SCENE I
AGNÈS
Oui, Madame.
MARGUERITE, montrant du doigt le parchemin.
Et pourtant, là, sous ce pli fermé, Au lieu du fier poème attendu, réclamé, D'un hymne jaillissant, tout armé, de son âme, Je trouve..., devinez?
AGNÈS
Qu'est-ce?
MARGUERITE, se levant.
Un épithalame Dans le goût de Pétrarque et des Italiens! Ce qu'on nomme Outre-monts un sonnet ! moi, pédante, A défaut de l'ampleur des chants Virgiliens, Je dis qu'il eût mieux fait de nous rappeler Dante.
AGNÈS
Le sonnet est mauvais, Madame?
MARGUERITE
Jugez-en; Ce sont là, s'il en fut, rimes de courtisan: Des mots,... et puis des mots. — Lisez.
AGNES
Lisez vous-même; Oubliez de ces vers le poète et le thème, Et ne les dites pas trop mal, — exprès; nos yeux En condamnent souvent que la voix défend mieux.
MARGUERITE, reprenant le parchemin.
Allons, ainsi soit-il! — La chose s'intitule
« Sous les lis, » — et le titre est déjà ridicule!
Lisant.
« Sous les lis, les grands lis, par l'arrêt du destin, « La Princesse dormait son long sommeil magique ; ce Les clochettes d'azur, de leur douce musique, « La berçaient tout le jour, et du soir au matin.
« Elle rêvait d'un Prince ! Et leur timbre argentin « Chantait avec son âme en phrase mélodique ; « Et le songe avivait son visage mutin « D'un petit ton rosé plein de grâce pudique.
ce — Et voilà que, vainqueur des mauvais sorts divers,
" Déjouant les périls ou passant à travers,
" Le beau Prince apparut, à cheval, dans l'aurore. '
ce Et la brise agita les grands lis doucement ,-
ce Et son souffle éveilla ce La Belle-aux-lys-dormant : »
<e Tout bas, les fleurs chantaient pour la bercer encore... >>