‹ Alain de Lille. Études de philosophie scholastiqueChapitre 9 sur 21 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

soit l'ouvrage même de ce docteur, et par une autre bizarrerie elle attribue cet écrit à Alain Porret, que nous avons démontré ci-dessus n'être autre qu'Alain de Lille (4).

Quant à nous, nous pensons que c'est bien ici l'œuvre de notre philosophe, nous y retrouvons sa méthode , son érudition et ses préoccupations historiques et allégoriques qu'il manie si facilement. |

Il y a même entre cet écrit et d'autres d'Alain une si grande affinité de titre et de sujet qu'on les a parfois confondus. Telle est par exemple la Summa quot modis, dont nous allons immédiatement parler. Dans l'un comme dans l’autre , sur chacun des mots de la langue rangés par ordre alphabétique, l'auteur explique les différents sens propres et figurés dans lesquels ils sont employés dans l’ancien ou dans le nouveau Testament. Ces explications se ressemblent d'un livre à l’autre, mais ne | sont pas les mêmes ; la Summa quot modis est beaucoup plus complète ; cependant il y manque des citations de la Bible qui soné dans le livre dont nous nous occupons maintenant, Alain les aura sans doute composés dans différents temps de sa vie et pour différents ordres de lecteurs.

Summa quot modis seu oculus sacræ scripluræ seu com-

Summa pendium utriusque testamenti seu de diversis verborum

quot modis.

significationibus seu distinctiones dictionum theologicalium seu equivoca ad Ermengaldum (2).

(4) Histoire littéraire de France, tome XXII. page 20.

(2) Summa quot modis seu oculus sacræ scripturæ, cité par Trilhème, 1. c. Sixte de Sienne. Biblioth. sancta, lib. IV. Compendium utriusque testamenti seu oraculum sacræ scripturæ, lib. Î, seu tractatus de diversis verborum significationibus secundum ordinem alphabeti, seu de significatione nominum et verborum seu equirvoca ad Ermengaldum (reverendissimo patri, pour le premier prologue. Quoniam juxta Aristotelice auctoritatis pour le second. À quandoque notat locum pour l'ouvrage mème.

Editions.

Ce traité compte un grand nombre de manuscrits répandus dans tous les pays. Ces sortes de vocabulaires de l'Ecriture- Sainte paraissent avoir eu au moyen-âge le même succès que les répertoires de Droit ou de Médecine obtiennent dans notre époque positive.

On pensait généralement qu'il était inédit. Cependant il en existe une édition de Strasbourg, suivant La Serna, de Deventer, selon Hain (1).

ne eee ee ©

—Apostolus Zeno, qui nous a donné tous les titres ci-dessus, lit : 4postolicæ au lieu d’AÂristotelicæ, dans le second prologue. -— L'histoire littéraire de France met pour Zncipit à ce livre : Anima proprie spiritus, qui sont, en effet, les premiers mots d’une longue exposition sur le mot Ænima dans le même dictionnaire. Il paraît que les manuscrits sont beaucoup moins complets les uns que les autres.

L'un d’eutre eux, provenant de l’abbaye de Clairvaux, sd hui à la

‘bibliothèque de Troy es, contient ces vers singuliers :

Aurea Lux Auimi, Novitatis Virga Salubris , Præsens fecit opus quod fragrat sicut Ysopus ; Quot conjunge modis etlibri nomen habebis.

D. Pitra (Spicilegium solesmense) publie un fragment d’un anonyme qui fait mention des Æquivocis mysticis seu de Æquivocis a consilio, et le savant Bénédictin croit voir sous ces mots Ja Summa quot modis; c'est, en effet, ce qui parait vraisemblable , cependant Trithème distingue les deux ouvrages. Il appelle le premier : Oculus sacræ scripturæ, lib. 1, reverendissimo patri, ce qui est bien la Summa quot modis, et le second de Equivacis mysticis, lib. I. Y n’en donne pas l’ncipit mais d'autres le portent ainsi : Vidit scalam Jacob, qui sont les premiers mots du de Arte prædicandi.

Le Tractatus de muteriis religiosis qu'Haenel signale dans la bibliothèque de Bruges n'est aussi, d'après l’/ncipit que M. le bibliothécaire a bien voulu me transmettre, que la Summa quot modis. C’est encore le même livre probablement qui se trouve à Toulouse sous ce titre : Poctrinale theologicum magistri Alani, d'après ce que le bibliothécaire de cette ville a bien voulu me dire du contenu de ce manuscrit. Voilà donc le quatrième ouvrage d'Alain auquel se trouve accolé ce mot de Doctrinal : les Paraboles, les Sentences, les Règles théologiques et celui-ci,

(1) L'Histoire littér. ire de France, comme Oudin, F'abricius et le Cata-

7 Date.

Que

Les exemplaires en sont très-rares. La Patrologie de M. Migne s'est servi d'un d'entre eux, qui lui avait été communiqué par M. Jung de Strasbourg. M. Le Glay et Dom Pitra en ont indiqué d’autres à Lille et à La Haye (4).

Ce livre est dédié à Ermengald ou Hermengald, dix-neuvième abbé de Saint-Gilles (Sancti Egidii, de l'ordre de saint Benoit, dans le diocèse de Nimes }, qui porta ce titre de 4179 à 4496.

1! faut se garder de le confondre comme a fait La Serna avec

. un autre Ermengald, sixième abbé du même couvent, qui

mourut vers 4060 (2).

CEE) 6e

logue des manuscrits des bibliothèques des départements, le croyait inédit.

L'édition dont nous parlons a pour titre : Alani magistri distinctiones dictionum theologicalium (sic) ordine alphabetico, grand in-folio à deux colonnes, lettres rondes. La Serna et Hain en donnent une description cormplète. Le premier croit y reconnaitre les caractères dont C. W. de Strasbourg s'est servi pour imprimer en 4474 le Redactorium morale bibliæ, (Cette marque C. W. désigne selon les uns Cephaleus Wolfius, Wolfgang Koepfel, suivant les autres Conrad Wolfach ) Le second, sans parler de l'opinion de La Serna, auquel il est cependant de plus de vin:t ans postérieur, attribue cette édition à Richard Paffroed de Deventer, sans doute en s’appuyant aussi sur l'identité des caractères. Du reste, Paffroed, de Cologne, qui apporta le premier l'imprimerie à Deventer (Hollande) et y exerca de 4477 à 1500, a, en effet, publié plusieurs ouvrages d'Alain : les Paraboles, l’Anticlaudien, ete., etc. Conf. La Serna Santander, dictionnaire bibliographique du XVe siècle, vol. 2, p. 27, Bruxelles, 4806. Hain repertorium bibliographicum , verbo : Alanus, n°0 389. Tubingen, 1826-1838. M. Jung, dans la patrologie, fixe à 1477 environ la date de l'édition de Paffroed,

(4) Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de la ville de Lille, par M. le docteur Le Glay, conservateur des archives du département du Nord. Lille, Vanackere, 1848. À propos d'un exemplaire de cette édition, relié avec des manuscrits et souvent confondu avec eux, il suit l’opiuion de Hain, sans discussion.—Dom Pitra. Spicilegium solesmense. Paris, Didot, 4855, tome II, page X XV. Ce dernier change un peu le titre qu'il rapporte ainsi : V'enerabilis Alani liber in distinctionibus dictionum theologicalium. 11 en a publié quelques extraits en glose de la fameusc clef de Meliton.

(2) La Serna, 1. c. Voir pour le premier Ermengaldus : Mabillon. 4nnales ordinis S, Benedicti, 1. XV, p. 522. Gallia Chrisliana; lome 1

Authen-

ticité,

Nature de

l'onvrage,

= di

La date de cette somme se trouve donc fixée entre 1179 et

Alain appelle l'abbé de Saint-Gilles : pater et dominus, ce qui a encore fait discuter si notre Docteur n'était pas de ce pays; nous avons dit ailleurs ce que nous pensons de la faiblesse de cet argument.

Nous avons dit aussi comment La Serna entend contester ce livre à Alain de Lille, en s'appuyant sur ce que les contemporains n'en font pas mention et sur ce que la personne à laquelle il est dédié était morte plus d’un siècle avant le Docteur universel. |

Cette dernière allégation , comme nous l'avons vu, est le résultat d'une confusion entre deux abbés de Saint-Gilles du même nom. Si, d'un autre côté, les auteurs contemporains

d'Alain n'ont pas mentionné ce livre, ils en ont omis bien

d'autres et du moins Trithème et Sixte de Sienne après lui , le citent sous le titre d'Oculus sacræ scripturæ. lib. 4 (reverendissimo patri).

La Summa quot modis est ainsi äppelée parce que l’auteur y examine en combien de manières les termes de l'Ecriture- Sainte sont employés soit au propre, soit au figuré. De nombreux exemples sont cités à l'appui, C’est un simple vocabulaire souvent très-concis. Il suffit pour en faire apprécier la portée d'en copier les premières lignes : À quandoque notat locum ,

‘unde in evangelio : homo quidam descendebat a Jerusalem

in Jericho. Notat etiam tempus unde in Michæa propheta :

(diœcesis nemausensis), col. 873 ; pour le second, ce dernier ouvrage, col. &89, où la distinction se trouve nettement prononcée, La patrologie de M. Migne a aussi parfaitement signalé l'erreur de Santander, page 685, note &5. —L'Histoire littéraire attribue à notre Ermengald un opuscule contre les hérétiques, mais M. Schmidt, dans son histoire des Cathares, le restitue à un autre auteur du même nom, cathare converti.

De Arte

predicatoria.

Éditions.

Analyse,

a diebus antiquis, etc. Il est impossible, on le comprend, d'analyser un dictionnaire ; celui-ci forme un gros volume.

Ces travaux sur l’Ecriture nous conduisent tout naturellement à ceux qui ont pour objet la prédication, car ils sont conçus dans le même esprit.

De Arte predicatoria (1).

Publié dans les deux éditions générales d'Alain.

Dans la préface de cet ouvrage, l’auteur expose que l’échelle de Jacob doit s'entendre du progrès du chrétien vers la perfection. Le premier degré en est la confession ; le second, l'oraison ; le troisième , l’action de grâce ; le quatrième, l'étude des Ecritures; le cinquième, l'examen approfondi des passages difficiles avec l’aide des autorités ; le sixième, l'enseignement ; le septième , la prédication. Cette dernière partie est celle qui a été le moins traitée, aussi va-t-il s'en occuper en particulier.

11 faut examiner, dit-il, ce que c'est que la prédication, quel en doit être le fond, quelle en est la forme ; quelles espèces de prédications il faut reconnaître; ce que l'on doit prêcher, à qui l’on doit prêcher, pourquoi et où on doit le faire.

A la première question, il répond que c'est une instruction manifeste et publique des mœurs et de la foi, qui a pour but de former les hommes et qui s'appuie sur la raison et les autorités. Suivant alors la méthode des scholastiques , il reprend un à un tous les termes de cette définition pour distinguer son sujet de la prophétie, de la doctrine, etc.

S’expliquant sur le second point, il veut surtout qu'on évite la prétention dans le fond , la trivialité dans la forme, puis il

(4) Summa de arte prædicatoria seu de arte prædicandi (vidit Jacob scalam, et après le prologue : Prædicatio est manifesta). Conf. ce que nous disons Æquivocis mysticis, page 92.

Lacunes.

donne quelques conseils sur l'usage des textes et des citations ainsi que sur l'emploi du pathétique, conseils devenus trop vulgaires pour être rapportés ici. |

Il reconnaît ensuite trois espèces de prédication. En paroles ou oratoire ( in verbo ), en écrit ou épistolaire {in scripto), comme étaient les épîtres des Apôtres, en fait ou exemplaire ( in facto }, comme sont les bonnes actions.

Tout ce qui précède n’occupe que quelques pages(1). Passant alors à ce que l'on doit prêcher, l’auteur va employer tout le reste de son ouvrage (2) en canevas ou modèles de sermons, en indiquant surtout des autorités qui peuvent servir de textes ; ici, sur les péchés capitaux ; là, sur les vertus chrétiennes, etc., elc.

L'on voit que jusqu'ici il n’a pas traité les dernières parties de sa division, l'ouvrage est donc resté inachevé. Mais tous les manuscrits ne s'arrêtent pas là. De Visch en a trouvé un qui était plus étendu. Il y a d'abord une continuation de l'examen des sujets qu'on doit choisir pour la prédication (3). L'auteur se demande ensuite qui sont ceux qui doivent prêcher (4). Ce sont exclusivement , suivant lui, les ecclésiastiques (5); puis, qui sont ceux devant qui l'on doit prêcher, ou plutôt comment cn doit proportionner la prédication à l'auditoire : précher la charité aux riches , apprendre aux pauvres à supporter, à aimer même l’indigence par l'exemple de Jésus-Christ; les soldats , les avocats, les princes , les religieux, etc., etc. (6)

On doit s’apercevoir que l'ouvrage n’est pas encore fini et

(4) Le chapitre premier de l'édition De Visch. (3) Les chapitres 2 à 30.

(3) Chapitres 31 à 37.

(4) Chapitre 38.

(8) Conf. ci-dessus, page 16.

(6) Chapitres 39 à 48.

Alain,

orateur.

| — 91 — que ces deux divisions qui piquent {ant la curiosité : Pourquoi et dans quel lieu { quare et ubi) J'on doit précher, n'ont pas été examinées, Cette somme reste donc encore incomplète après la suite retrouvée par De Visch dans un manuscrit plus récent, On peut même se demander si ces derniers chapitres, que les manuscrits gothiques ne portaient pas, sont bien du même auteur. Il y a évidemment les mêmes formes, le méme esprit de divisions subtiles et d’interprétations ingénieuses , le même savoir, la même connaissance de la littérature profane, ce qui n'était pas commun alors; mais il n°v a plus la chaleur, l'attrait du commencement. Nous croyons bien que la même main a écrit le début et la fin, mais le début a été achevé, la fin n'a pas été rctouchée. Nous penserions volontiers que ces derniers chapitres, composés peut-être dans la vieillesse de l'auteur, auront été retrouvés inachevés. Cette hypothèse explique en effet les lacunes de quelques manuscrits , la suspension de l'œuvre, les négligences et la faiblesse de la dernière partie, comme la confusion qui y règne à Lel point que l'auteur revient jusqu’à trois fois sur le même sujet (1). . |

Comme orateur Alain est fécond, intéressant ct varié. S'il ne se refuse pas toujours les images repoussantes qu'il poursuit dans un de ses sermons, jusqu'à l'ignoble peinture des fonctions animales (2), il a parfois, au contraire , une touche pleine de fraîcheur et de charme , comme lorsqu'il compare les affections tristes de l’âme à la pluie du soir qui hâte la fécondation (3). Il n'a pas, il est vrai, ces élans qui font les grands homélistes , mais la fécondité de sa pensée intéresse toujours et entraîne parfois. Au sermon sur l'Avarice , par exemple , dans

(1) Conf. ses sermons sur ia paresse. Sa (2) Son sermon : contra gulam.

(3 Sur ce texte : beati qui lugent.

Ouvrages analogues attribués au même auteur.

une prosopopée audacieuse, il fait apostropher le pécheur par sa propre chair, par Satan , par les éléments, par la Divinité , en termes qui respirent la grandeur. Ce devait bien être, comme le disent les chroniqueurs, un des plus remarquables orateurs de son temps (1).

Æquivoca mystica (2).

Ce titre ne désigne, suivent nous, que le même traité sur l'art de la Prédication , ou la Summa quot modis.

De contemptu mundi (3).

Cité par De Visch comme un ouvrage original; ce n'est d’après l’Incipit donné par le même auteur que le second chapitre du De Arte predicandi.

Alia Summa de arte predicatoria.

M. Ravaisson avait cru en effet avoir trouvé une autre somme de la prédication composée par un autre Alain ( Alanus de Podio); mais d'après l’incipit qu'il en donne, ce ne sont que les chapitres XXX VIII et XXXIX de la somme d'Alain de Lille (4).

(1) Henri de Gand, L. c.

(2) Æquivoca mystica (vidit Jacob scalam). Trithème cite comme trois ouvrages distincts : le De Arte predicatoria, les Æquivoca ad Ermengaldum et les Æquivoca mystica. Cependant l’Incipit : Vidit Jacob scalam est le mème dans le premier et le dernier.

(3) De contemptu mundi (si prædicator vult), cité par de Visch dans sa Bibliotheca scriptor. ordinis cisterc.

(4) De arte predicatoria (dictum est quod sit predicatio et qualis esse debeat.… Le Desinit est : Angelorum gerit similitudinem) dans un manuscrit signalé à la bibliothèque d’Avranches par M. Ravaisson : Rapport au

Sermones.

Speculum ecclesiæ.

2 0e Sermones (1).

Ils ont été publiés au nombre de douze dans l'édition de De Visch et la Patrologie Ce que nous venons de dire au sujet du De Arte predicatoria ne ferait que se répéter ici.

On pense qu’il a dû exister encore un autre recueil de sermons sous ce titre :

Speculum ecclesiæ (2),

mais il est inconnu; M. Migne prétend que c’est une confusion et qu'on a attribué à Alain le Miroir de l'Eglise d'Honorius d'Autun. Cependant les indications de Bernard Pez, qui avait vu ce hivre, ne sont pas tout-à-fait conformes au texte donné par M. Migne. Le manuscrit où ce dernier a puisé n’est d'ailleurs pas celui que B. Pez avait vu (3.

ministre sur les bibliothèques de l’ouest de la France. Paris, in-80, p. 157. Ce savant s’est laissé tromper par la différence de cet Zncipit et de celui que porte le De arte predicatoria édité par De Visch. Mais s’il eût poussé plus loin son examen, il eût vu que le chapitre 38 commence : Dictum est quod sit predicatio, et que le chapitre 39 finit: Aagelorum gerit similitudinem, ce qui ne laisse pas de doute. Conf. ce que nous avons dit à ce sujet, ci-avant page 61.

(4) Octo Sermones dans l'édition de De Visch (de spirituali unitate : osculetur me). À la fin, un fragment d’un neuvième, Il y a ajouté encore séparément trois autres sermons puisés dans un manuscrit différent. Ils paraissent altérés et tronqués. Ces trois derniers se trouvent à la bibliothèque de Bruges, et c’est ce manuscrit qu'Haenel (Catal. librorum manuscr., p 758) désigne sous le titre vague : 4lani opuscula varia. Nous devons ce renseignement à l'obligcance de M. le bibliothécaire.

(2) Liber sermonum d'après Othon de S. Blaise, 1. c.—Speculum ecclesiæ (cum primo in nostro conventu, ct après le prologue : peritissimi pictores: Ambrosius, Augustinus) cité par B. Pez, 1. ce. et Jacob de S. Charles de claris scriptor, Cabillon.

(3) Conférez Bernerd Pez. J'hesaurus anecdotorum, 1. c. et Patrologiæ cursus, édité par M. Migue, tome CI XXII pour Honorius Augustodunensis.

Autres aurages

a ralouues.

Rhelorica,

Sermones alii.

Enfin, M. le bibliothécaire de la ville de Toulouse a bien voulu m'informer que dans ce dépôt se trouve un recueil manuscrit de Sermons pour les dimanches et fêtes (1), qui ne porte aucun titre ni désignation d'auteur, maïs sur lequel une main récente a ajouté le nom : Alanius (sic).

Est-ce le Speculum ecclesiæ de B. Pez, est-ce le Liber sermonum d'Othon, nous ne pouvons en rien dire sans avoir vu le manuscrit. Il est certain que notre fécond docteur a dû

composer bien des sermons et qu'on a pu en former plus d'un recueil,

Rhetorica (2;.

Un manuscrit cité par le Père Labbe donne une rhétorique d'Alain et de Gcoffroy. Est-ce l'ouvrage simultané de ces deux auteurs, ou est-ce la réunion d'un livre de chacun d’eux sur la rhétorique ? -

En outre, s'agit-il ici de notre Alain auquel en effet on a parfois attribué un traité de Arte bene dicendi, ce qu'on a cru aussi être son De Arte predicatoria ?

Questions insolubles puisque cet ouvrage est inconnu.

Quant à l'autre auteur ce ne peut être que Galfredus , Gaufredus , Gualterus de Vino Salvo. { Joffroy, Geoffroy, Gauthier,

(4) Manuscrit petit in-80 à deux colonnes, sans ornements, écriture gothique du X1Vesiècle ; le commencement et la fin ne présentent nititre ni nom d'auteur, (Dominica prima de adventu : veniet desideratus cunctis

gentibus.) Cet Incipit n'est pas celui du Speculum ni d’aucun des sermons édités par De Visch.

(2) Rhetorica Alani et Galfredi citée par Labbe. Nova bibliotheca manuscriptorum (Parisis, 4653, in-40), au huitième supplément sur la biblio«

thèque de Louis XIV.

XAXVI ln proplhetias MHerlins.

Éditions.

Date.

Wauthier de Vinesauf), anglais du XIIL® siècle qui a écrit sur l'art de bien dire un poème considérable reproduit par

Leyser (1).

On serait tenté d'en conclure que l'ouvrage d'Alain était égament en vers.

Nous passons maintenant à des ouvrages qui ont des sujets trop divers pour être régulièrement classés.

* Ecrplanatio in prophetias Merlin (2).

Cet ouvrage imprimé à Francfort en 1603 et postérieurement si l'on en croit quelques témoignages confus , à Anvers, n'est pas repris dans l’édition de De Visch ni dans la Patrologie, qui ne le considéraient pas comme émanant du Docteur universel (3). | |

Dans ce livre se trouve un passage qui a été cité partout L'auteur parle d'un événement de sorcellerie qui s'est passé ,

(1) Poetria de arte dicendi (Neustria sub Clypeo) quelquefois intitulée : Bhelorica judicialis metrica (papa stupor mundi). Voyez Leyser, Historia poelarum et poematum medii œvi, Halæ Magdeb. 1741, page 855. Les manuscrits en sont nombreux, la bibliothèque unpériale eu compte cinq.

(2) Prophetia Merlini una cum septem bris explanationum (cum mullos rerum et après la préface : S'edente T'ortigerno). Cité par De Visch, L. c. et Barthius, 1. c.

(3) Prophetia anglicana Merlini Ambrosii Britanni ex incubo olim (ut hominum fama est) ante annos mille ducentenos circiter in Anglia nati, vaticinia et prædicativa a& Galfredo Monumetensi latine conversa, una cum septem libris explanationum in eamdem prophetiam, excellentissimi sui temporis oratoris , polyhistoris et theologi Alanide fnsulis ger= mani doctoris... opus nunc primum publici juris factum et lectoribus ad historiarum prœcipue vero Britanniæ cognitionem, non parum lucis ailaturum. Francofurti, typis Joachim Spessii, in-80, MDCUJ. C'est donc par erreur sans doute qu'Oudin, |. c. et L'abricius, E. e. ont écrit 1608. Quant à L'édition d'Anvers, elle n’est pas connue, ni Fabrivius ni lFistoire litté raire n'en font mention, Elle nous paraît méme problématique,

Authenticité fort contestable

dans son extrême jeunesse, alors que le comte Thierry vint en Flandres appelé par le vœu des habitants. Or, l'histoire montre qu'il s'agit ici de Thierry d'Alsace appelé, en effet, de 1128 à 1130. On en a conclu que telle avait dù être, à quelques années près , la date de la naissance d'Alain. On voit ici, en outre, l'indication de sa patrie, car cet événement se passait à Lille, lieu où il déclare être né (1).

D. Brial, dans l'Histoire littéraire de France, est parvenu savamment à déterminer, par le contenu de ce livre , la date de sa composition. Voici comment: l'auteur y parle du dernier né des fils d'Henri IT d'Angleterre, il écrit donc postérieurement à la date de la naissance de cet enfant (1167), mais il n'y parle pas de la révolte de l'aîné des fils du même roi, il écrit donc antérieurement à cet événement {4183).

Après le texte de la prophétie de Merlin, telle qu'elle fut traduite du breton en latin par Geoffroy Monmouth, évêque de Saint-Asaph { pays de Galles }, { Galfredus monumethensis), les trois premiers livres des commentaires en font l'application

aux temps écoulés ; les quatrième, cinquième et sixième cher-

chent à en induire l'avenir ; le septième et dernier prédit la fin du monde et s'étend longuement sur l'étude du ciel.

On a beaucoup contesté l'authenticité de ce livre. I est difficile d'admettre que notre Docteur, dont la philosophie est

(1) Vidi et ego in Flandria cum puerulus adhuc essem apud Insulam (unde natus fui) fœminam quamdam maleficam quæ in maleficio suo comprehensa... tempus illud fuit quo comes T'heodoricus ab insulanis hominibus, gavendensibus quoque ac brugensibus adrocatus erat a terra sua in F'landria tanquam legitimus Flandriæ hæres, reprobuto H”. Normanno qui nihil in flandricis hereditart juris habebat, Ces détails sont conformes à l'histoire : Guillaume-le-Normand fut sans aucun droit appelé au gouvrrnement de la Flandre par le roi de France, Louis-le-Gros, mais les villes se soulevèrent et appelèrent Thierry d'Alsace, petit-fils de Robert-le-Frison, l'un des comtes de Flandre.

positive, dont la dévotion est ferme et éclairée, qui ne se montre mystique que dans l'interprétation religieuse et poétique des textes sacrés , compose un pareil ouvrage , discule sérieusement si Merlin était prophète, et s'il était né d'un succube ( tel est le sujet du prologue). N'est-il pas choquant après l'avoir entendu blâmer si vivement les -hérétiques qui s'attribuent le droit de prophétiser, de le voir attacher tant d’importance aux rêveries d'un homme tel que Merlin, très-suspect de paganisme et d’hérésie. Enfin comment cet écrivain qui jamais ne puise un exemple dans l'histoire moderne, s'en montre-t-il tout à coup si minutieusement instruit ?

Il est vrai que Du Boulay rapporte qu'au XII siècle on se préoccupait beaucoup des prophéties de Merlin, qu'on croyait favorables aux prétentions de Louis , fils de Philippe-Auguste , sur l'Angleterre (1); il est encore vrai que cet ouvrage est plein de cette littérature profane, de ce savoir mathématique , physique et astronomique qui distinguait Alain (2). Mais il est évident que si dans un intérêt politique on a voulu forger des interprétations nouvelles des prophéties anciennes, on a dû, pour leur donner plus d'autorité, les attribuer au Docteur universel comme à un auteur assez célèbre pour avoir laissé un grand nom, pas assez connu cependant pour que le nombre de ses ouvrages fût déterminé avec certitude; enfin, pour les lui attribuer, 1l a bien fallu leur donner ses caractères propres , l'érudition et l'universalité, ce qui devenait de jour en jour plus facile. |

Quant à nous , ce qui nous touche , c'est qu'aucun des con-

temporains, ni Othon de Saint-Blaise, ni Albéric de Trois- LU

(4) Hist, univers, parisiens. |. c.

(2) Icite entr'autres les églogues et interprète la quatrième comme une prophétie qui annonce la venue du Christ.

LS

De Signis.

Fontaines, ni Henri de Gand , ni même plus tard Trithème n’attribuent à Alain ce livre qui cependant devait plus que tout autre piquer la curiosité et attirer l'attention. J} y a donc du doute et un doute sérieux sur l'authenticité de cet ouvrage.

Cependant on ne peut en reporter la date au XVE siècle comme le voudrait l'Histoire littéraire, car il en existe des manuscrits antérieurs à cette époque (1).

Ce commentaire ne paraît pas non plus devoir être attribué à l'évêque d'Auxerre, comme le pensent Oudin et Lebeuf qui confondent les deux Alain, ainsi que nous l’avons dit ; car, tout jeune en 41138, l’auteur n'aurait pu être abbé de Rivours en 1440. Il serait plus vraisemblablement attribué à l'abbé de Tewkesbury , qui était anglais. |

Dans ce livre l’auteur parle des conseils qu'il a reçus de son abbé ; on en a conclu qu’Alain était moine de Citeaux quand il l'a composé ; mais pour en tirer cette conclusion il faudrait démontrer d’abord que ce commentaire provient bien du Docteur universel.

La première édition de la bibliothèque de Cîteaux , suivie en cela par la table si fautive de Montfaucon, attribuait aussi à Alain :

De calamitate regni Franciæ, ouvrage célèbre d'Alain Chartier et de beaucoup postérieur au XII siècle. La seconde édition a reclifié cette erreur grossière (2).

Excerptiones de signis XV dierum ante supremum judicium.

Ces quelques pages qui portent le nom d'Alain, et qui pour-

(1) Voyez à la bibliotheque impériale un beau manuscrit sur parchensin du XIVe siècle, n9 vi MCDLX X XI, fonds Mazarin. La fin manque.

(2) De Visch. Biblioth. script. ordiuis cistere. — Montfaucon. bibliotheca bibliothecarum.

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