‹ Alain-FournierChapitre 3 sur 4 · Paul Fort, Poèmes de France, 15 février · texte numérisé non relu

Paul Fort, Poèmes de France, 15 février

l'aride désert, nous avait fait la grâce de retrouver, à notre intention, « le passage dont il est question dans les livres... celui dont le prince harassé de fatigue n'a pu trouver l'entrée. » Voilà ce frère de Nerval, ce frère de Nodier, ce frère de Musset. Le voilà tel qu'à l'heure la plus tragique qui fut au monde, le destin le saisit, l'em* porta, le mêla aux événements affreux de la guerre. Ah ! sans doute qu'il n'y avait pas à différer...

Avant de quitter un aussi triste et charmant sujet, je me permettrai, pour achever, de rappeler ici brièvement encore cet épisode dans lequel Alain-Fournier retrace, dans le récit du Grand Meaulnes, une embuscade dans son village. Il le fait de main de maître, avec netteté, avec précision et

ce relief du style qui est dans sa manière. Eh bien ! par une sorte d'ironie, ce jeune homme si doué, si brave, d'un talent si sûr, si achevé et si nouveau, comme pour continuer de tenir son rôle, s'en alla, lui aussi, disparaître dans une embuscade. Cela se produisit le 22 septembre 1914, dans la Meuse, au bois Saint-Remy. Le pauvre Albert Thierry, dont la Grande Revue publia de si poignants Carnets de guerre, lui-même blessé et soigné dans un hôpital militaire, vint à apprendre la nouvelle et fébrilement, la nota : « Journaux. Jacques Rivière a' été pris, et Alain- Four nier, cher Grand Meaulnes, blessé \ » Ce jourlà, la chasse de saint Hubert, de son gron-

t . La Grande Revue : « Albert Thierry, carnets de guerre » , numéro de mars 191 8.

décent sourd, emplissait le ciel orageux ; mais ce n'étaient pas d'invisibles abeilles qui en formaient leconcert; c'étaient les balles de l'ennemi qui sifflaient dans la mêlée. Atteint dans des conditions restées mystérieuses, Alain-Fournier tomba et ne fut pas retrouvé. La consolation (s'il n'y avait pas quelque duperie à employer un tel mot quand il s'agit de la disparition d'un tel homme), la consolation est de penser que le lieutenant Alain-Fournier est tombé, — lui poète, — pour assurer la défense de cette terre qu'il aimait et chérissait plus que tout au monde, puisque c'était à elle, à cette terre de son enfance qu'il devait, non seulement la raison de sa vie, mais le secret de son inspiration, le charme de son talent.

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