‹ Alain ChartierChapitre 15 sur 19 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Pour que le bien-aimé se souvînt d'autrefois?

C'est un cœur faible, Alain, mais ce n'est point un lâche,

A nous deux, nous pouvons recommencer la tâche :

Sauvez-le, sauvez-nous, poète, ayez pitié !

Regardez la Patrie, elle est morte à moitié;

Elle est à bout de force, elle râle, elle pleure,

Et les vautours sont là, tout prêts, épiant l'heure :

Car le sang coule à flots, et depuis trop longtemps !

Car cette guerre-là dure depuis cent ans!

— Il vous faut, dites-vous, des amours souveraines ?

Prenez la France ! Elle est plus reine que les reines !

ALAIN

Je ne puis rien. — Je suis trop horriblement las ! J'ai hâte d'avoir fait l'étape tout entière, ■ Et d'arriver au gîte où sonnera le glas. Ceux-là, du moins, qu'on a menés au cimetière Bien noués dans les plis de leur suaire épais, Sont aveugles et sourds : ils ont la grande paix !

AGNÈS

C'est votre dernier mot? Madame Marguerite Vous dira le vrai nom qu'un tel refus mérite.

ALAIN

Oh ! non ; je pars !

AGNÈS, regardant à la cantonade.

Trop tard, malheureux ! La voici, Et selon son désir, brillant est le cortège.

ALAIN

Honte! Me retrouver en face d'elle ainsi!

AGNÈS, comme frappée d'une idée subite.

Eh bien ! laissez-vous faire, et qu'un Dieu nous protège !

Montrant le banc.

Vite, mettez-vous là; vous êtes si tremblant Que vous me désarmez. — Allons, faites semblant De dormir : plus un mot !

Sur un dernier geste d'Alain.

Mais dormez donc, vous dis-je

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