‹ Alain de LilleChapitre 3 sur 26 · BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE

Sa Alain est né à Lille en Flandres. C'est ce qu affirment tous

naùsance, les historiens les moins éloignés de l'époque à laquelle il vivait 11* * '*"' depuis Albéric deTrois-Fontaines (2) jusqu'àTrithème. II est vrai

DiscuMion. V^^ ^ dernier, comme Yoss (3) après lui, fait d'Alain un Teuton

[teutonicus) , qualification que Sixte de Sienne et Giraldus ont

remplacée par celle d'allemand [alemunnus, germanicus) , et

Possevin par celle de belge ( belgius)^ mais c'est que le pays

flamand avait avec TAUemagne assez de rapports pour qu*un

Allemand s*y trompât à son avantage.

(1) Dict. des sciences philosoph. Paris, Hachette, tome 1.

(2) Aïberici triumfontium chronica, éditée paiLeibnitz. Conférez Olhon de S. Biaise, continuateur d^Othon de Frysin^ae (Sa chronique est insérée dans plusieurs recueils notamment dans la Bibliotheca Patrum cisterciens. deTeissier). Henri de Gand et Hartmann Schedell dans sa Chronica Mundi, la Chronicabelgica; Trithéme, de Script, ecclesiasticis.

(3) Gr-Yossius. de poetis latinis , — Sixte de Sienne, Bibliotheca sancia. •— Giraldus. dialog. V depoetis, -* Possevinus, apparatus sacer.

Maoriquez et Vlong^idle ont contesté TaiitlMDtiâté de oette ûrigine , eo prétendant qoe de Lille ^il^ imuia , de insuits , intulenêiê) n'était qo'nn sarnom (1). H esttrrai qu'il en fut motivent ainni et qae l'anteor de l'Homme des Champs, pas phis que Tantear de la Blarseillaîse n'était né à Lille. H est vrai encore que saint Ansdme n'était pas de Cantorbéry, ni Roscdin de Compiègne , et qn ils ont dâ ces noms , Tnn au siège qu'il a occupé , Tautre au Heu ou il a enseigné ; mais ici les témoignages sont trop nombreux et trop précis pour qu'il y ait doute. La tradition a établi une possession d'état qui n'a pas été sérieusement contestée (2).

Cependant au XVIII.* siècle l'abbé Lebœuf reprit cette discussion (3). Ce n'est pas qu'il niât que le nom d'Insulensis fût relatif à une ville , mais il Tentendait de tout autre que Lille m Flandres ; c'était L*Ile en Médoc, L'Ile dans le comtat Yenaissin ; Tlsle-Adam, près Paris, sous prétexte qu'il y avait auprès de ce dernier lieu un couvent de Clteaux , ordre auquel était voué le Docteur universel — que l'Ile de Médoc était dans h* ressort d'un seigneur de Montpellier auquel Alain a dédié l'un (le ses ouvrages : le De fide contra hœreticos (4) — que le comtat Venaisin doit être la patrie d'un écrivain qui fait preuve

(1) Mnnrifues. Annalet cUtereienses seu verius ecclesiœ annal, a confit * ciiterc* — Jongelinus : Purpura sancti Bernardi et notifia àbbatorum ttriinis ciitere,

{%) On II Toulu s^ppiiyer encore sur un passage d*un des ouvrages attribués 4 Alain .* Ut Prophétiet de Merlin^ dans lequel cet auteur déclare être né 1^ Lille. Mail comme nous le Terrons p. lOS , cet ouvrage est très suspect. —Dana lea l^hfologim regtdcp^ Alain prend un exemple dans la fabrication de rbydromel ; n^est-ce pas bien encore uu homme du nord ?

(H) Lebcuf. Dissertations, dans rhittoire de Paris, tome il, part, â, page t9S , ft axant lui Garid : Série* prefeet et epitcop, Magahn, Bossuet. Hitl. dt4 variiti«iu de TEglise protestante.

(4) Voirpa(C« 64, c« qui ni dit au snj^t de la dédicace d» re livre

dans ce même ouvrage d'une si grande connaissance du mouvement et des opinions hérétiques da midi de la France. Ce sont là, on le voit, des inductions bien légères, des suppositions gratuites opposées sans nécessité à une tradition constante. H. Schmidt s'attachent à la même dédicace du De Fide et aux mêmes observations , en a conclu tout différemment que le De Fide contra hœreticos était l'œuvre d'un autre Alain ; nous verrons plus loin sur le livre même si cette explication est plus admissible (4).

On s'est , il est vrai , souvent trompé sur la patrie d'Alain en le confondant avec un de ses nombreux homonymes. Demster Ta cru allemand en le prenant pour un Alain ou AUeyn, abbé de St. -Jacques, près de Wurtzbourg. (Herbipohnsis) (2). Mais celui-ci n'était pas môme allemand , c*était un écossais , comme le prouve ce vers de son épitaphe :

Scotia me genuit, Germania condit Alanum.

J. Trithème , qui fut ensuite abbé du même couvent , le cite comme originaire de l'Ile de Man et comme étant mort en 1 455 (3). L'erreur de Demster est donc bien singulière.

Drexell a fait du Docteur universel un abbé sicilien , en s'appuyant de cette dénomination des lies (de insulte) (4). Manriquez en a fait un espagnol , le confondant sans doute avec un religieux ami de Saint Bernard , qui vécut dans la Péninsule et porta aussi le nom d'Alain [5).

(1) Schmidt. Histoire et doctrine des Cathares. Voyez plus loin page 66. (S) Demsterius. Historia ecclesiastica gentîsscotiœ.

(3) J. Trithème. Chronica monasterii sancti JacobiherbipoUnsis.Yojtt Niceron sur Trithème.

(4) Drexelius. Commentaire in Danielcj (6)Manri^ei, 1« c.

La date. RioD ne peut aider à préciser la date de la naissance de notre philosophe. Les événements de sa vie sont aussi fort peu connus.

Si on lui attribue les Commentaires sur les prophéties de Merlin, œuvre assez problématique, ainsi que nous le verrons plus loin , il était tout petit enfant en H S8 (1 ).

Faut-il , en prenant à la lettre un distique de ses Paraboles , croire qu*il ait été élevé par une belle-mère très-dure qui empêchait son père de lui venir en aide :

Aufert sœpe solo nigra nubes lumina solis Et patris auxllium sasva noverca mihi.

Miki peut être mis ici pour nobis , hominibus , comme en divers passages de ses poésies , mais d'un autre côté Alain y fait souvent aussi allusion à sa personne, comme dans ces vers fréquemment cités :

Simpliciter caecus prohibetur ducere csecum , Ne caecus csecum ducat in antra suum ;

Sed tamen insanum prohibere nequimus Alanum Quin dubio cœcos ducere calle velit ....

Alain Aucun fait ne se présente donc dans cette biographie avant

profeiseur qu*on trouve notre docteur professeur et Tun des plus célèbres

a Pam. professeurs de Paris , au rapport d'Henri de Gand et de Tri-

DiscussioD. *^ème (î). D. Brial Ta contesté (3). H s'étonne que ni Jean

(1) G-après, page 101.

(2) Henricus Gandavensis, De scriptoribus eeelesiasticis.YoytiViài' tion de Lemire (Mirœus) dans ses Nomenclatures septem. — Trithème, de Scriptoribus ecclesiasticis.

(3) Histoire littéraire de France , ouvrage commencé par les Bénédictins de S. Maui et continué par Tacadémie des inscriptions et belles-lettres, tome XVI, p. 396. Notice très-étendue de D. Brial sur Alain de Lille.

de Saiisbury, qui nomme tous les professeurs de son temps , ni Gnillaume'le-Breton , qui cite les poètes célèbres qui l'ont précédé, nen aient pas fait mention (1). Il s* étonne plus encore que les manuscrits d* Alain ne lui donnent pas cette qualité. Il est facile de répondre que les manuscrits du XIII.« siècle joignent plus souvent au nom de Tauteur la qualité de magiiter ou de chanoine , d*abbé , d'évéque , que le titre de professeur.

Quant à Jean de Salisbury, de Taveu même de don Brial , il parle des professeurs qui ont brillé de 1136 à 4 H8. Or le Docteur universel était très-jeune à cette époque , puisqu'il est mort en 1202. Guillaume-Ie Breton a composé son poème vers \%%0. A cette époque Alain était mort depuis dix-huit ans et peut-être retiré du monde depuis trente. Il n*est donc pas étonnant qu il ne soit pas question de lui. Enfin on ne peut pas prétendre, comme on Ta fait , que le professeur célèbre à Paris fut Alain de Bencliff (Becolinus) et non Alain de Lille , car le premier, au rapport de Mathieu Paris enseignait , en 4 230 , et à cette époque le Docteur universel n* existait plus.

Il faut donc admettre avec une tradition constante que celui-ci enseignait à Paris {%]. Henri de Gand nous apprend qu*il le faisait dans l'école ecclésiastique (prœfuit ecelesias^ ticœ scholœ). On appelait ainsi T école établie originairement près de Tévôçhé de Paris (cloître Notre-Dame) , et auprès de laquelle bien d'autres étaient venues se grouper , avant la constitution de rUniversité. C'est dans celle-là même que Guillaume de Champeaux avait donné ses leçons lors de ses premières

(1) Jean de Salisbury, le célèbre ami de S. Thomas de Cantorbéry.Voyes son Metalogicum^ et son Polieratus et ses épitres. •— Wiilelmus Brito, dans sa Philippéide et sa chronique en prose.

(3) Henricus gandavensis, de script, eccles, 1. c, Trithème, idem. On ▼oit même dans les Tkeologicœ regulœ Alain prendre la Seine pour sujet dW exemple.

luttes avec Abeilard (4). Le moi prœ fuit semble indiquer qu'Alain eut la qualité de régent ou de maître des études » quelquefois cependant, ce terme ne désigne que la «impie occupation d'une chaire (â). Quant à Sander, qui fait de notre docteur un maître de Sorbonne, et à Sixte de Sienne qui en fait un modérateur de l'Académie . ils emploient des expressions vicieuses qui, prises au pied de la lettre, seraient des anachronismes , puisqu'elles désignent des fonctions toutes récentes (3).

Enfeigna- Etienne de Borbon , frère prêcheur du XIII« siècle , auteur t-il^ d'un traité estimé sur les Sq^t Dons du Saint-Esprit, parle He^ d* Alain comme ayant enseigné la théologie à Montpellier (4). On a rejeté cette allégation en s' appuyant sur ce que l'enseignement de Montpellier s'était borné au droit et à la médecine jusqu'en 1 422 , époque à laquelle le pape Martin V y institua une chaire de théologie.

(1) Conféfez Duboulay. historia universit. parisiens, M. de Kémusat : Abeilard. — Est-ce parce ^*il était pourvu d*une chaire officielle qa' Alain parle avec tant de dédain de ces pauvres écoles dont la détresse noas a été peinte par les chroniqueurs ?

In sterili stériles aratrum facit aggere sulcos,

Etiabor in miseris est sinefruge scholis (Parabolœ).

(f) Conférez Duboolay, 1. c. Crevier. Histoire de TUniversité de Paris. — Valet de Yireville. De Tinstructiou publique au moyen-âge.

(3) Ant. Sanderus, Descriptorihas Flandriœ^ Sixte de Sienne, ^it/iot^. sancta.

(4) Stephanus de Borbone, né à BellaTÎlla, mort en 1261 . Son grand ouvrage intitulé : De septem donis Sancti Spiritus est resté manuscrit. Cependant différents passages en ont été édités par Quetifei JEch<ird àaai leur recueil : Scriptores ordinis prœdicatorunu II faut en remarquer un où il est parlé en détail des Cathares et un autre cité ci-aprés dans lequel il s'agit d'Alain .

La raison parait décisive , cependant Etienne de Borbon , auteur grave et très instruit, dans lequel Vincent de Beauvais déclare avoir tant puisé , devait ôtre bien informé. Ne pourraiton pas supposer qu'Alain a été chargé d*enseigner la théologie à Montpellier , sans titre officiel , mais seulement pour combattre la propagande albigeoise (1). Tant de membres de Tordre de Citteaux ont été , à cette époque , chargés de la même mission comme prédicateurs , que notre savant docteur a bien pu y être employé comme théologien. Ainsi se trouveraient expliqués bien 4es faits de sa vie : ses études sur les hérésies du Midi, ses relations avec les seigneurs de Montpellier et autres circonstances sur lesquelles nous aurons à nous expliquer plus loin (31).

Non seulement Alain fut un professeur célèbre, mais il jouit

de la plus grande réputation comme poète , comme orateur ,

comme philosophe , comme théologien (3).

^*. Cotftment le célèbre professeur, l'illustre écrivain fut-il con-

vocation ^

religieuse, duit à so retirer du monde? G* est ce que la tradition explique

Légëndefl. P^'* '^^ légendes les plus 'fabuleuses , et cependant l*ordre de

Clteaux y tenait comme àunpointd*honneur, tellement qu*en les

(1) Etienne de Borbon dit cependant : 1. c. (Quetif I. 94) pluribut annîs ëcholam iheohgiealem rexit.

{t) Voir ci-après page 66.

(3) Pour le poète, voyez Othon de S . Biaise, sa chroni^e citée ci-dessus. Eherhard de Béthune, célèbre grammairien du XUI* siècle, qni dans le poème didactique intitulé : Graeitma»^ dit :

Septenas quis alat artes describit Àlanus , Virtutis species proprietatc docet»

pour l'orateur, vojez Henri de Gand. I. c. Pour le philosophe : Albéric de Trois-Fontaines, 1. c. Henri deGand, 1. c. Tritbème, 1. c. Pour le tbéolofini , les mêmes auteurs.

attaqiuiiit, Oodin se croit plaisamment obligé d'en demander pardon ans Cisterciens et anx antres partisans d'Alain (AUi que AlanUtm) (4).

Void le fond de ces l^endes : Alain , plein de son savoir , se croit un jonr en état d'expliquer publiquement le mystère de la Trinité. Il se promenait sur les bords de la Seine en réflé^ cbissant fk son sermon , lorsqu'il rencontra un enfant qui , muni d*une écale de noix , prétendait vider le fleuve dans un trou pratiqué au milieu du sable. Sur les observations du docteur, l'enfant lui fit remarquer que le projet d'expliquer un mystère n'était pas moins insensé. Frappé de cet avis du ciel , Alain ne monta en chaire le lendemain que pour y prononcer ces paroles devenues proverbiales : Qu'il vous sufBse d'avoir vu Alain \f)obi$ sufficiat vidisse Alanum)» et se retira à Gtteaux, où il cacha son grand nom sous l'habit de convers , en se dévouant à la garde des troupeaux (i),

G)tte légende s'est racontée dans les mêmes circonstances de saint Augustin , lorsque l'orgueil l'eut poussé à expliquer le même mystère de la Trinité (3). Nous l'avons encore trouvée

(l) Oadin. Commentaria de scriptoribiu et scriptis ecclesiasticis , tome U, col. 1887. Ces légendes paraissent Tenir d'un Compendium viiœ Alani placé en tète des Commentaria in paraholas Alani éàiiés h. Lyon en 1501 . (Y.plus loinp.l30).Henriquez, dans son Menologium cûferciencAntuerpis, Plantin, 1630, parait être le premier qui ait attaché le nom de Mathieu Bonhomme à ces commentaires anonymes. Buzelin dans son Gallo-Flan^ driœ Annales ad annum 129i, Ta reproduit, puis Duhoulay, dans son Hiêtoria univertitatis Pariêiensis^ et de Visch dans la préface de son édition des œuvres d*Àlain, ont fait de même. D. Brial, dans l'Histoire litté^ raire de France ^ l'a rapportée, et tout récemment M. Vallet de Yireville, dans son Histoire de V Instruction publique en Europe^ en a fait autant.

[%) Voir ci-après Vépitaphe d'Alain à Ctteaux.

(8) Voyei l'édition du Bonum de Apibus de Th. de Cantimpré, donnée par Colveneer.

dans le vieux et curieux ouvrage intitulé : 1$ CiBur de phihêophie, là elle est attribuée au philosophe Euphytus (4).

Le merveilleux ne s arrête pas encore à ce point. Les traditions venues de Glteaux ajoutent que quelque temps après , des hérétiques étant arrivés à Rome pour répandre leurs doctrines, le pape y convoqua tous les hommes notables du clergé. Alain y suivit son abbé dont il pansait les chevaux , se cacha sous son manteau pour pénétrer dans rassemblée, et , inspiré par le ciel , au moment où les hérétiques triomphaient, prit la parole et les confondit de telle sorte qu ils s'écrièrent : Alain seul ou le diable est capablede parler ainsi [aut Alanuiy ant di(U>olus eé); ce qui fit connaître le grand docteur. Mais celui-*ci, malgré les offres les plus magnifiques, préféra conserver jusqu'à sa mort la robe de convers ; seulement, on lui adjoignit deux clercs, par ordre du Souverain-Pontife, pour écrire sous sa dictée (%).

U est difficile en effet, d'expliquer autrement que par la modestie d* Alain, comment il est resté simple religieux, lorsqu'à cette époque on voit Gilbert de la Porée, évéque de Poitiers; Pierre le Lombard , évéque de Paris ; Pierre de Poitiers , archevêque d'Embrun ; Hugues d'Amiens , archevêque de Rouen ; tous les clercs en un mot très-haut placés , quoiqu' Alain puisse dire contre son temps à cet égard (3).

D'un autre côté , les exemples de conversion subite , d'hommes qui quittaient les plus brillantes positions pour s'enfermer dans le cloître , ne sont nullement rares au XIII^ siècle.

(1) Cet ouvrage a été , comme on sait et comme son titie Tindique, trant-' laté du latin en français à la requête de Fhilippe-le-fiel. Paris, Yeiajd, in-4^, sans date (XVe siècle) .

(3) Henriquez. Menologium. — Bamabas de Montalbo. Chronic^ciêterc, tomel, tous denx d'après Mathieu Bonhomme.

. (3 } Dana le poème intitulé : Anticlauiien ou Encyclofédit^ et dans les sermons , notamment celui : de Patcha.

En écartant les détails merveilleux , on ne peut donc légitimement contester qu* Alain ait été moine de Ctteaux , puisque, la tradition est constante et qu'un historien contemporain l'atteste (1). Quelques auteurs ont même qualifié notre docteur de bienheureux [i). Hais on ne sait si ce titre lui est sûrement acquis. Une édition gothique d'un de ses grands ouvrages ne lui donne que le titre de vénérable (3). Toujours était-il sur la route de la canonisation , car ces qualifications en sont, comme on sait, les premiers degrés. On célébrait dans Tordre sa mémoire le 30 janvier (4).

Aiaista-t-il Quant à la présence de notre docteur à un concile tenu à aacon e ^^qj^ ^ ^^ ^ prétendu rejeter entièrement ce fait.

^ Les auteurs qui ont voulu le préciser , au contraire , disent

DiicuMion. qu'il s* agit ici du concile de Latran, dans lequel furent condamnés les disciples d*Amaury de Chartres (5). Or, ceux-ci furent condamnés à Paris (4^00) et non à Rome. Ils le furent aussi il est vrai , dans cette dernière ville , mais en 1 S4 5 , bien après la mort d'Alain.

De Yisch, dans la préface de l'édition des œuvres du docteur universel, tout en conservant Topinion qu'il s'agit ici d*un concile de Latran , mais s'appuyant sur ce que le récit primitif ne le désigne pas expressément , a voulu l'entendre de celui qui se tint en H 89 et dont un ouvrage d'Alain fait justement men-

(1) Albéric de trois Fontaines, 1. c.

(S) Jean de Cîteaux, dans son Catalogue des saints et des bienheureux de tordre de Ctteaux ^ qu'on trouve joint à de vieux missels et Léon Allatiui, de Apihus Urhanis.

(3) Edition du liber in distinctionibus de 1477 et le manuscrit des Regulm theologicœ dont s'est senri Mingarelli. Voir ci-après, page 73 et 92.

(4) Henriquez. Menologium.

(5) Henriquez Menolog. cisterciens, et Louis-Jaeob de S. Charles : De elariê scriptoribus cabilloniens^

tion (1). Mais cependant il est à croire que dans ce môme passage où il cite les Vaudois, Fauteur, s'il y eût assisté, n*eût pas manqué de le dire. Oudin, qui confond notre Alain avec un évéque d'Auxerre du môme nom, a rendu très-probable, la présence de ce dernier au concile de Latran de H 80 (2]. Pï*estce pas ce qui a pu faire croire que le docteur universel y assistait?

Qaant aux détails de cet événement, ils sont trop vulgaires pour inspNter la moindre confiance ; cette exclamation des hérétiques qui reconnaissent Alain à la puissance de son talent , s'est racontée de beaucoup de docteurs du moyen-âge , comme dans notre siècle de plaisir , elle se raconte des grands virtuoses que leurs rivaux reconnaissent à la manifestation de leurs qualités. Toujours est-il qu'on n'attribue ces légendes qu'aux girands noms. Ce sont comme des tributs que la crédulité paye aux éclatantes renommées, et elles peuvent nous donner la mesure de la célébrité d'Alain.

Une autre légende rapportée par un auteur du XV® siècle , que cite Martenne(3]« dit qu'Alain aurait été frappé de mutismo pour avoir négligé , dans un sermon , d'implorer l'intercession de la Vierge Marie , et qu'on rapportait de ce grand docteur bien d'autres choses merveilleuses. [Mira et stupenda satis 8unt de isto egregio doetore).

Date

, On peut se demander à quelle époque de la vie de notre

Ml écrits.

(1) De fide contra hœreticos^ lib. II « cap. 4. Le commentaire de Mathieu Bonhomme, 1. c. ne parle, en efict, que d'une assemblée [locut disputationis) sans même faire mention de concile.

(2) Oudin. Comment, de script, eccles. pour l'opinion qui confond les deux Alain, voyez ci-aprés page 52 .

(3) D. Martenne. Amplissima coUectio, t. IV, col. 51 . Anonymi Carthuiiani de diversarum religionum origine. De l'origine des divers ordres religieux

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