‹ Alain ChartierChapitre 3 sur 19 · PRÉFACE III · texte numérisé non relu

PRÉFACE III

hauteur voulue et brillant comme des lames d'épées ou des fers de lances,- de grands accents, aigus, graves, circonflexes, flottant dans les intervalles, semblables à des crinières de chevaux ou à des banderoles d'oriflammes,- bref, une véritable charge de cavalerie, les mots droits sur leurs étriers, casques en avant, sabres au clair, cuirasses au soleil. Jamais je n'avais vu une écriture plus colorée, en même temps plus disciplinée et plus héroïque. « Si l'homme qui a cette écriture fait de mauvais « vers, me dis-je, je vais avoir un grand étonnement. » Je lus la première strophe :

Non loin de Raphidim, lieu hanté des grands fauves Où le roc effrité vibre dans l'air en feu, Tout un peuple en exode et que menait son Dieu, Sous le vol tournoyant des gypaètes chauves, Dormait d'un sommeil lourd, — et rêvait au Nil bleu.

Que disais-je tout à l heure f On n'a pas besoin de lire plus de quatre vers pour savoir si l'on a devant soi un véritable poète. Après cette première strophe, je savais donc à quoi m'en tenir, et je continuai ma lecture lentement pour ne pas arriver trop vite à la fin d'une jouissance assurée. Pas un écart, pas une défaillance de rythme, d'image, de pensée dans les vingt-six strophes suivantes. J'annonçai ma découverte à mes confrères,- je donnai lecture de ce petit poème,- on vota. Mon poète (car je le considérais déjà comme à moi, l'ayant découvert) obtint le prix,- le directeur rompit le cachet de l'enveloppe, et proclama le nom du vicomte de Borrelli que personne de nous ne connaissait, et qui était alors au Tonkin.

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De l'oAcadémie française

Très affectueusement, très respectueusement.

BORRELLI.

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MARGUERITE, Dauphine, 18 ans MUes Bartet

AGNES SOREL, Dame de Beauté, 34 ans. . . . Legault

ALAIN CHART1ER, ^ ans M" Mounet-Sully

La scène se passe à Paris, en 144; , sous Charles VII.

Une salle du Louvre de Charles V. Tentures et ornements aux écussons couplés des Dauphins de France et des Stuarts. Portes dans la boiserie à droite et à gauche. Grande baie drapée au fond, s'ouvrant sur une galerie de dégagement. A la gauche du spectateur et au premier plan, une longue table près de laquelle est un fauteuil à dais, de bois sculpté. Sur la table, un timbre. A droite et au même plan, parallèlement au mur et à quelque distance, un banc à dossier muni de coussins. Escabeaux et coffres du temps.

SCÈ&CE TT^E^flÈT^E

-MARGUERITE, AGNES. Au lever du rideau , Marguerite est assise dans le grand fauteuil à dais, ayant Agnès debout auprès d'elle. La Dauphine parcourt des yeux un parchemin. Sa lecture terminée, elle hausse légèrement les épaules, et jette le pli s".r la table d'un air d'ennui et de désappointement.

AGNES

Je vois que maître Alain n'a guère su vous plaire, Madame!'

MARGUERITE, boudeuse.

Il s'en faut même! Et votre protégé, S'il veut quitter la Cour, aura notre congé. Contre lui, contre moi je suis toute colère: Il ne m'a pas comprise, — et je l'ai mal jugé.

AGNÈS

Puis-je espérer savoir, au moins, quel est son crime ?

MARGUERITE

Certes; et vous, Agnès, en pleine bonne foi,

Si véritablement j'ai tort, dites-le-moi.

Nul mieux qu'Alain Chartier ne cisèle la rime.

Or, à Paris, ce soir, venant de Saint-Denis,

Le Dauphin doit rentrer. Par lui-même menée,

Cette campagne est close, et, de toute une année,

Pour la première fois nous serons réunis.

Mon Louis s'est couvert d'honneur : la Picardie

Arrachée aux Anglais ; une pointe hardie

Sur le pays Normand, sauvant Dieppe assiégé,

Rendraient l'espoir au cœur le plus découragé.

Bien que, — pour on ne sait quelle cause secrète,

Et des propos méchants en ont couru tout bas, —

Alain semble songer à faire la retraite,

Vous l'avez de ma part adjuré, n'est-ce pas,

D'ouvrer quelques grands vers qui sonnent la victoire

Et fêtent ce retour d'un peu de jeune gloire?

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