BO
docteur se rapportent ses nombreux écrits. Etait-ce au temps de son professorat, ou au temps de sa vie religieuse? Si Ion pouvait ajouter quelque foi aux récits qui étaient rapportés tout-à-rheure , on penserait que le frère convers , assez humble pour garder les troupeaux, n'a plus dû penser à la publicité. £n Tabsence de renseignements plus sérieux , il faut s'abstenir de conclure. Seulement , quelques circonstances relevées dans certains ouvrages attribués au docteur universel ont permis d'établir qu il avait écrit dans les vingt dernier^ années du siècle (4).
Alain vécut très-vieux , paralt-il ; Gh. Henriquez dit môme
qu'il atteignit H 6 ans , mais c'est par suite des confusions de
date dont nous avons parlé [^).
Date La date de sa mort a été surtout l'objet des plus vives con-
troverses. J. Tri thème et la Chronique du monde prétendent
•a mort.
qu'Alain florissait sous Albert d'Autriche et Rodolphe de Nas-
Opiaions sau , vers 1300. Cet avis fut suivi par d'excellents esprits tels
averses, q^jg Possevin , Voss , Gessner , Giraldi ; cependant il était
DUcûTsion ^''^^"^> ^^ Duboulay a très-bien fait remarquer que , vers 4 300,
Alain n'eut pas appelé les Albigeois de nouveaux hérétiques ,
produit de notre temps (3).
(1) Voici le résumé de ce travail que Ton doit en grande partie à D. Brial dans THisl. litt. de France : De artefideiy écrit de 1187 à ii^i .-^Summa guofwîorfw, 1179 à 1195. — De pœnitentia, 1179 à 1202. — De fide contra hœreticos, 1179 à 1202. On ne peut rien de plus concordant quand même on devrait y joindre le Commentaria Merlini, 1167-1183.
Voyez ci-aprés pour l'authenticité de ces ouvrages et les éléments qui ont servi à fixer ces dates.
(2) Gh . Henriquez, l . c.
(3) Chronica mundi attribuée à HartmannSchedell. — J. Trith«m« , de tcri-pt, eccles. 1. c. — Possevinus, apparatus sarer. -^ Vossiu8,<î<' poetis med. œvi. — Gessner (Conrad), inbibliotheca universali.'^Giraldus dial. V de poetii. — Bulxus. HiMt. univ. Paris. 11 a traité très-amplement c« sujet.
Peu à peu se montre une autre opinion qui semble venir des couvents de l'ordre de Gtteaux , et qui fixe la mort du docteur universel à 4 294. On la voit notamment consignée dans Tépitaphe qui était à Giteaux sur la tombe d'Alain (\], Cette date n*est guères moins erronée que la précédente. Il est évident qu ayant écrit, comme nous venons de le dire, de 4 4 70 à 4 200 , le docteur universel n'a pu vivre jusqu'en 4 294, eût-il fini d'écrire à trente ans ses ouvrages si nombreux, si étendus et si ^profonds. Henriquez et Moréri veulent expliquer In difiicultc par des exemples de longévité , mais ils tombent dans le fabuleux (2).
Oudin remontant aux chroniques contemporaines d'Alain , arrive à fixer la date de sa mort à 4 202 d'après Albéric de Trois-Fontaines (que De Visch avait gratuitement accusé d'erreur), et Othon de Biaise (3). C'est évidemment à ce chiffre qu'il faut s'arrêter. Mais que dire de l'épitaphe sur laquelle on s'était appuyé. Ëtait-ce le résultat d'une confusion? Quelque Alain étaitil mort u Citeaux en 4 294 , ou plutôt n'avait-elle pas été rédigée sur des souvenirs déjà confus? C'est ce qui est le plus probable. Kn effet, elle doit être de la même époque que le tombeau qui la porte, érigé vers 4 447, ou du moins avant 4 503 , à ce que rapporte Chalmerot qui en attribue l'érection à Jean de Cirey , abbé de Citeaux qui mourut en 4 503 (4).
(1) Voyez ci -dessous.
(2) Henriquez, Menologium cistercien». — Moréri : Dictionnaire historique .
(3) Chroniques déjà citées.
(4) Claude Chnlmerol. Séries sanctorum cisterciens.^ cité par d*Argen-
Iré. Collect. judiciorum de novis erroribut^ lome i . Reche-rehes au suiet Cette épitaphe et le tombeau lui-même se trouvent figurés avec les autres
de âon Principaux monuments de l'abbaye de Citeauar , au neuvit-uic volume des
épittnhf mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres (Paris, 1736,
Opinion II reste maintenant à examiner deux systèmes assez bizarres
d'Oudin çi q^i ont mis en question l'identité môme d* Alain de Lille,
confond ^u^in et Lemire , avant lui , car Brucker a eu tort çl*attri-
le docieur buer au premier l'initiative de cette opinion , ont prétendu con-
universel fondre le docteur universel avec un Alain , né en Flandres
et Tévêque d*Auxerre. Htfutation. " ■
p. 329). Ce mémoire est de M Moreau deMontor. Le dessin est reproduit dans la Patrologie de M. Mi^ne.
On y voit sur le sol ces deux vers :
Alanum brevis hora brevi tumulo sepelivit, Qui duo, qui septem, qui totum scibile scivit.
Sur le pourtour de la tombe ces deux lignes sont répétées, mais suivits de cinq autres :
Scire suum , moriens, dare vel retiuere nequivit, Labentis saecli contemptis rébus egens fit , Intus conversus gregibus commissus alendis^ Mille ducenteno nonageno quoque quarto, Christo devotus mortales exuit artus .
Or, c.lte difTérence de position, cette circonstance que les deux premiers vers étaient déjH au XVT* siècle usés par les pieds des fidèles (Matbien Bonhomme dans son commentaire sur les Paraboles : voyez ce que nous en avons dit plus haut, page 46), tandis que les cinq derniers figurent sur un monument qui porte sa date (1487), des détails plus circonstanciés, une latinité phis pure et plus prétentieuse, ne rapportent-ils pas légitimement la fin de rinscription à une date plus rapprochée de nous ? Ne font-ils pas croire que, complétée lors de la réédification du tombeau, elle a recueilli naturellement les traditions qui régnaient an X V^ siècle.
Ce qui confirme notre observation, c^est que la Chronica mundi, attribuée à Hartmann (1492), ne cite également que les deux premiers vers. Du reste, cette épitaphe a été rapportée de la façon la plus diverse. L'Histoire littéraire de France, qui prétend la citer d';iprès D. Martenne, la rapporte tn sept vers telle que nous l'avons donnée. Cependant cet auteur, dans son Voyage littéraire de deux Bénédictins, n'en donne que six. De Yisch n'en copie pas plus et c'est le quatrième qui manque. 11 eu est de même èfaez Butelin dans son Gallo-Flandria, et ce dernier lisait D, Alanut doctor Pu'
(Flander) , d'abord abbé de Larivour ou Rivours (ripatorii, aripatorii] pondant douze ans, puis nommé, grâce à l'appui de saint Bernard , évoque d'Auzerre, à la suite d'une élection tort
riensis natione Alemanus^ là où D. Martenne lisait un siècle après : Fr. Alanus magnus /ec/or (ii'esl-ce pas doctorP) prœcipuus, Alemamis, Chez Duboulay (Hist. universit. Farisis.) le cinç[uième vers est, en outre, retranché, taudis que Yalère André, dans sa Bihliolheca belgica, les donue tous les sept.
Mnthieu Bonhomme cite les trois premiers vers^ mais en les rapportant de cette façon ;
Alanum brevis hora brevi tumulo sepelivit
Qui duo, qui septem , totum sibi subdidit orbem
Scire suuro, mores dare, vel retinere nequivit.
Oudin veut que ce soit une erreur de Mathieu Bonhomme qui avoue avoir lu très-difficilement celte inscription effacée ptr les pieds des fidèles. Soit pour mores mis au lieu de moriens^ mais peut- on confondre des noms qui n'ont aucun rapport dans l'écriture, tels que : Orbem et scivit au second vers. Du Boulay cite d'après Naudé, qui les r.vait trouvés à la fin d'un vieux manuscrit du De Flanctu , des vers qui offrent une grande analogie avec l'épitaphe :
Ezplicît Alanus, pereat Sodomiu profanus , Qui duo, qui septem, qui totum scibile scivit Scire suum^ moriens , dare vel retinere nequivit , Tanti terra viri studio meliore potiri Debuit, artificem si funus haberet amicum .
Le second et le troisième vers ont peut-^tre fourni la matière de l'inscription primitive. Peut- être ont-ils été copiés sur elle . Du moins les voit-on bitn séparés des deux derniers .
Avant de quitter ce sujet, il est bon de signaler les diverses interprétations données à ce mot duo dans le vers :
Qui duo, qui septem , qui totum scibile scivit.
Septem désigne évidemment le Trivium et le Quadrivium, mais />uopeut désigner les deux testaments ou les deux droits (rbmain ou canon). On pour-
agitée , en 4 4 52 [\), Ce prélat se démit de son siège en 1 4 67, se retira àRivours, et en 4 4 85 quitta ce couvent pour celui de Clairvaux où il mourut le 4 *' octobre de la même année (2).
rail encore entendre les deux parties de la théologie (spéculative et morale). II n'est pas possible de se décider avec certitude entre ces diverses suppositions.
D'Ionglielle, dans sa Purpura sacra ^ cite encore, comme les ayant vues à Cileaux , les deux inscriptions suivantes :
Ce grand docte Alanus, qui fut tant admirable, Kend ce lieu de Cîteaux partout plus mémorable, Car il y fut convers, berger et serviteur, Encore y sert d'exemple de vertus et d'honneur, Donc vous religieux , convers et tous passants , Imitez ce docteur qui cy-bas est gisant.
Subjacet huic lapidi toti venerabilis orbi
Alanus doctor quem decet almus honor .
Tbeologis ac pkilosophis merito sociandus,
Vatibus antiquis nec minor ipse fuit.
Egregie scribens, planjeit, docuit, reseravit ,
JVaturantj mores , mystica verba dei.
Jnclyta gesta Jesu cecinit clarosque triumphos,
Àrtes depingens militiamque poli, Eloquii pictor, morum censor, citharista
Pieridum, fidei helUgerator erat.
Ilic mundum fugieus, sub religionls araictu
Vixit , adhuc manethic : intumulatus adest.
On aura remarqué que ces vers font allusion à divers écrits d'Alain : le Deuil de la Nature , TAnticlaudien , l'art du Prédicateur, le Traité des vices, ses nombreuses poésies, ses deux Traités de la foi.
(1) Oudin. De script, eccîes. tome II, col. 1388, dissertation très étendue : de unico Jlano. — Miraeus : Chronica cistercien, cl ses scholics sur H. deGand, dans sa Bibliothcca ecclesiastica sive nomenclatores veteres VII. Du reste, il avarié sur ce point dans ces deux livres. — Brucker. ///*/. critic, philos, tome IV.
(î) Chronique de S. Marien d'Auxerre (Chronica S.ti Marcani), par le Fr. Roleit, rapportée dans le recueil des historiens français de Dom Bon-
Pour confondre ces deux personnages , Lemire, Oudin et ceux qui les ont suivis : Camudat, Quetif, Fabricius, les frères de
Sainte-Marthe et Dom Vaissette s*appuiont sur la communauté de patrie et sur la coïncidence des dates (1). Le docteur universel a écrit ses ouvrages, comme nous Favons dit, de 4 4 80 à 4 200 , et l'évêque d'Auxerre a rédigé la vie de saint Bernard avant la canonisation de ce saint, c'est-à-dire avant 4 4 74 (%), Enfin , les mômes auteurs se fondent sur Timpossibilité d'établir d'une façon distincte la date de la mort de Tun et de Tautre.
On a répondu très-justement que l'un appartient à Clairvaux, y est mort, y a été enterré, d'après ses volontés expresses (3),
quel. Scriptores rerum gallicarum^ tome XÏI, p. 296. — Conf. Gallia Christiana nova , tome 111, col. 293, et surtout la chronique anonyme de ce prélat dans les actes des érêques d^Auxerre, citée par Labbe, Biblioth. maimscr.j lome II, page 463. —Voyez encore Henn'quez, Ménolog. c— Buzclin, Gallo-Flandria, 1. c. Le» noies de Mabillon sur la lettre 280 de S. Bernnrd dans l'édition des œuvres de ce saint. La Ckronica vallensis. — Jacob d'AuIa . Calai, episcop . Autissiod, — Les Dissertations de Tabbé Le* beuf jointes à son histoire de Paris. Lebeuf fixait par erreur la mort d« Tevêque d'Auxerre à 1182.
(1) Camusat. Promptaarium sacr. antiq.tricass. diœces. — Quétifet Ëchard, Scriptores ordinis prœdicalor.^ tom. 1, p. 194. — Fabricius. Bîb. med. et inf. latinit , édition de Mansi qui suit Oudin. — Gallia christiana nova, tom. XII. Autissiod. diœces. — Histoire générale du Languedoc, tome 111, p. 119 et suiv.
(2) Cette vie de S. Bernard n'est que la réduction et ta mise en ordre d'autres biographies antérieures. Elle est dédiée à Ponce, abbé de Qairvaux. On la trouve dans différentes éditions de S. Bernard. On connaît encore de l'évêque d'Auxerre diverses chartes , titres , testaments, lettres éditées par Duchesne , Rerum gallicarum scriptores , tome IV , page 642. Les frères de Ste-Marthe dans la Gallia Christiana , 1. c. et Camusat, 1. c. Le tout est reproduit dans la Patrologie de M. Migne , vol. CLXXXV et CCI , col. 1381.
(3) Voyez dans Camusat et Ste Marthe, son testament dont Oudin a voulu sans raison précise contester Tauthenticité. 11 se fait mettre près de S. Ber-
tandis que l'autre a passé ses derniers jours et a été enseveli à Clteaùx ; que l'un prend dans la vie de saint Bernard, qu'il a écrite , le titre d*ancien évèque , qu'on ne trouve jamais sur les ouvrages de l'autre, tandis que le nom de docteur universel, souvent ajouté aux ouvrages du dernier , n'est jamais mentionné en tète de la vie de saint Bernard. Rien ne prouve que le premier ait \écu au-delà de H 85, date des derniers titres qui portent son nom , tandis que le second est mort en 4 200. Rien ne prouve non plus que Tévèque d'Auxerre fût de Lille , car on ne trouve pas le titre S.' insulensts , de insulis ajoutée son nom. On voit seulement par son épitaphe qu'il y avait été élevé (educalus)y et quil était Flamand [Flander) (4). Après tout, il ne serait pas extraordinaire que deux hommes portant un nom aussi commun , fussent sortis à la môme époque de la même ville (2). Ce qui doit déterminer ici , c'est que, ni Othon de Saint-Biaise , ni Albéric de Trois-Fontaines , ni Henri de Gand, au XII® siècle, ni Robert Holkot, ni Trithème, ni Sixte de Sienne , dans les siècles suivants , en parlant du docteur universel , n'ont fait mention qu'il ait été évèque, ce qu'ils n'eussent pas manqué de mentionner (3). De même , on ne peut croire que la chronique anonyme (4] qui donne tant de détails sur l'évéque d'Auxerre, eût passé sous silence qu'il eût été un philosophe et un poète des plus célèbres.
nard, utsimul r'esurget. — Conf. encore Duboulay, //M^urt/v^^5I^ Pan»,
t. U, p. 432 et III, p. 19 Louis-Jacob de S. Charles, de script, cabill.^
p. 144. — Lebeuf, Hist. de Paris, tome IL part. 2. — Histoire littéraire de France, I. c, pour l'opinion qui distingue les deux Alain.
(1) Epitaphe dans la Gallia Christian, 1. c.
(2) Voyez dans Fabricius. Bib. med. et inf. latinit. la liste des auteurs uomiuis Alain.
(3) Tous ces auteurs ont été cités ci-dessus.
(4) V^^ns Us jécta episcop . Autittiod Voyez ci -dessus.
Réfuiatian Dom Brial n'a pas été plus heureux en confondant notre doc-
^^ leur avec un Alain qui fut d'abord chanoine de Benevent, puis
^^de*^" embrassa la règle de saint Benoit dans le couvent ou plutôt
D. Brial, Téglise chapitrale de Cantorbéry , dont il fut nopimé prieur le 6
qui confond août H79 (i). En 4 1 86 , il devint abbé de Tewkesbury ; puis
* .° "' Thistoire le perd complètement de vue, car on ne voit pas sur
universel * ' ♦ *
et Tabbé Q^^^ fondement Fabricius, qui F appelle Alanuê Albertus , fixe de sa mort à \%0\ (2).
ew es ury. j^^ diverses raisons sur lesquelles se fonde Brial sont la coïncidence des dates ; le grand nombre de manuscrits d'Alain que possède l'Angleterre; la connaissance historique relative à ce pays que dénote le commentaire sur les prophéties de Merlin ; enfin , sur ce qu'il est très-douteux qu'Alain ait été professeur à à Paris. ( Ce dernier point gênait en effet beaucoup le système de THistoire littéraire].
A ces allégations on peut répondre qu il est avéré qu'Alain a enseigné à Paris , comme nous l'avons expliqué ci-dessus (3); que le commentaire de Merlin est une œuvre plus que suspecte de ra,veu même de Dom Brial ; que , si les manuscrits d'Alain sont fort communs en Angleterre » ils ne le sont pas moins en France et en Allemagne (4) ; qu'enfin la coïncidence des dates prouve tout au plus que deux Alain vivaient en même temps. D'ailleurs , quel roman Dom Brial n'a-t-il pas dû imaginer
(1) D* Brial, ancien bénédictin, membre de l'académie des inscriptions ' et belles-lettres. Dans l'Hist. liu. de France, tome XXl^ 1. c. Il s'est servi de Geryais, chronica cartuas. apud Tttysden, coL ik^O. ^Balceus Centuria, 111, 46. — Leiand. Comment, de script, hritan. 191. — Duboulay, Hist. univ. parisiens^ 1. c. — Pitseus. De rébus anglic» seu de illust, ^nglicB scrip. *
(S) Bib. med. et inf. latinit.
(3) Vojez ci-dessus page 42.
(4) Conf . Haenel , Labbe , Montfaucon , Sander et le Catalogue de la bib. impériale d'AnicetMellot.
pour soutenir son système et pour confondre les faits de la vie du docteur universel avec Texistence de l'abbé Tewkesbury. Suivant lui, né à Lille > de parents anglais, Alain aurait pris parti dans la campagne de Roger en Italie (1); puis chassé avec les Français , serait revenu en Angleterre , où l'excès de son zèle l'aurait successivement fait reléguer de Cantorbéry à Tewkesbury, et obligé enfin à chercher refuge en France à Clleaux. Telle est cependant TillusioD d'un parti pris qu'un savant bénédictin n'a pas reculé devant ces hypothèses gratuites.
Malgré tout ses efforts, Brial n'a pu expliquer le silence des contemporains, comment il se ferait que les auteurs les plus rapprochés de l'époque à laquelle vivait Alain : Othon de Saint Biaise , Albéric de Trois-Fontaines , Henri de Gand , etc. , etc. , en parlant du célèbre docteurn'aient pas mentionné qu'il avait occupe de hautes positions en Angleterre , rendues plus saillantes encore par des relations avec saint Thomas de Cantorbéry. Enfin , pourquoi les ouvrages de l'abbé de Tewkesbury ne portent-ils pas le titre de docteur universel (2) ? Pourquoi, au contraire, les manuscrits de celui-ci ne le font-ils jamais abbé d'aucun couvent? .
Il faut donc rejeter ces systèmes, quels que soient le talent et l'érudition de ceux qui les ont embrassés. Alain de Lille, le docteur universel , est tout à fait distinct de l'évêque d'Auxerre
(i) ?our expliquer son séjour à Bénévent.
( 2} Une vie de saint Thomas de Cantorbéry dans la belle édition de M. Gilles, Londres, 1845.^Elle avait déjà été éditée plusieurs fois avecd*autres vies du même saint. L^édition de M. Gilles comprend aussi différentes lettres. Le tout est reproduit automeCXC de laFatroIogie de M. Migne.
On attribue au même Alain des sermons (Pitseus, 1. c), les Acta Clarendonensia sive de rébus gestis in Clarendonensi concilio et postea (Balaens et Leiand , 1. c). Quant aux Problemata sophistica que lui attribuent aussi les mêm«s auteurs , il pourrait bien y avoir confusion.
et de Tabbé de Tewkesbury (4 ). Certes , si le grand docteur eût porté Tun ou Tautre de ces deux titres , les auteurs contempo* rains et les manuscrits du temps en eussent fait mention. II faut s* en tenir à leur témoignage, et ne point les faire plier ou les omettre devant les^xigences d* opinions préconçues.
Alai:! Il est encore un autre Alain dont Texistence, au contraire, a f ^"'"' été à tort distinguée de celle du docteur universel ; c'est Alain
« est I a»
autre lorret, surnommé , on ne sait pourquoi, Hermès Trismégiste. qu^Alain Ce personnage n'a été Tobjet d'aucune mention dans les écride Lille, yains ses contemporains, du moins jusqu'aujourd'hui on n*en a point cité , et sa biographie est tout à fait nulle (SI).
Il n'est connu que par son nom ajouté à quelques manuscrits et quelques anciennes édilitions conservées dans nos bibliothèques , mais en remontant aux sources et en nous aidant de renseignements que BIM. les bibliothécaires ont bien voulu nous fournir , nous avons pu constater d'abord qu'il y avait à cet ô^rd beaucoup d'indications fausses , ensuite, que les manuscrits ou éditions portant vraiment le nom dePorret ne font que reproduire des ouvrages d'Alain de Lille (3). Il faut donc en
(i ) Ce nom de Docteur universel a été aussi donné à un Alain du XllI^ sMe, jurisconsulte à Bologne. Voyez Biographie univeraelle et ci-aprt^s page {09 iurle De accusationibus,
(3) Fabricius n*en dit rien qui vaille. L^Histoire littéraire de France, notice signée F.-L. (Félix Lajard), tome XXI, page 309, en dit fort peu de choses, et, sans donner aucune preuve à Tappui, range A. Porret dans les Notices succinctes sur divers écrivains de Van 1286 à 4 300. Dans cet article THistoire littéraire prétend avoir restitué à Alain de Lille des ouvrages que généralement on attribuait à l'autre. Mais au tome XVI, dans la note de D. Brial, on ne trouve rien de pareil.
(3) L'Histoire littéraire de France cite d'après Haenel {Catalog . codicum maniiscript.) :
Alani npus ms. in-4o sur parchemin, li la bibliothèque de Boulognesu r-Mer ;
copclure que notre docteur s appelait Porretanus de son oom de famille, ce qui ne rien d'étonnant, car ce nom subsiste encore dans le peuple de Flandres (4). Il est cependant singulier, il
Alani tractafus de materiis religiosU, beau ms. in-fol. sur parchemin de la bibliothèque de Charleville ;
jilani rhjrikmi teiitonici, 2i la bib. de Saint-Gall ; Alani Porreide virtutibus^ à la bib. du roi d'Angleterre.
Et d'apr«s Montfaucon, bibliotheca bibliotheearam :
Alani porretani alias Hernies trismegisti seu Mercurii regulœ celestis ^ jaris vel maœima id est euriontata theologiœ cum interpretationihus^ n.o 134, nis. de la bibliothèque publique de Bâle.
Nous avons demandé des renseignements à MM. les bibliothécaires de Charleville, Boulogne et Saint-Gall, et Toici ce qu'ils nous ont appris avec une obligeance dont nous tenons à les remercier ici.
UOpus Alani de Boulogne n'est que le Carmen de Planciu naturœ, l'un des ouvrages les plus connus d'Alain de Lille. Le manuscrit porte ce dernier nom et nullement celui d'Alain Porret.
A Charleville, il u'eiiste aucun ms. sous ce titre : Tractatus de materiis religiosis, aucun non plus qui porte le nom de Porretanus, mais plusieurs ms. d'ouvrages très-connus d'Alain de Lille.
Les rJ^tkmi teutonici de S. Gall ne portent ni ce titre, ni aucun autre titre original. Un bibliothécaire a mis d'une main moderne celui-ci : Sequens carmen est imperfecium, vocatur proverbia Alani meirica. Le nom de Porret ne s'y trouve donc nullement. Ce ne sont, en effet, que les paraboles d'Alain avec une traduction allemande
Quant aux Jiegulœ celestis juris de Bâle, elles portent bien le nom de Porret. mais le Tractatus de Arte prœdicandi et le De sex alis Cherubim (deux ou /rages fort connus d'Alain de Lille) ne le portent pas, quoique Haenel les mentionne ainsi, p. 590 de son catalogue. On a pu voir par ce qui précède, et l'on verra encore plus loin, combien ce bibliographe anglais qui travaillait trop rapidement a donné d'indications erronée^.
Les Regulœ on,t été imprimées aussi sous le nom d'Alain Porret, bien qu'elles soient d*Alain de Lille. Nous en parlons amplement plus loin, p. 74.
(1) Porreus, Porretanus ^ Pore, Poret , Porette , Porret , Porrette , de la Porée. •— Un manuscrit des Distinctiones monasticœ , ouvrage anonyme publié au tome 111 du Spicilegium solesmense, porte en ma]^ des vers d'Alain de Lille sous le nom à^Alanus Poryus.
Gilbert de la Porée est appelé par le chroniqueur H;eHnand : Porrate [Gisiez
faut Tavouer, qu il ne se trouve joint à celui d* Alain que sur les manuscrits et les éditions d*un seul ouvrage. Nous ne pouvons expliquer ce fait , mais il est incontestable que ce livre appartient au docteur universel et que celui-ci, par suite, ne fait qu'un avec Alain Porret. , De méme^ M. Ravaisson a aussi trouvé à Avranches un manuscrit pord*Alain tant le nom d'Alanus de Podio (Alain du Puy), qui n'est au- "^' tre , comme nous le montrerons ci-après , qu*un ouvrage d'Alain de Lille. Qu'est-ce encore que ce nom de Dupuy qui n'est pas rare non plus dans le Nord? Quel rappc't a-t-il avec le nom de Porret ou de Porée? Est-ce une faute de copiste qui fait de De Porreo; De Podio? (4)
Il y a encore une autre supposition à faire. Au temps d*AIain il y avait à Lille un puy , comme on disait alors , chambre de rhétorique , société savante , comme on a dit depuis. C'est un autre Lillois du même temps à peu près , Giélée , qui nous rapprend. Dans son poème célèbre, de renard le novel , cet auteur cite : Lille le jolie dont H puis est resours (î). Or, Giélée écrivant son roman satyrique vers 4 270 , on peut bien supposer que \epuy existait un siècle auparavant, puisqu'il avait eu le temps d'être dissous et reconstitué. Peut-être donc Alain joignait-il à son nom le titre de membre du puy de Lille , c'est là une pure hypothèse que nous soumettons ici sans y attacher d'autre importance. Toujours est-il quAlanus de Podio n'est autre que le docteur universel.
bertas cognomento Porratanus). C'était aussi là un nom de famille, car ce
célèbre personnage était, comme on sait, né à Poitiers. (Voyez la chronique
d'Othonde Frysingue.)
(0 ^oyez ci-aprés page 98. — C^est dans le rapport au minUtre sur les
bibKothèquei de l'Ouest que se trouve cette mention.
(â) ResourSf restauré. Voyez Renard-le-^ovel dans l'édition deMeOA.
BIBUOGRAPHIE.
Ouvrages I^s ouvrages attribués à Alain de Lille sont très nombreux , d'Alain, mais ils sont loin de présenter tous un caractère incontestable d* authenticité.
Ses manuscrits sont abondamment répandus dans toute l'Europe occidentale. Un assez grand nombre de ses écrits ont été • imprimés isolément, comme nous Tindiquerons sur chacun d'eux . Il existe en outre deux éditions générales des œuvres du docteur universel.
Editions La première est celle de De Visch , prieur de Tabbaye des généralts. Dunes près Bruges. Anvers. 4 654. Pet. in-fol. (\)
La restriction modeste du titre [Opéra omnia quœ reperiri potuerunt) indique que De Yisch ne croyait pas posséder la totalité des écrits d'Alain. En effet, ainsi qu'on le verra , celte édition est loin d'être complète. Cependant , Roquefort (dans la Biographie universelle] l'a donnée comme telle ; il est vrai qu'il cite comme s'y trouvant , le De lapide philonophico qui n'y est précisément pas.
(\) Jlani magni de insulis, sacrœ theologiœ docloris, cognomento Univerêalis opéra moralia parœnetica , et polemicaquce reperiri potuerunt , cfaorum pleraque mine primum ex antiquis manuscriptis codicibus eruta lue i dan tur ... opère et studio B. D. CaroUDe Visch, prioris cœnohii D. Marice de dunis S. Theologiœ professoris... Àntuerpiœ apud GuillelmumLestenium, et EngelberlumGymnicumf via vulgo Hoochslraet dicta, sub pelicano aureo^ anno MDCLIV.
Edition.
La seconde est celle de M. Migne. Paris. 4 855. gr. in-8® (4) ^ qui forme le tome CGX de la patrologie [%). Elle a reproduit celle de De Yisch en y ajoutant des ouvrages importants inconnus à celui-ci. On trouvera à la fin de notre travail ^3) le contenu et les lacunes de chacune de ces éditions.
Voici maintenant la série des ouvrages particuliers, tant publiés qu'inédits, attribués au docteur universel; d*abord les œuvres philosophiques :