‹ Alain ChartierChapitre 19 sur 19 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Que, du rang périlleux où le sort m'a placée,

Au risque de sembler tout au moins insensée,

Je descends accomplir un austère devoir.

Dans l'œuvre du salut de la France envahie

Je réclame une place ; et ce que je fais là

Me sera pardonné par celui qui brûla,

Pour les purifier, les lèvres d'Isaïe!

C'est ma part de rançon, Maître! et si mon baiser

Doit remplacer pour toi le tison du prophète,

Qu'entière et jusqu'au bout ta volonté soit faite:

J'accepte le marché qu'il te plut d'imposer!

Oui, devant tous ici, sans mystère ni honte,

Fière de t'obéir, fière qu'on le raconte,

Moi, Dauphine aujourd'hui, demain femme de roi,

— Que tu dormes ou non, — je me penche vers toi !

Je sais ce que je brave, et blâme ou raillerie

Est tout ce que j'attends des jugements divers :

Mais je sens battre en moi l'âme de la Patrie,

Et je veux qu'elle passe et vibre dans tes vers!

Je veux que, grâce à moi, ton souvenir fidèle

S'en aille soulever la pierre des tombeaux

Où dorment les grands morts couronnés d'asphodèle,

Que la Victoire en sorte, et qu'au vent de son aile

Palpitent dans l'azur les vieux plis des drapeaux !

Pour que ta bouche, ami, cessant d'être muette,

Jette l'appel suprême à nos cœurs amollis,

La fille des Stuarts, « La Dame aux Fleurs-de-Lys »

La baise...

Marguerite se penche sur Alain, puis se redresse et se dirige vers la porte du fond, suivie d'Agnès et de toute la figuration. — A mesure qu'elle s'éloigne, Alain se soulève et la suit des yeux. — Il tombe à genoux au moment où Marguerite, se retournant une dernière fois avant de disparaître, lui jette ces mots :

— Et maintenant, tu peux chanter, — poète !

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