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THESE DE DOCTORAT. M. DELAUNAY

Le lundi 10 juillet 1876, la Faculté des lettres de Paris apprécia, pour la première fois, une thèse écrite sur les œuvres d'Alain Ghartier, par

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un savant professeur du Lycée de Rennes, M. Delaunay (i). Dans cette étude, déjà plusieurs fois citée par nous et contenant des pièces latines inédites, les mérites d'Alain Chartier, comme poète didactique et comme écrivain moraliste, sont appréciés. L'auteur cherchant la place d'Alain Chartier dans la littérature du xv^ siècle lui assigne le plus souvent la première. Le jury d'examen composé de MM. Wallon, Lenient, Mézières, Waddington, Egger et Perrot, sans toujours partager le sentiment du candidat, et après avoir fait des réserves en faveur de Christine de Pisan, d'Eustache Deschamps, de Charles d'Orléans, rendit pleine justice au travail de AL Delaunay, éclairant d'une lumière nouvelle le rôle d'Alain Chartier au point de vue de notre histoire littéraire et de la formation de la langue.

Avec une réserve qui honore son mérite, M. Delaunay dit qu'il a voulu simplement apporter quelques éléments nouveaux à l'antique Sorbonne, offrant de nos jours les juges les plus compétents en fait et en droit pour prononcer un arrêt sur la valeur littéraire d'Alain Chartier.

(i) Etude sur Alain Chartier, Ernest Thorin, éditeur (librairie Fontemoing, successeur;.

Cette décision, malgré l'accueil des plus flatteurs réservé au travail de M. Delaunay, n'a pas été au point de vue purement littéraire prononcé définitivement et sans quelques protestations. Les longueurs de style, Pabus des allusions historiques, la reproduction souvent trop servile des auteurs latins sont des reproches justifiés adressés aux écrits d'Alain Chartier.

Mais un jugement sans appel domine les discussions bibliographiques et littéraires.

Dans des temps troublés, au milieu des ardentes divisions des partis, alors que le sentiment du devoir était en France obscurci dans l'aristocratie et chez le peuple, Alain Chartier traça d'une main ferme la ligne droite que devaient suivre l'amour du pays et le sentiment de l'honneur.

Un pareil titre suffit à sa gloire.

20 Mai. Un acte, en vers héroïques, fut représenté pour la première fois, sur la scène du théâtre français sous le titre : Alain Chartier. L'auteur, M. le vicomte de Borelli, publia avec préface d'Alexandre Dumas, fils, une première

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édition, bientôt suivie d'une deuxième (i). La préface de M. Alexandre Dumas présente le vicomte de Borelli au public et ne fait allusion à Alain Ghartier que pour dire : « Je lus Alain Chartier, mon impression fut telle que je portai immédiatement le manuscrit à l'administrateur de la Comédie française. »

Les personnages de la pièce sont : Marguerite, Dauphine, i8 ans; Agnès Sorel, dame de Beauté, 84 ans ; Alain Chartier, 5; ans. La scène se passe à Paris, en 1448, sous Charles VIL A la création, le personnage d'Alain Chartier fut joué par >L Mounet-Sully. L'acte en vers héroïques comporte quatre scènes. L'auteur, on le voit, presque sous chaque vers, s'est proposé de faire d'Alain Chartier l'interprète des douleurs patriotiques de la France de 1S70, comme il avait été le poète de la France malheureuse de 141 5.

La scène II exprime dans une belle tirade les douleurs de la nation et le regret de son impuissance.

Penser qu'on est le fils du vrai pays de gloire Et fuir ! abandonner Paris, passer la Loire, Lutter quand même encore et s'avouer tout bas Que l'on n'est pas de force et que l'on ne peut pas ! Sentir autour de soi, sur soi partout dans l'ombre, Des gens ayant pour eux la Fortune et le nombre.

(i) Alphonse Lemerre, éditeur, Paris.

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N'est-ce pas la plainte éloquente d'un « fils du vrai pays de gloire » mise au lendemain de Sedan, dans la bouche « d'un bon français » après Azincourt.

Le portrait de Jeanne d'Arc commençant par ces vers :

Avait-elle vraiment des visions étranges ? est d'une noble facture.

Succombant sous le poids des malheurs publics, le poète annonce la volonté de briser sa lyre. Sa douleur inconsolable ne pourrait être consolée que par la tendre pitié d'une jeune et belle princesse, qu'il ne nomme pas, mais que l'auditeur ou le lecteur devine : Marguerite d'Ecosse!

« Et c'est dans cette enfant (p. 17).

L'acte se termine par la scène du baiser légendaire et le rideau tombe sur ce vers dit par la belle et jeune princesse :

— Et maintenant tu peux chanter, — poète !

Le 6 Août 1890, un nouvel hommage fut

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adressé à la mémoire d'Alain Chartier dans sa ville natale, Bayeux. A la distribution solennelle des prix du collège, M. Buhot, professeur de la classe de troisième, rappela comment et dans quelles conditions Alain Chartier, au commencement du xv^ siècle, remplaça, comme secrétaire à la Cour, Eustache Deschamps, le censeur chagrin et morose. Le jeune poète Alain sut trouver les accents qui charmèrent les belles dames et princesses, ses lectrices, mais le deuil d'Azincourt transforma son génie, la lyre du chantre de la belle Dame sans mercy oublia les joyeux accents, le traité de l'Espérance, l'éloquent quadrilogue invectif remplacèrent ballades et rondeaux.

M. Pain, qui présidait la distribution, en qua" lité de maire de la ville, rappela comment Alain Chartier, vivant dans des temps de désastres et de défaillance, avait relevé les courages, et l'orateur faisant un retour sur le temps présent, montra que la France, depuis vingt années, travaillait courageusement à son relèvement.

Rue de Tocqueville, xvu* arrondissement, en face la maison portant le n° 33, dans un petit

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square triangulaire, on voit une statue en bronze représentant Alain Chartier. Cette statue figurait au salon des Champs-Elyse'es, en 1892, elle fut achetée par la ville de Paris et érigée en 1894 sur l'emplacement que nous venons d'indiquer. Le statuaire a représenté le poète dans sa première jeunesse, il donne l'Alain Chartier d'avant 1420, la physionomie est bonne, les traits spirituels, on devine que l'acteur récite des vers plaisants aux belles dames de la Cour, le Réveille-Matin, peut-être ou « les deux Fortiinés d amour (i) » !

Vers le même temps, 1894, une rue du quartier de Grenelle-Vaugirard reçut le nom d'Alain Chartier.

17 Mai. a propos d'une lettre insérée par la presse Bayeusaine, le 17 mai 1895, sous l'initiale B. et blâmant les animosités rivales entre artistes, caractérisées par l'exclusion, à l'exposi-

(i) M. MoxcEL (Alphonse Emmanuel) élève de MM. Thomas et Mercié est l'auteur de cette statue. Nous avons dû à l'extrême obligeance de M. Ralph-Brown, inspecteur chef du service des Beaux-Arts de la ville de Paris les détails sur son origine

tion artistique de cette même année, d'une statue dont on avait fait grand bruit, l'auteur traitant adroitement de l'esprit de conciliation, fit allusion à la mission pacifique d'Alain Chartier au xv^ siècle et conclut en disant < si par coterie est écartée du salon une œuvre de haute valeur, l'esprit de justice ne devrait-il pas amener, enfin, la glorification par un monument digne de lui, d'ALAiN Chartier ?

Pourquoi donc Bayeux, au lieu d'une rue ne lui offrirait-il pas une statue ?

Août 1895. L'auteur, bien inspiré, de l'article que nous venons de citer, formulait avec plus de précision et d'insistance une idée qui, depuis plusieurs années déjà, germait à l'état latent dans l'esprit des compatriotes de l'écrivain national du xv^ siècle. La Société des sciences, arts et belles-lettres de Bayeux, pensa qu'il lui appartenait de servir ce mouvement d'opinion, et dans sa séance du mois d'août 1895, elle rédigea une lettre adressée à M. le maire et à MM. les conseillers municipaux de la ville pour les inviter à prendre en considération le projet d'érection d'une statue à Alain Chartier, leur demandant de constituer, d'accord avec elle, une commission d'études chargée d'élaborer les voies et moyens.

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7 Septembre. La première réunion de cette commission eut lieu, le 7 septembre 1895, sous la Présidence de M. Pain, maire, et dans un des salons de l'Hôtel-de-ville mi^ par lui obligeamment à la disposition des membres (i). Il fut convenu que le projet serait poursuivi par la ville de Bayeux, avec le concours de la Société des sciences, arts et belles-lettres, qui, répondant, elle-même, à un mouvement d'opinion, avait pris l'initiative d'inviter la ville à glorifier le plus illustre de ses enfants mais qui ne possédant pas le caractère légal suffisant pour traiter avec les statuaire, architecte, entrepreneur, choisir l'emplacement convenable, accomplir les démarches nécessaires auprès des autorités administratives, voyait son rôle se limiter à l'utilité de mettre en relief aux yeux du public, le véritable rôle joué par Alain Chartier, de justifier l'hommage souhaité, de faire appel à l'adhésion des autres départements de l'ancienne Norman-

(i) Ce comité d'études était composé de MM. Pain, maire, Lamy, avocat, Guillot, sculpteur, Georges Villers, de Germiny Tavigny, représentant le conseil municipal ; Gabriel Joret Desclosières, avocat à la Cour d'appel de Paris, président de la Société des sciences, arts et belles-lettres de l'arrondissement de Bayeux, Pillet, vice-président, abbé Lelièvre, secrétaire et Mabire, vice-secrétaire de cette Société, Dédouit, Garnier, de Manneville, membres délégués, Thieulin, trésorier.

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die. « En maistre Alain Normendie prend gloire » disait Clément Marot, enfin de solliciter l'appui d'autres sociétés savantes pour provoquer des adhésions et réaliser des souscriptions.

12 Décembre 1896. Les travaux du comité se continuaient avec suite, et déjà, il avait reçu communication de la maquette, bien comprise, d'une statue composée par deux artistes renommés : MM. Le Duc et Noël (i) lorsqu'une note discordante s'efforça de semer l'incertitude dans l'opinion publique. Un article publié, le 12 décembre 1896, par un grand journal de Paris « La Liberté » plaisanta les Bajocasses (lire Bayeusains, nom des premiers âges de leur origine) qui non contents de posséder la statue d'un archéologue ambiilaiit, M. de Gaumont, voulaient encore secouer leur torpeur provinciale en consacrant un monument à Alain Chartier, Alain Chartier ! un poète oublié dont les écrits n'avaient

(i) M. le Duc, auteur du groupe : le mobile expirant inauguré à Caen et dont une reproduction existe à la mairie de Bayeux.

pas été réédités depuis 1617, un écrivain sans chaleur, sans enthousiasme

L'auteur resté anonyme avec une persistance qui caractérise sa ténacité, ne paraissait pas être très au courant de l'œuvre d'Alain Chartier, il parlait du quadrilège inventif, qu'il substituait à l'éloquent quadrilogue invectif, du poème de la belle dame sans mari, qu'il prenait à quatre citations différentes pour la belle dame sans MERCY, et il concluait en qualifiant la magnifique lettre sur Jeanne d'Arc, d'écrit sans élévation.

29 Décembre i8q6, 29 Janvier 1897. La presse Bayeusaine, dans deux articles s'efforça de remettre les choses au point, elle rappela l'ordre méthodique et patriotique du poème des quatre dames, du traité de l'Espérance, du Quadrilogue inventif, de la Ballade de Fougères, l'enseignement moral et philosophique du Bréviaire des nobles et du Curial, les lettres et missions diplomatiques du secrétaire des rois Charles VI et Charles VII, et conclut à l'honorabilité de l'œuvre de justice à réaliser.

Histoire Littéraire. — Appréciations les plus récentes sur Alain Chartier. Une contribution précieuse pour l'histoire de la langue et de la littérature françaises des origines jusqu'à 1900,

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est, en ce moment, en cours de publication (i). Elle se recommande au public du nom de son directeur : M. Petit de Julleville, professeur à la faculté des Lettres, et de la particulière autorité de l'auteur de la préface inaugurant ce grand ouvrage ; M. Gaston Paris. On peut lire dans cette préface, les belles lignes consacrées au sentiment national et l'allusion faite aux écrivains du xv^ siècle, Eustache Deschamps, Alain Chartier, Gaston d'Orléans, allusion préparant ce jugement que nous trouvons porté à la page 174 du tome XI (.Moyen âge) comme conclusion de l'analyse de Tœuvre d'Alain Chartier. « Sa renommée demeura très grande et l'éclat en fut plus durable que ne le furent la plupart des réputations littéraires au Moyen âge ; au xv^ siècle, il apparaît comme le premier des écrivains français ».

Février. Dans sa session de février, M. le maire de Bayeux fit connaître au conseil municipal son intention d'ouvrir, prochainement, la souscription annoncée.

(i) Armand Colin et C'^, éditeurs, Paris, en cours d'édition, 1876-1897.

5 Février. Vers le même temps, un autre grand journal de Paris, la République française^ mieux inspire'e que son confrère La Liberté, consacrait sous la signature de M. Roland de Cadehol, au poète Alain Chartier, une étude historique et littéraire d'une particulière élégance, attestant que l'auteur, lui, avait lu les œuvres d'Alain Chartier, en avait compris la portée nationale et possédait ses auteurs : les Patin, les Géruzez, les Lenient, les Delaunay, les Petit de Julleville et tant d'autres pour ne citer que les plus renommés. Il n'oublia pas de noter qu'Alain Chartier avait été un précurseur de l'avènement aux affaires des classes moyennes, qui, sous Louis XI, firent leur apparition la plus accentuée.

19 Février. Société des Études historiques. Dans une nouvelle conférence, le secrétaire général de cette société présenta une analyse des œuvres d'Alain Chartier et résuma les travaux consacrés à l'étude de son caractère et de ses écrits. Il annonça le projet d'érection d'une statue.

10 Mai 1897. Dans sa séance du lo mai 1897, le comité d'Etudes se préoccupa de fixer les bases de la souscription et de préciser définitivement, les voies et moyens d'exécution.

1897-1898. La commission d'Etudes dans de fréquentes séances dont les procès verbaux tenus, avec une particulière exactitude par son secrétaire, M. Tabbé Lelièvre, attestent la persistante activité, acheva l'œuvre commencée et poursuivie avec autant de prudence que de générosité.

La souscription ouverte, grâce au zèle des commissaires, à la bienveillante intervention de généreux donateurs, permit d'entrevoir une réalisation prochaine du projet.

AL\L Le Duc et Tony-Noël, statuaires, répondant avec une confiance et un désintéressement qui leur font le plus grand honneur, au vœu des promoteurs de l'œuvre, se mirent au travail et ne tardèrent pas à présenter au comité le modèle achevé de la statue qui fut envoyée à la fonte. La réunion et le succès de ces efforts combinés permit d'espérer que l'inauguration pourrait avec certitude être fixée en juillet 1898.

Inauguration le 17 juillet 1898. Discours.

Le 17 juillet 1898, fut célébrée la fête d'inauguration heureusement encadrée dans un ensemble de concours, et de réjouissances qui durèrent huit jours : Exposition artistique et de

produits industriels, courses de vélocipèdes, comice agricole, jeux publics.

La ville brillamment pavoisée, les façades des maisons disposées avec un goût original pour la fête de nuit, les rues transformées en avenues de verdure figurées par des plantations de sapins conduisant à d'élégants portiques préparés pour recevoir des illuminations, attestaient la part d'enthousiasme que la population tout entière prenait à la glorification d'Alain Chartier.

Deux ministres M. Viger, représentant son collègue de l'instruction publique empêché, et M. Tillaye, sénateur du Calvados, honorèrent cette solennité de leur présence.

Le récit détaillé de cette fête patriotique, l'énumération du nombreux concours de hauts fonctionnaires, de dignitaires, de notabilités qui les rehaussèrent de leur présence : officiers supérieurs, magistrats de l'ordre administratif et judiciaire, membres du clergé et des corps électifs, appartient à l'histoire locale Bayeusaine. Elle enregistra cette chronique avec une joie bien légitime, la juste récompense accordée aux bons et longs services de M. Pain, maire de la ville, président du comité d'Etudes, qui reçut des mains de M. le Ministre Viger la croix de chevalier de la légion d'honneur.

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Cette notice consacrée à Alain Chartier^ limite'e à son sujet, ne peut que retenir les manifestations directes se rapportant à sa mémoire.

Elles sont résumées dans les discours prononcés.

Le cortège officiel ayant pris place sur l'élégante estrade qui lui était destinée, le voile tombe et la statue d'Alain Chartier est saluée par les applaudissements de la foule, qui manifeste son admiration pour l'œuvre de MM. Arthur Leduc et Noël.

A la suite du chœur la Fédéi^ale, chanté par les enfants des écoles qu'accompagne la musique municipale, AL Gabriel Joret-Desclosières, président de la Société des Sciences, Arts et Belles- Lettres de Bayeux^ prononce le discours suivant :

Messieurs les Ministres,

Messieurs les Sénateurs, Messieurs les Députés,

Messieurs et chers Concitoyens,

Le Comité d''Etudes constitué pour réaliser le projet conçu par la Société des Sciences, Arts et Belles-Lettres, d'élever un monument à la mémoire d'Alain Chartier, éprouve la grande joie de pouvoir,

en ce jour, remettre la Statue du Poète écrivain national aux mains de la ville de Bayeux. Notre modeste Association s'occupe d'histoire. Parfois, de la grande histoire, le plus souvent, de particularités locales. Qu'elle soit grande ou restreinte, l'Histoire vit essentiellement de Vérité. Fidèles à cette formule, nous devons proclamer que, sans le cordial et libéral accueil fait à notre pensée par la Municipalité Bayeusaine, tout effort serait resté stérile.

Les difficultés à résoudre étaient nombreuses, nous n'étions pas trop de deux pour en triompher.

Dès le début, un Comité fut formé, composé de délégués de la Ville et de notre Société ; tous d'un parfait accord, la main dans la main, nous nous sommes avancés vers le résultat dont vous voyez l'heureuse réalisation.

A ces utiles, décisifs collaborateurs de l'idée sont venus s'associer : les artistes, sculpteurs, architecte, les souscripteurs.

Les Artistes. MM. Le Duc et Tony-Noël ont admirablement compris la figure d'Alain Chartier, Técrivain du Qadrilogiie invectif qui lui mérita le titre de Père de l'éloquence française. Vous le voyez se dresser devant vous, méditant les conseils qu'il veut donner à ses contemporains et semblant se dire : Ai-je tout compris pour les convaincre de leur erreur et de leur périlleuse folie? MM. Le Duc et Noël, artistes renommés, sont des hommes de mérite; mais ce qui n'est, certes, pas moindre, ils ont le cœur gé-

néreux et leur désintéressement s'est grandi à la hauteur de leur talent. Ils ont trouvé, dans M. Moutier, un architecte habile, un précieux collaborateur à leur œuvre, qui, secondé à son tour, d'un aide ingénieux et dévoué, nous donne une preuve nouvelle de son goût dans l'élégante ordonnance de cette fête.

Les Souscripteurs. Ils ont, en nombre, largement répondu à notre appel. On a vu, manifestation touchante, les plus modestes offrandes s'inscrire à côté des plus généreuses adhésions, et en tête de nos listes, comme toujours, figure, la première, une famille grandement honorée dans notre Bessin, constamment prête à répondre, la main largement ouverte, aux sollicitations de la bienfaisance et de l'utilité publique.

Tant d'efforts étaient-ils justifiés? Mettre en mouvement toutes ces générosités, ces activités, pourquoi .? Pour glorifier un littérateur du xv' siècle, mort depuis plus de quatre cents ans, dont les œuvres délaissées n'avaient pas été rééditées depuis 1617 ! Quelle fantaisie !

Si vous voulez, disait-on, honorer Alain Chartier, soyez pour lui plus modestes ; rappelez-vous le mot de Sainte-Beuve : au littérateur, un simple buste suffit. Certes, le conseil eût été fondé, si l'histoire ne reconnaissait, en Alain Chartier, que Fauteur ingénieux, tendre et fécond de débats amoureux, comme le Réveil matin, la Belle-Dame sans mercy, le Débat du gras et du maigre. Ces productions littéraires sou-

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mises à la bonne ou mauvaise fortune du goût, de la mode, des habitudes changeantes de penser ou d'écrire, sont dominées, chez Alain Chartier, par des vertus permanentes, superbes en tous les temps et dans tous les pays. Alain Chartier servit, avec droiture et dévouement^ sa Patrie, et se montra supérieur aux passions de son temps. Rappelez-vous, Messieurs, l'elTondrement de notre chère France au lendemain de la défaite d'Azincourt ; rappelez-vous les suites néfastes de l'odieux traité de Troyes, qui proclamait roi de France le roi d'Angleterre ! Les coeurs les plus intrépides désespéraient, découragés ; les incertains et les timides justifiaient leur inertie en s'excusant sur la foi due au traité. Au milieu de ces défaillances, l'âme d'Alain Chartier resta ferme, inébranlable.

Poèmes, Quadrilogue, Ballade, Traités d'éducation et de morale, se succèdent et s^enchaînent, répondant tous à cette même idée : Eclairez vos esprits, élevez vos âmes, unissez-vous, restez français.

Le Poème des Quaire-Dames le Traité de VEspe'rancéfZÏdrment que rien n'est perdu, que l'état des affaires peut se rétablir si les âmes se fortifient par le spiritualisme et croient à l'immortalité. La matière docile, obéissant à la volonté de fhomme, reste son humble servante et ne doit pas être sa maîtresse. L'œuvre capitale d^A.lain Chartier, nous la trouvons dans le Quadriïogtie invectif.

La France éplorée, en deuil, assiste aux disputes acerbes et violentes de ses enfants. La chevalerie in-

disciplinée, le peuple révolté et misérable, Clergie incertaine et timide.

Le débat se termine par cette magnifique parole de la France :

« Enfants dénaturés, cessez vos querelles; je pourrais vivre de votre union et je meurs de vos discordes ».

La Ballade de Fougères^ cri de guerre contre l'ennemi parjure, précéda d'une année la victoire décisive qui, à quelques lieues de Bayeux, dans les champs de Formigny, chassait l'ennemi du sol de France.

Si remarquables que soient ces manifestations de l'âme d'Alain Chartier, elles ne sont pas encore toute sa vie.

Dans un penseur, un écrivain, un philosophe, on ne rencontre pas nécessairement un homme d'action. Homme d'action, Alain Chartier le fut éminemment. Ambassadeur auprès de l'Empereur d'Allemagne, du duc de Savoie, du duc de Bourgogne, Alain Chartier s'efiforça de les concilier à la France ; s'il ne put triompher des calculs de ces princes dominés par l'intérêt de leur ambition, tout au moins les détermina-t-il à ce que nous appelons de nos jours, une bienveillante neutralité.

Le meilleur succès des ambassades d'Alain Chartier se rencontre dans la négociation des fiançailles de Marguerite d'Ecosse, âgée de neuf ans, avec le Dauphin, plus tard Louis XI, alliance périlleuse pour

l'Angleterre, fortifiante pour la France ; elle lui apportait en cadeau de noces 5,000 archers écossais, premier contingent, sous le règne suivant, de l'infanterie française.

Marguerite d'Ecosse ! Q.uels gracieux souvenirs ce nom ne réveille-t-il pas dans nos mémoires ? Le baiser légendaire !

Certes, Messieurs, une jeune princesse pouvait concevoir une entraînante admiration pour les ballades amoureuses et jolies, composées par Alain Chartier aux débuts de sa vie littéraire et qu'il délaissa, les tristes jours survenus, en leur disant : Adieu mes joyeusetés. Mais il n'est pas téméraire de croire que Marguerite aimait le bon Alain comme un vieil ami de sa première enfance, qui était allé la prendre par la main, l'arracher aux brouillards de l'Ecosse pour la placer sur les marches ensoleillées du trône de France.

Ambassadeur, Alain Chartier, faveur rare de la Fortune, finit ses jours dans l'exercice de ses fonctions.

Après avoir siégé dans une assemblée solennelle tenue à Lyon, Alain Chartier vint mourir à Avignon, remplissant près du légat du Pape sa dernière mission.

Telle fut la noble vie d'un grand serviteur de son pays. Sa mémoire, Messieurs, méritait d'être perpétuée par un monument. Nous en confions la garde à la ville de Bayeux, certains que la cité où naquit Alain Chartier, veillera avec un soin jaloux, sur sa mémoire.

Après ce discours M. le Maire de Bayeux répond, en ces termes, à M. Desclosières :

Discours de M. Pain maire de la ville do Bayeux.

Monsieur le président,

Nous recevons de vos mains, avec reconnaissance, la belle statue d'Alain Chartier, notre poète patriote.

Grâce à l'accord qui a toujours existé entre la Municipalité et le Comité,

Grâce à de généreux et nombreux souscripteurs.

Grâce aussi surtout au talent si remarquable de MM. Leduc et Tony Noël et à leur désintéressement non moins grand que leur talent, la ville de Bayeux possède un monument qui les honore et qui sera pour elle une œuvre d'art attirant l'admiration de nos concitoyens et de tant d'étrangers, qui, chaque année, viennent visiter la tapisserie de la reine Mathilde.

Au nom de la ville de Bayeux, j'adresse de vifs remerciements aux souscripteurs et à nos habiles statuaires.

M. Viger, se lève à son tour, et célèbre la mémoire du poète, de l'écrivain et du patriote que fut Alain Chartier.

Discours de M. Viger.

Messieurs,

J'aurais souhaité remplir simplement ma mission de ministre de Tagriculture, et venir vous parler des questions qui font l'objet de mes études et de vos préoccupations. Mais une promesse antérieurement faite pour une autre cérémonie n'a pas permis à mon collègue, M. le Ministre de l'instruction publique, de se rendre à votre pressante invitation. Je le regrette pour vous, car vous y perdez l'occasion d'entendre l'orateur élégant, le lettré délicat qu'est M. Léon Bourgeois, louer comme il le mérite ce maistre Alain, dont Clément Marot disait, en la langue du temps, que la Normandie prend gloire.

L'aimable insistance de mon collègue, M. Tillaye, le désir que vous avez exprimé de voir en ce pays agricole le ministre de l'agriculture représenter le gouvernement de la République m'ont seuls décidé à remplir une tâche qui ne m'est pas habituelle et pour laquelle je désire rencontrer votre bienveillante indulgence.

Je suis un enfant de l'Orléanais et ma jeunesse a été bercée des merveilleux récits de la délivrance de mon pays par Jeanne d'Arc. J'ai grandi dans le culte de la vierge lorraine, c'est vous dire que j'ai connu surtout d'Alain Chartier sa belle lettre sur Jeanne

d'Arc, où le patriotisme le plus ardent s'affirme dans une prose à la fois naïve et savante rappelant Joinville et faisant prévoir Commines.

Ce qu'il faut, avant tout, recueillir de l'œuvre d'Alain Chartier, c'est le sentiment patriotique qui se résume dans cette phrase de son dialogue avec un ami : « Qui donc, s'il n'a pas un cœur de fer, ou s'il n'a pas sucé le lait d'une bête féroce, ne serait pas ému des malheurs publics; la paix naîtra de l'union de tous dans dans une même pensée d'amour pour la patrie. >

Ses jeunes années avaient été attristées par les calamités de la guerre avec les Anglais et son caractère en avait gardé la profonde impression ; aussi la nature ne lui ayant pas donné la force pour porter les armes, ni l'éducation, l'habitude de leur maniement, voulut-il servir la chose publique comme il le pouvait, en rappelant à ses contemporains que la fortune de la patrie française n'était pas désespérée : « La plume des historiens, comme il le dit lui-même, les discours des orateurs, ayant élevé la gloire des Romains autant que la lance des guerriers. »

C'est cette pensée de l'intérêt du pays, de l'union entre les Français qui l'inspire constamment et qui donne à cette noble existence un relief si puissant à une époque où, suivant l'expression de notre grand Michelet, tant d'hommes ne savaient plus à quelle nation ils appartenaient.

C'était après la désastreuse bataille d'Azincourt, où

la discipline anglaise avait triomphé, grâce aux divisions entre les chefs et à l'insubordination des soldats. Henri V s'était emparé de la Normandie, et avec lui s'étaient ligués Philippe le Bon et Isabeau de Bavière, celle même qui, pour quelques écus de rente, venait de vendre au détriment de son fils, par le honteux traité de Troyes, la couronne de France au roi d'Angleterre.

Tout à coup, une voix s''éleva, qui, grave, émue, prononça les mots de Patrie, d'Honneur, qui parla d'union, d'oubli des différends dans l'intérêt de la sainte cause du pays. C'était celle d'Alain Chartier.

Secrétaire du roi Charles VI, il fut à peu près seul, au milieu de cette cour, à blâmer le néfaste traité, auquel le Clergé, l'Université, le Parlement, avaient donné leur adhésion. Cette âme haute, cette conscience droite, ce vrai Français osa résister aux séductions du nouveau régime et jeter une parole de confiance dans les vraies destinées de la Patrie.

Tantôt, il s'adresse à l'Université, et, dans une des pages d'une sévère éloquence, proclame que la paix promise par un parti n'est qu'une image mensongère delà véritable concorde, et que l'œuvre à laquelle il faut travailler est une paix utile sans déshonneur. Et c'est au milieu de cette cour, au milieu de ces princes, de ces seigneurs en proie aux plus criminelles passions, que cet enfant de la bourgeoisie, plus dévoué qu'aucun d'eux à la royauté qu'il confondait dans son cœur avec l'idée de la patrie, fait entendre cet élo-

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quent appel à la nation pour la défense du sol français.

« Mais ils sont assaillants, vous êtes défenseurs; ils viennent usurper votre terre et votre pays; ils veulent briser votre liberté, vous réduire au servage ; ils veulent votre mort, la nature vous oblige à défendre votre vie ; ils veulent massacrer vos femmes et vos enfants que la nature vous ordonne de nourrir doucement et de tendrement aimer ; ils veulent détrôner votre roi et vous ranger sous leurs lois.

« Quelle cause pourrait refroidir, diminuer vos courages ? »

Puis il prend la lyre du poète et leur rappelle les vérités des anciens preux qui

Justes en fais, secourants leurs amis, Durs aux mauvais et fîers aux ennemis, Ardans d'onneurs et haults entrepreneurs, Amans vertus, des vices repreneurs :

Régnans par droit, heureux et glorieux Et contre tous fors et victorieux.

Je pourrais multiplier les citations des ouvrages d"* Alain Chartier, il me suffira de dire que tous ont été inspirés par la même pensée qui fait du glorieux fils de Bayeux un véritable écrivain national, l^amour de la patrie et le culte du bien public.

Vigoureux adversaire des abus ; ennemi des courtisans et des ambitieux, il leur adressait dans ses écrits de sévères admonitions dont la forme vi-

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vante et noble lui fait justement donner par Pasquier le surnom de père de l'éloquence française.

Au temps de sa jeunesse, il avait cultivé la poésie légère, et la muse naïve de Christine de Pisan et de Gaston d'Orléans lui avait inspiré de gracieux chants d'amour.

Mais la mort lui enleva celle qu'il aimait et il renonça à toutes joyeuses écritures.

Adieu chansons que voulentiers chantoye ! Et joyeux ditz où je me délectoye !

Ainsi se termine l'adieu qu'il faisait aux pensers gracieux et aux gays esbatements des lays de plaisance pour se consacrer à la bonne raison des paroles et à la gravité des sentences.

Et s'il reprend le luth du poète, c'est pour exalter le culte de la patrie et la vertu du sacrifice, comme dans cette ballade des Quatre Dames, où déplorant le trépas d'un glorieux chevalier, sa compagne maudit la lâcheté de ses compagnons qui Tont abandonné dans la mêlée d'Azincourt.

Leur fuite est cause, à leur grand blâme De ma perte et de leur diffame !

L'eussé-je fait moy qui suy femme?

C'est ainsi que, devenu le secrétaire de Charles VII, après avoir été celui de son père, il entretenait à la cour du petit roi de Bourges quelques vaillantes dames

dans de hautes et nobles pensées. 11 les préparait ainsi à encourager plus tard les Xaintrailles, les Lahire, les Dunois les d'Harcourt à suivre les pas de la sublime héroïne en qui devait s'incarner la plus puissante expression du sentiment national. Aussi nul n'a parlé avec une grâce plus touchante et un enthousiasme plus sincère de cette bonne Lorraine dont son cœur depatriote avait deviné la libératrice apparition.

« D'abord, comme je le pense, vous désirez savoir quelle est la Pucelle ? Si vous voulez connaître sa nationalité ? elle est française ; sa patrie t Vaucouleurs, sur les bords de la Meuse ; sa famille ? de simples agriculteurs faisant paître leurs troupeaux. Son enfance fut occupée aux travaux des champs. »

« O vierge admirable ! digne de toute gloire et de toute louange, digne des honneurs divins,toi splendeur de ce règne toi lumière et honneur de la France, mais de toute la chrétienté ! Que Troyes se souvienne et se glorifie d'Hector, la Grèce d'Alexandre, l'Afrique d'Annibal, l'Italie de César, et de tous ses grands hommes de guerre, la France, bien qu'elle compte aussi un grand nombre de gloires anciennes, pourra par le souvenir seul de la Pucelle, se comparer aux autres nations et l'emporter sur elles. »

Jusqu'à la veille même de sa mort il cherchait encore à exalter le patriotisme et inpirait la haine de la domination étrangère.

Tel fut le but de sa dernière œuvre, la ballade de Fougères, dans laquelle il reproche énergiquement

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aux Anglais leur déloyauté pour avoir rompu la trêve et pillé la ville de Fougères. Il leur prédisait leur défaite.

Et, en effet, deux ans plus tard, en 1450, le connétable de Richemont, par le glorieux combat de Formigny, chassait les Anglais de Normandie. Bayeux, sa ville natale, était libre, mais il n'en put voir la délivrance, car ce bon Français s'était éteint à Avignon l'année précédente.

Poète, diplomate, moraliste, historien, Alain Chartier méritait de passer à la postérité par l'élévation de sa pensée, par la grandeur de ses sentiments, par Téloquence de sa prose, par la beauté de sa poésie; il le mérite encore plus par le sentiment profond qu'il eut delà Patrie qui en fait un écrivain national dans la plus haute et plus noble expression de ce mot.

Et pourtant le nom d'Alain Chartier n'évoque dans l'âme populaire que le souvenir de la légende racontée par Pasquier dans un style d'un charme si naïl.

« On raconte, dit l'historien, une chose mémorable qui lui advint un jour entre autres. Car estant endormy en une salle par laquelle ^Marguerite, femme du Dauphin, qui depuis fut appelé le roi Louis XI, passait avec une grande suite de dames et de grands seigneurs, elle l'alla baiser en la bouche, chose dont s'estant quelques-uns esmerveillez, parce que pour dire le vray, nature avait enchâssé en luy un bel esprit dans un corps laid et de mauvaise grâce, ceste

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dame leur dit : qu'ils ne se devaient estonner de ce mystère, d'autant qu'elle n'entendait avoir baiser l'homme qui estait laid, ains la bouche de laquelle estoient issuz tant de mots dorez ».

La ville de Bayeux en élevant cette statue à son glorieux enfant, a voulu consacrer le souvenir de ce langage d'or qui valut au vieillard le noble baiser d'une jeune princesse. Elle a en même temps détruit la légende populaire qui ne voit dans cette chaste caresse qu'un hommage rendu au poète des lays d'amour. Ce baiser d'une future reine à un bon serviteur de l'Etat n'est-il pas au contraire comme la récompense suprême de la France à l'homme qui, sous l'étreinte des malheurs publics, fit appel avec la plus sublime éloquence à la pratique des vertus civiques et aux bienfaits de la concorde.

L'honneur, l'éternel honneur d'Alain Chartier sera, en effet, d'avoir, après la débâcle d'Azincourt, relevé l'espérance dans le cœur de tous les bons Français.

Aussi, le gouvernement de la République salue-t-il avec respect et gratitude l'image de ce grand écrivain, de ce vaillant citoyen dont l'intelligente et noble existence fut consacrée tout entière au culte des Lettres et à Tamour de la Patrie.

Le soir, un banquet de 200 couverts réunissait les invités de la municipalité bayeusaine et de nombreux souscripteurs.

Parmi les toasts éloquents échangés, les uns

ayant un caractère politique ou administratif, les autres exprimant des remerciements à la ville de Bayeux pour son obligeante hospitalité, il convient de retenir les manifestations qui s'adressèrent particulièrement à la mémoire d'Alain Chartier.

Toast de M. Pain.

Messieurs les Ministres^

Après plusieurs siècles depuis l'époque où vécut Alain Chartier, sa ville natale lui élève une statue.

Pareil hommage ne peut se justifier que par d'éminents services.

Nul n'y avait plus de droit.

Par ses écrits, il exerça sur la littérature une durable et puissante influence et au moins égale à l'influence de Clément Marot, Ronsard et Malherbe.

Ce furent ses beaux discours qui lui valurent le baiser que, durant son sommeil, déposa sur ses lèvres la jeune reine Marguerite d'Ecosse.

Cependant, Messieurs, dans Alain Chartier, c'est moins l'écrivain que nous avons voulu honorer que le poète au cœur ardent du patriotisme.

La nature l'avait privé de la force nécessaire pour défendre sa patrie par les armes ; mais il la servit dans la diplomatie et par des écrits d'une grande indépendance et d'une rare éloquence.

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Après les désastres d'Azincourt, il releva les courages abattus de ses contemporains.

Il donna l'exemple mémorable d'un sujet, né dans une condition relativement modeste, contribuant par son énergie et par ses écrits à la libération du territoire, alors qu'une reine, Isabeau de Bavière, trahissant la France, la livrait à l'Anglais.

Nous avons pensé, Messieurs, que l'hommage que rend la ville de Bayeux, à l'un de ses plus illustres enfants était d'un salutaire exemple.

L'empressement de vous tous. Messieurs, à rehausser par votre présence l'éclat de notre fête, prouve que nous ne nous sommes pas trompés.

Nous vous en remercions.

Nous remercions MM. Le Duc et Tony Noël au talent et au désintéressement desquels nous devons la belle statue qui sera en même temps qu'un hommage à la mémoire de notre poète patriote Alain Chartier, un monument pour la ville de Bayeux.

Reconnaissant envers vous, Messieurs les Ministres, qui, par votre présence, êtes venu donner à nos fêtes un éclat exceptionnel, nous levons notre verre en votre honneur, à vous. Monsieur le Ministre de l'agriculture, qui déjà avez rendu tant de services à l'agriculture si éprouvée, et à vous, Monsieur Tillaye, notre représentant au Sénat, et qui comptez parmi nous tant de si vives amitiés.

M. le Ministre Viger ayant présenté aux con-

vives M. Couyba, le député poète bien connu sous le pseudonyme de Maurice Boukay, qui avait bien voulu l'accompagner, M. Couyba lit un sonnet de sa composition en l'honneur d'Alain Chartier.

Ce sonnet est dédié à .MM. Arthur Leduc el Tony-Noël, les auteurs de l'œuvre dont on fêtait l'inauguration :

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