‹ Alain ChartierChapitre 18 sur 19 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

S'il lui faut le secret, qu'à sa honte elle en use ! Lorsqu'on est qui je suis, on se passe d'excuse : Aux mal-contents on dit : « Tel est mon bon plaisir ! » Et n'ayant dans le cœur que des choses loyales, On fait royalement des actions royales!

AGNES

Ah! nulle ne vous vaut, Madame! Pardonnez

Si j'ai cru, — n'est-ce pas que vous me comprenez ? —

Voir la pâle lueur d'un rayon d'espérance;

Mais j'aime le roi Charle!

MARGUERITE, d'une voix contenue.

Et moi, j'aime la France !

Haut.

Écoutez tous! Et vous, Agnès, — eh bien, merci!

Elle s'approche d'Alain qui semble toujours dormir, et se place à hauteur de sa tête. — Agnès passe derrière le banc. — Toute la figuration descend la scène et les entoure à distance.

Toi qui dors, — car tu dors, n'est-ce pas? et j'admire

Le merveilleux sommeil où je te trouve ici, —

Seul tu n'entendras pas ce que je vais te dire,

Mais mieux vaut pour tous deux qu'il en puisse être ainsi.

Le dernier tu sauras ce que la Renommée,

De ce banc de hasard te faisant un pavois,

Aura clamé déjà, surprise, à pleine voix;

L'alliance mystique entre nous consommée,

D'autres te l'apprendront pour la première fois !

Pourtant, comme il advient parfois à qui sommeille,

Si de pensers récents ton esprit est hanté,

Peut-être quelques mots, vagues à ton oreille,

Mettront-ils dans ton rêve un peu de vérité.

D'ailleurs, illusion, réalité, mensonge,

Que t'importe, ô dormeur à qui je parle bas?

Si le songe est heureux, sois heureux par le songe :

Laisse-le te bercer, et ne t'éveille pas!

Une pause. — Tous se rapprochent un peu plus. — Après un temps, Marguerite continue :

Maître, l'on m'a conté qu'à l'âge des merveilles, Lorsque Platon dormait, — enfant aimé du ciel, — Sur l'Hymette fleuri les divines abeilles Quittaient la marjolaine et l'hysope vermeilles Pour venir à sa lèvre y parfumer leur miel! Ainsi, quand de tes vers le nombre et l'harmonie En Apollo tous deux nous faisaient frère et sœur, Sur ta bouche sonore, à leur source bénie, J'avais rêvé souvent d'en boire la douceur! Mais tu ne nous disais que l'amour et les roses, Tu ne glorifiais qu'un fragile plaisir, Et par souci du monde et des esprits moroses, J'ai su ne pas céder à mon secret désir. Or, voici que par toi revient cette pensée, Et tu sus lui prêter un si rare pouvoir,

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