VIII AVANT-PROPOS
lise par l'inauguration solennelle, le 17 juillet 1898 de la statue, œuvre remarquable du talent de MM. Le Duc et Tony Noël.
Puisse lanalyse, infiniment trop sommaire à notre gré, que nous essayons de donner ici de l'œuvre patriotique d'Alain Chartier, oubliée des uns, ignorée des autres, rappeler, en nos jours d'angoisses, qu'au xv^ siècle, un écrivain, précurseur de Jeanne d'Arc, trouva des accents noblement inspirés pour montrer dans l'union des classes sociales, les conditions de salut de la Patrie française.
Paris, 18 février 1899.
Gabriel Joret-Desclosieres.
L'histoire des renommées littéraires subit des alternatives de faveur et de défaveur ; des variations de lumière et d'ombre.
Alain Chartier a joui, parmi ses contemporains, d'une gloire de premier ordre.
Pasquier, dans ses Recherches sur la France, chapitre XVIIP, le qualifie : « d'autheur 7ion de petite inarqiie » soit qu'il considère en lui « la bonyie raison des paroles et des mots exquis ; » soit qu'il s'arrête « à la gravité des sentences ; y) Pasquier appréciant Alain Chartier comme un grand poète, un grand orateur, le compare à Sénèque.
Il n'oublie pas de noter la faveur singulière
dont il fut comblé par la Princesse Marguerite d'Ecosse.
Cette anecdote liée au souvenir d'Alain Chartier, transmit, plus que ses œuvres délaissées, son nom à la postérité. La naïveté du récit de Pasquier est pleine de charme.
« On raconte, dit l'historien, une chose mémorable qui lui advint un jour entre autres. Car, estant endormy en une salle par laquelle Marguerite, femme du Dauphin, qui depuis fut appelé le roy Louis XI, passait avec une grande suite de dames et de grands seigneurs, elle l'alla baiser en la bouche^ chose dont s'estant quelques-uns esmerveillez, parce que pour dire le vray, nature avait enchâssé en luy un bel esprit dans un corps laid et de mauvaise grâce, ceste dame leur dist : qu'ils ne se devaient estonner de ce mystère, d'autant qu'elle n'entendait avoir baiser l'homme qui estait laid et mal proportionné en ses membres, ains la bouche de laquelle estoient issuz tant de mots dorez ».
Les historiens littéraires racontent volontiers cette anecdote; mais très peu consacrent quelques développements à l'analyse des œuvres de maistre Alain Charîier.
Elles comprennent deux parties bien différentes : l'une se compose de poésies légères,
parmi lesquelles on cite : le Débat du réveille^ matin, le Débat des deux Fortu7iés d^Amour^ le Lay de la belle Dame sans mercy, plusieurs autres débats, ballades et rondeaux ; — l'autre partie, son véritable titre de gloire, contient ce que nous nommerons ses écrits patriotiques et dont nous nous occuperons plus particulièrement aujourd'hui.
Né à Bayeux, dans le Bessin Normand, en i386 (i), d'une famille de bonne bourgeoisie, Alain Chartier sévit, dès ses jeunes années, forcé d'émigrer avec ses parents pour se soustraire aux calamités de la guerre avec les Anglais.
Il vint à Paris, suivit les leçons de l'Université, fut clerc, notaire, secrétaire de Charles VII et peut-être même du roi son père.
Alain Chartier devait avoir 29 ans environ, lorsque fut livrée et perdue la bataille d'Azincourt, en 141 5.
Dans cette lamentable journée, la discipline et la fermeté de la petite troupe anglaise triomphèrent des attaques mal combinées de Tarmée française, quatre fois plus nombreuse qu'elle. L'imprévoyance des chefs, l'insubordination des soldats causèrent l'issue funeste de cette bataille
(i) Notes et pièces justificatives. Biographie.
dans laquelle neuf mille chevaliers et gentilshommes français périrent, après avoir accompli, malheureusement sans ordre et sans discipline, des prodiges de valeur.
Azincourt, suivi peu après du honteux traité de Troyes, livrait la France au Roi d'Angleterre. L'âme d'Alain Chanier ne se laissa pas abattre par le spectacle des ruines accumulées, serviteur fidèle de la cause nationale, il entreprit de rappeler à ses contemporains que la Fortune de la Patrie française n'était pas désespérée.
Dieu, comme il nous l'apprend lui-même, dans « le quadrilogue invectif», ne lui ayant donné ni la force de porter les armes, ni l'habitude de leur maniement, il voulut servir la chose publique com.me il pouvait la servir. « La plume des historiens, les discours des orateurs ayant élevé la gloire des Romains autant que la Lance des guerriers (i) ».
(i) Quadrilogue invectif in fine.
I. Poème des ciuatre Dames (14 i8.) IL Traité de l'Espéranxe (1422).
m. QUADRILOGUE INVECTIF (1425).