POÈME DES QUATRE DAMES
En s'adressant aux dames pour les intéresser les premières aux malheurs de la Patrie, Alain Chartier affirmait l'étendue de sa sagacité. — Les femmes de France nous les avons retrouvées, en 1870. Vaillantes, dévouées et, depuis, le cœur constamment ouvert aux vigilantes préoccupations qu'inspirent la prévoyance des calamités possibles de l'avenir.
L'auteur suppose qu'il rencontre quatre nobles dames, unies par les liens de tendres sentiments à quatre guerriers français disparus depuis la journée d'Azincourt.
Le chevalier de la première a péri glorieusement dans la mêlée ; elle déplore sa triste fin ; mais elle maudit la lâcheté de ses compagnons qui l'ont abandonné :
Ha peu loyauix Fuitifs, lasches et des loyaulx,
l6 ALAIN CHARTIER
Qui n'aitiiez qu'estais et joyaulx.
Vous laissastes tous les royaulx
Et leurs tournastes Le dos et vous en retournastes.
Ils ne sont bons qu'à seoir au banc Soubz cheminée.
Leur fuite est cause, à leur grand blâme De ma perte et de leur diffame !
L'eusse-je fait raoy qui suy femme?
L'ami de la seconde dame est tombé aux mains des Anglais qui l'ont fait prisonnier, elle le pleure ; mais n'ose le défendre contre les reproches adressés à son courage, elle passe ses nuits à pleurer :
De nuict mes yeulx n'ont reposé :
Car de jour monstrer n'ai osé.
Puis elle adresse aux dames d'Angleterre une touchante prière pour leur recommander son chevalier :
Car aulcune peut commander A tel qui le peult amender.