , mais tous les vivres avaient été détruits , et la lamine les menaçait; mais la providence vint à leur secours : l’humanité fit partout entendre sa voix, et les secours arrivèrent de toutes parts; Liège, Maestricht et Cologne, se distinguèrent dans cette circonstance par le zèle et la promptitude qu’ils déployèrent à secourir la population Aixoise.

Le jésuite Masenius fit au sujet de cet incendie la remarque que le déluge arriva 1650 ans après la création, et que pareillement, 1656 ans après la naissance de J.-C. la verge de Dieu (fLageLLVM Dei) frappa la ville d’Aix-la-Chapelle.

ANNALES AIXOISE 1671 1818,

Un bel esprit de l’époque fit aussi sur le même sujet le chronogramme suivant :

Vrbe Magna DeLeta CIneres restant.

Le corps municipal déploya dans ces tristes circonstances autant de zèle que de talent , et par ses soins , 6 ans après 1600 maisons étaient rebâties à neuf.

En 1671 , on découvrit sur la place dite Drisch , une source d’eau ferrugineuse , vulgairement appellée fontaine de Spa,

Le magistrat d’Aix avait en 1697 , créé un impôt payable en nature, au profit des pauvres de la ville, sous le nom de denier du pauvre , et consistant en Vîjo®™® d’un fass, par maldre, des grains entrant dans la ville, c. a. d. à peine un maldre sur 120. Cette perception a eu constamment lieu pendant 130 années, mais en 1820 elle a cessé à la demande de quelques marchands de grains , quoiqu’un grand nombre de cultivateurs continuent à donner à ces marchands une surmesure à raison de cette taxe. Quelque minime que fût cette rétribution de bienfaisance , elle n’en était pas moins d’un grand avantage à la classe indigente, à raison de l’immense quantité de grains amenés anuellement dans la ville, et l’effet de sa suppression se fait doublement sentir aux années de disette , parce que la qualité de

annales aixotses 1671—1818. 19

celte rétribution en nature , restant toujours la même, elle acquérait quelque fois une valeur quadruple.

En 1748, un congrès auquel presque tous les souverains de l’Europe prirent pflrt , se reunit à Aix-la- Chajîelle , ou une paix générale fut signée le 18 octobre de la même année.

En 1794, Aix-la-Chapelle fut réuni à la France, de fait par l’invasion de Parmée française, plus tard par le traité de Luneville et perdit ainsi son titre de ville libre et impériale. 1814 la ville fut occupée par les alliés et plustard incorporée à la Prusse (province rhénane).

Le congrès des souverains de l’Autriche, de la Russie et de la Prusse, à Aix en 1818, qui eut pour résultat l’évacuation des provinces françaises occupées depuis 1815 par les alliés, est la dernière époque remarquables des Annales Aixoises. Aix a perdu depuis 40 ans son importance politique, mais ses eaux thermales, et l’industrie de ses habitans n’ont pu lui être enlevées, et elle a su si bien utiliser ses ressources, que loin de déchoir sa prospérité n’a fait qu’augmenter, c’est ce que prouve l’accroissement de sa population qui de 28,000 âmes , en 1815 , s’élève en ce moment à 43,000. Aix-la-Chapelle a éprouvé à diflérentes époques plusieurs tremblements de terre : le dernier a eu lieu

NOTICES TOPOGRAPHiaUES ETC.

le 3 décembre 1828 à 6y2 heures du soir : la première secousse a duré environ 2 secondes, la seconde infiniment plus forte, et accompagnée de détonations souteraines se prolongea pendant près de 4 secondes. On a remarqué pendant la durée de ces secousses une grande agitation dans l’eau des sources thermales : celle des bains St. Quirin, répandirent en même tems une odeur de souflVe telle qu’on ne se rappelle pas avoir jamais éprouvé de pareille.

NOTICES TOPOGRAPHIQUES ET GEOLOGIQUES SUR AIX-LA-CHAPELLE ET SES ENVIRONS.

Aix-la-Chapelle est situé, suivant les observations astronomiques les plus récentes au 50® 47' 8" 8"' de latitude septent : et au 23® 44' 57" 5'" de longitude dans un bassin agréable, environné d’une chaîne de hauteurs en partie boisées, et en partie cultivées.

Parmi ces hauteurs celles dites Louisberg et Salvatorberg, se distinguent particulièrement : les masses sabloneuses de ces hauteurs , les coquilles et débris d’animaux marins qu’on y trouve , sont une preuve que cette contrée a été, à une époque reculée, ensevelie sous les eaux de la mer : de grandes masses de roches ^ telle que celle sur laquelle a été construite

NOTICES TOPOGRAPHIOÜES ETC.

réglise de St. Adalbert, ainsi que d’autres répandues en plusieurs endroits, enfin celles que l’on découvre fréquemmenf dans les fouilles qui ont lieu autour de la ville, démontrent que le bassin d^Aix-la-Chapelle gît sur un fond de roche, d’une substance calcaire, recouverte d’une couche de pierre de mica sabloneux, souvent rompue par des veines de houille et d’argile schisteuses.

Le sable est mêlé de partie métalliques, surtout au pied des dunes; on y rencontre aussi des pierres qui portent des marques sensibles de l’action du feu, et les sources chaudes, si communes à Aix et àBoréette , n’ont pu se rassembler dans leurs cavités, qu’après que celles-ci eurent été formées par les ébranlements volcaniques.

Il faut cependant convenir que jusqu’aprésent on n’a trouvé aucune trace de volcan, ni à Aix-la-Chapelle ni à Borcette, mais cette absence de traces volcaniques ne suffit 2)aspour en conclure que jamais volcan n’aie éxisté en ces lieux. En effet toute la contrée voisine, connue sous le nom Eiffel^ j)résente partout des traces de volcans éteints, (*)

(*) Lors des travaux qui eurent lieu, il y a plusieurs années au canal qui conduit l’eau thermale, à la fontaine située

DESCRIPTION d’aIX-LA-CHAPELLE.

Ajoutons à ces détails géologiques , Poppinioii de M. le docteur Monheim, — auteur d’un ouvrage classique sur les eaux d’Aix et deBorcette, — sur l’existence de couches de sel à Aix et à Borcette , oppinion qu’il a tellement motivée , qu’on ne peut guères conserver de doutes à ce sujet.

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