‹ Alain ChartierChapitre 2 sur 19 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

devise et un numéro. Le directeur de L Académie brise alors le cachet de [enveloppe et le nom du lauréat nous est révélé. Quelquefois des amis "Jlés ou des parents nous écrivent pour nous recommander un numéro et une devise. Cette recommandation ne sert jamais à rien. La commission fait très consciencieusement son devoir et ce devoir ne lui est pas difficile. Il faut quelquefois lire plusieurs pages d'un livre en prose pour savoir si l'on a affaire à un véritable écrivain, il suffit de quatre vers pour savoir si l'on a devant soi un véritable poète. L'épithète, la rime, le nombre vous renseignent tout de suite. Sur deux cents pièces envoyées au concours, dix, au plus, est-il besoin de le dire, valent la peine d'être lues.

Je faisais partie de la commission. Je tombai sur une pièce dont la physionomie extérieure me frappa tout d'abord. Mes yeux furent séduits tout de suite par le dessin des caractères. Toutes mes fibres de graphologue tressaillirent d'aise et de pressentiment, tant ce manuscrit avait, avant qu'on en lût un seul mot, une allure crâne, fière, individuelle. Pas plus de cent trente à cent quarante vers, divisés en groupes de cinq vers avec une rime triplée. Toujours le même espace entre les strophes. De grandes marges bien aérées oit la pensée du poète respirait à l'aise. Une écriture claire, élégante, robuste, courant droit devant elle, comme pour atteindre ou même enfoncer quelque chose,- chaque strophe semblable à un escadron, faisant, pour ainsi dire, sonner le papier sous son galop régulier et bien d'ensemble,- chaque mot bien à son rang,- les majuscules, les t, les 1 dépassant les lignes à la

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