‹ Alain ChartierChapitre 27 sur 30 · LE RÊVE DU POÈTE · texte numérisé non relu

LE RÊVE DU POÈTE

Alain Chartier dormait. II rêvait à Texil, A l'Anglais triomphant, à Jeanne la Lorraine, Aux hymnes de bravoure et de foi souveraine Que chantent les Normands quand ils vont au péril.

Il rêvait pour la France un éternel avril, Où bourgeois et manants, dans la gloire prochaine, S'en iraient, n'étant plus, l'un et l'autre, à la chaîne. Effacer Azincourt par un labeur viril.

Le poète dormait. C'était un soir de fête. La Dauphine passa. Penchant son front altier, Marguerite baisa la bouche du poète...

Ce n'est plus Marguerite aujourd'hui. C'est la France Qui te donne, ayant lu ton Traité d'Espérance, Un long baiser de gloire, ô doux Alain Chartier.

igo DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES

Jusqu'à cet instant, le Ministère de l'Instruction publique n'avait pas été directement représenté dans cette fête des lettres et du patriotisme. Le Recteur de l'Université de Caen, M. Zevort, par une parole éloquente, enflammée, inspirée de l'âme d'Alain Chartier vint prévenir une omission qui eût été des plus regrettables.

Discours de M. Zevort, recteur de l'Université de Caen

x^Iessieu^s,

J'en veux presque à M. le Ministre de l'Agriculture de m'avoir donné la parole, après M. Couyba.

Vous allez entendre la triste prose après l'étincelante poésie. Il a été aujourd'hui éloquemment parlé d'Alain Chartier. On l'a très bien dit : de toutes ses œuvres la plus puissante, la plus saisissante, c'est le Quadriïogîie où les trois ordres : Peuple, noblesse et clergé se reprochent mutuellement leurs fautes et se rendent responsables des malheurs de la Nation. En face d'eux, un quatrième personnage que je me représente voilé de deuil, le visage trempé de larmes, les membres saignants de larges blessures, la France, met fin au débat. Elle fait appel à Ja Concorde, à l'Espérance, à Toubli du Passé, à l'union des bras et des cœurs pour le salut commun.

Que de fois, Messieurs, dans notre histoire orageuse :

au xvi« siècle, pendant les guerres de religion, au xviii« pendant la Révolution, au xix= pendant la Commune, un écrivain ou un poète inspiré aurait pu reproduire cette scène dramatique et nous montrer tour à tour, un L'Hôpital, un Danton et un Camille Desmoulins, un Thiers, prêchant la fin des discordes, la réconciliation, l'amour aux enfants d'une même mère, prêts à s'entredéchirer !

Et aujourd'hui encore, Messieurs, ne vous semblet-il pas que l'heure est bien choisie pour faire entendre des paroles d'Union !

Quel motif de division peut subsister entre d''honnêtes gens, qui ont tous la même horreur pour la trahison, la même passion pour l'armée « cette chère incarnation de la Patrie», comme l'a si heureusement nommée le Président du Conseil, ce modèle de désintéressement et de vertus civiques ?

Je salue dans les deux autres membres du gouvernement présents à cette fête, deux hommes de bonne volonté et de bon conseil, de clairvoyance avisée et aussi deux patriotes, qui joueront le même rôle, qui tiendront le même langage que la France du Quadriîogtie, qni voudront, comme le disait au mois de juin 1880, à la fin d'un admirable discours, le grand citoyen qui a le plus aimé l'armée, c'est-à-dire la force au service du Droit, qui voudront avec Gambetta qu'il n'y ait qu'une France et qu'une République, qu'une France, qui soit unie, et qu'une République, qui soit indivisible, suivant la belle exprès-

sion de nos pères, pour travailler, sans autre préoccupation, à ce qui a été son constant idéal, sa noble tâche dans le monde et sa mission historique : au progrès de la justice et de la liberté.

Dans ces sentiments, levons nos verres aux deux ministres qui représentent dignement ici ceux qu'Alain Chartier appelait de façon si touchante, « Le pauvre commun et les pauvres laboureurs. »

A M. Viger ! A M. Tillayel Et ils me permettront d'associer à leur nom, celui de mon chef direct que M. Brisson a si bien appelé « le véritable ministre de la démocratie scolaire^ » le nom de M. Léon Bourgeois.

Lettre de M. Viger.

8 février 1899.

La dernière et plus récente manifestation, avant la publication de cette quatrième édition, attestant le bien fondé de l'hommage rendu par la ville de Bayeux à la mémoire d'Alain Chartier, se trouve dans la lettre de M. le Ministre, Viger, écrite le 8 février 1899 à l'auteur de cette notice.

Monsieur,

Je serai très honoré de voir figurer dans le compte rendu de la fête de Bayeux consacrée à la grande

DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES IQS

mémoire d'AïAiN Chartier, mon très modeste discours. Je vous autorise donc, bien volontiers, à lui donner une petite place dans la nouvelle édition de votre belle étude sur le glorieux enfant de la vieille cité normande. — Je suis heureux, en outre, de profiter de cette occasion pour renouveler l'expression de mes meilleurs souvenirs, à l'auteur que j'ai eu la bonne fortune de rencontrer à Bayeux, et auquel je demande de faire suivre le texte de mon discours de ces quelques lignes exprimant mon opinion sur son très intéressant ouvrage.

ViGER.

Page 1