‹ Albani (Emma Lajeunesse) [microforme]Chapitre 1 sur 10 · Albani (Emma Lajeunesse) [microforme] · texte numérisé non relu

Albani (Emma Lajeunesse) [microforme]

Emma Lajeunesse,—ou Albani, pour lappeler du nom qu’elle a illustré en si peu de

temps,—est née à Chamtb!y, province de

Québec, en 1848. Elle fut baptisée, pis tard, à Platisburg, N. Y.

Son père, Joseph Lajeunesse, d’abord étu-

diant en médecine, était un professeur de mu-

sique d’une certaine habileté et possédait surtout un goût comparativement très-développé. Emma est l'aîné dé deux autres enfants, dont l’un est actuellément dans les ordres, au séminaire de Montréal.

s HX:

# PET î \ ÿ

us

Madame Lajeunesse (née Mélina Mignault), fut le premier professeur de sa fille.

Dès l’âge de quatre ans, la petite, Emma

avait déjà commencé, dans les croches et les

Le 0 a RE SAS CRE D pipes FLE An

doubles croches, les pauses et les soupirs, ce travail qui devait porter plus tard de si beaux fruits.

On conçoit, cependant, qu'à cette époque, l'étude de la musique n'occupait pas la place

a principale dans son existence. Car, &omme : tous les autres enfants, même lés mieux doués, : surtout les mieux doués, dirions-nous avec plus de vérité peut-être, la petite Emma adorait le jeu, les courses et le tapage. Elle etait en outre espiègle, colère et fort difficile à conduire.

Nous avons toujours trouvé que l’on faisait à l'enfance une grande injustice en la comparant âune cire molle. La cire, il est vrai, reçoit une empreinte, mais du premier coup, sans résis-

A4 ie

ult),

nma t les 8, ce eaux

oque, place mme

loués,

avec ado- Elle fficile

isait à arant it une

résis-

pu, Hors

tance, platement et lourdement. Ce n'est pas ainsi qu'un enfant est formé et moulé. Il faut des efforts graduels et réitérés, des assauts intelligents et mesurés. C’est plutôt un acier généreux qui se façonne à l’aide de la flamme et d’une pression savante.

Or, notre jeune virtuose n’était pas unecire molle; äutrement elle ne fût probablement jamais devenue la grande artiste que nous savons. |

Vers 1853, M. Lajeunesse vint s'établir à Montréal.

Nous nous rappelons encore la maison qu'il

a occupée, sur la rue Saint-Charles Borromée.

TH enseignait la musique, réparait et accordait

les pianos. On ne devient pas riche, de no8 jours, dans l'exercice de cette profession. | À

cette ‘époque, elle était moins lucrative encore. 4

Cependant, la petite Emma perdit sa mère, et ce grand malheur vint la frapper à an êge

oi Ro

où il laisse déjà des traces profondes, surtout:

chez une jeune fille.

La maison fut triste pendant bien des mois ; les études, toutefois, ne furent point abandonnées, et M. Lajeunesse y trouva une distraction qui l’aida à supporter le violent chagrin qu'il avait ressenti.

C’est vers ce temps qu’a commencé la véritable éducation musicale de la petite Emma.

Dire que son père l’aimait serait ne péindre que faiblement l'espèce de culte qu’il avait pour sa fille. Il la sentait douée et ne songeait qu'à la faire briller, qu’à en faire une grande artiste. Etait-ce le rêve de l’amour paternel ou la prévision du musicien on présence d’une

organisation pleine de grandes promesses ?

| C'était probablement les deux. Quoiqu'ilen soit, la prévision a été juste, le rêve est devenu. une réalité.

M. Lajennesse adorait sa, à fille: mais slorsqu' il,

ni er

extrême sévérité. La journée de la petite Emma était bien remplie. Elle s’exerçait six heures “par jour régulièrement : deux ou trois heures de piano, une heure ou deux de harpe, et une

heure de chant matin et soir: tel était le pro-

gramme dont elle ne s’écartait que trèsrarement, hors les occasions où sa constitution délicate lui dictait quelques jours d’un repos nécessaire. Son père était alors son unique professour ; et il est juste de Ve qu'il HER donné une excellente direction."

Tout n’était pas rose, néanmoins, dans l'existence de la jeune musicienne. Le public qui voit paraitre un artiste sur la scène ou ma-

nœuvrer un régiment sur place, s'imagine

volontiers que le jeu entraïnant de l’un‘et les

“évolutions brillantes de l’autre ont été acquis

sans plus de peine et de difficultés qu’il n’en a

s'agissait de ses études musicales, il était d'une

à lés regarder ou à les entendre. Hélas! s'il ;

sn

Vu

Jai était donné de jeter un coup d’œil dans la ‘coulisse ou dans la salle d'exercice; s’il-pouvait voir combien ce qu’on est convenu d’appeler la ficelle tient plutôt du cable et de la chaîne ; comme il changerait d’idée ! Cependant, en admirerait-il plus les unset les autres ? Nous croyons que non. Car, dans ce monde, tout singulier que cela paraisse, la fiction est plus forte que la réalité: et l'on pleurera toujours plus volontiers sur le malheur supposé de l’Eléonore du Trouvère que sur les . angoisses réelles de l'artiste qui est peut-être obligée de chanter ce rôle pendant que chez elle les cierges brûlent dans une chambre mortuaire, près du corps d’un parent chéri.

Nous avons déjà eu occasion de dire que notre jeune musicienne, tout en cultivant son art, n’entendait pas renoncer complètement aux amusements de son âge; elle conservait | «donc un goût prononcé pour le jeuet le tapäge,

"Qi

rer, ol casa fie sa = RE ze Se M”

ans la il pou- | d’ap- & de la Jepenutres ?

nonde, ion est eurera r Supsur les

t-être

os Chez

ambre néri,

"6e .que nt son ementservait page:

A près tout, à cet âge, la chose est si naturelle! Mais elle se laissait emporter souvent au

delà des limites qu’une raison plus froide devait établir. De là aussi, maintes fois, de ces petites scènes de famille entre la fille et le père : remontrances d’un côté, pleurs et colères de l’autre.

M. Lajeunesse avait trouvé, à Montréal, dans la personne de M. Guillaume David, alors célibataire aisé, un ami et un protecteur précieux. Ce üigne citoyen avait conçu une affection toute paternelle pour la petite Emma.

Elle ne l’appelait pas autrement que l'oncle

Guillaume. Aussi, combien de fois ne l’a.t-il pas consolée de ses chagrins d’énfant ; combien de fois n’a.t-il pas rétabli entre la fille et le père une paix que ce dernier ne demandait

qu'à signer... jusqu’à la prochaine

escapade de notre cspiègle enfant. .

Madame Lavigne, la mère de notre violé: * |

ENS A). Le pass Ress 2 prié at ti ;

niste populaire, a aussi été souvent, pour Mile. Lajeunesse, la confidente de ces gros chagrins que nous avons tous ressentis, etses caresses maternelles ont bien des fois remplacé les baisers de celle qui n'était plus. Nous ne pouvons résister au désir de raconter ici une ou deux anecdotes qui poindront d’une manière plus frappante l'enfance et le caractère de la jeune virtuose.

La profession de M. Lajeunesse l'appelait souvent en Jehors de la ville, dans certains villages où il allait de temps à autre accorder ou réparer les instruments. Il ne partait jamais sans faire à sa fille les plus minutieuses recommandations sur l'emploi du temps pendant son absence.

Or, un jour, il devait partir à deux heures

. pour Vaudreuil. Emma avait préparé avé”

soin ile malle 4e son père; ce a ne l'annial |

ir Mile.

hagrins

al'esses acé les ous ne ici une ne maractère

ppelait ertains corder

partait

tieuses

s pen-

heures

le temps d’avertir quelques-unes de ses petites amies. si | —Papa ne revient que demain soir, avait-

“elle dit ;. nous pourrons nous amuser toute

l'après-midi, et je trouverai bien le moyen

| ensuite de rattraper le temps perdu.

À midi le papa vint diner, et, un peu avant

une heure, une voiture l’emportait avec sa malle vers la gare de la Pointe Saint-Charles.

—Surtout ne t’'amuse pas et travaille; je saurai bien m’apercevoir, à mon retour, de la manière dont tu auras employé ton temps.

Tâche d’être bonne fille! Telles avaient été ses dernières paroles, au moment de monter en

| voiture.

Emma avait bon cœur; les derniers mots de la recommandation l'avaient touchée. Elle

88 serait probablement mise à son piano ou à

harpe. Mais, hélas! les petites amies aient été averties et il est si difficile de

RSR DRE PT D SD em —

he 80

décommander une fête, surtout à douze ans !

Le père avait, d'ailleurs, à peine tourné le coin de la rue qu'une des invitées, qui guettait impatienmiment ce départ, commence à montrer sa petite tête etentre sur la pointe du pied.

—Est-il bien parti? demande-t-elle à voix basse et avec de petits yeux inquiets ? à

Que répondre ? Que faire? Il ne fal'ait pas mentir. Emma, d’ailleurs, n’eut pas le temps de prendre une décision. Une seconde petite tête se montra, puis une troisième, une quatrième, une cinquième ;.........les amies et les amies des amies, un véritable essaim de fraiches figures.

Il n’y avait plus moyen de reculer ; la damede céans se résigne—sans trop de peine, il faut bien le dire, —et la fête commence, c’est- | à-dire, ‘les francs éclats de rire, les jeux, "18 bruit à casser les vitres |

On s’amusait comme nous nous sommes tous.

uze ans | tourné le ii guettait à montrer lu pied.

lle à voix 8? * fal'ait pas s le temps nde petite , Une qua-

amies et |

essaim de-

: ladamepeine, il à nce, c'ests jeux, 1e

Mmes tous.

nus PT ou

à amusés dans ces jours frais et riants de notre-

enfance, hélas ! maintenant envolés!

Cependant, M. Lajeunesse avait dû arrêter

un instant chez Seebold, pour prendre quel-

ques effets. L’instant s'était un peu prolongé.

4 Puis il avait rencontré, plus loin, un ami avec:

| lequel il avait causé. La bête qui le conduisait n’était pas un pur sang, et il lui fallut encore subir un encombrement sur le pont Wel-

lington. Bref, lorsqu'il arriva à la Pointe

Saint-Charles, le dernier wagon du train était sorti de la gare.

— Just in time to be too late ! dit le chef de

1 gare, homme spirituel mais incompris.

I] fallut revenir.

En montant l'escalier, il entendit des symphonies qui n'avaient aucune parenté avec l&harpe ou le piano; il écouta et comprit de: suite la situation. | La fête était à son apogéo.

UE ne

‘On riait, on s’amusait, on tapageait sur un |

volcan ! | ..Soudainement, un coup sec est frappé à la

. porte. Emma elle-même vientouvrir, et reste pétrifiée en face de la figure paternelle à | laquelle des lunettes bleues prêtaient je ne sais quelle sévérité. |

En un clin d'œil toutes les petites : amies | étaient disparues.

Nous ne savons trop ce qui arriva, mais la | remontrance fut sévère; car lorsque le père | sortit pour aller à ses leçons, la petite courut se réfugier chez madame Lavigne.

Elle en avait assez de chaut et de musique, À et, dans son exaltation, elle parlaït de s’en aller aux Etats-Unis ou d'entrer dans une commurnauté. |

Madame Lavigne la consola avec de cés

paroles comme les mères seules savent en trouver. Ù

ait sur un

rappé à la r,et reste

ternelle à |

t je ne sais tes : amies

ra, mais la e le père ite courut

musique, |

> s’en aller e commu-

c de cés avent en

Elle finit par calmer ses esprits échauftés et-

la retint à souper avec la famille.

Pendant lerepas, M. David apparut. Emma

dut lui racunter de nouveau toute son aven-

ture, et ce fut une nouvelle explosion de san-

Iclots et de grandes résolutions.

: M. David avait une grande influence sur :

Hsa petite protégée. Il 'acheva de la calmer en

dise chargeant de négotier une paix durable.

—Maintenant, dit-il en forme de conclusion, te voilà ici, je te donne congé pour la

soirée ; reste avec nous, nous allons faire de la

musique. Je prends sur moi tous les risques.

Tout alla bien jusque vers huit heures et derie, lorsque soudain, la sonnette de la porte

se fit entendre.

La musique se tut comme par enchantement. Le jeune Arthur Lavigne, qui n’était

Apas encore, alors, l'artiste que nous connaissons aujourd'hui, alla ouvrir. |

Page 1