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XA MOBT DUN TRAITRE

Albéric a emporté'de France dans son exil jusqu'au souvenir du bruit qu'il a causé: quelques âmes loyales et fidèles à toute épreuve s'en entretiennent encore les soirs à l'ombre, mais on a perdu jusqu'à ses traces,

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et nous même, son historien, nous ignorerions sa destinée, si un de ces hasards qui n'arrivent qu'aux biographes, n'eût fait tomber entre nos mains une lettre écrite par le baron

T cet intrépide conquérant de tant de

choses immortelles, l'auteur delà révolution de 1828, la seule qui vaille un souvenir, l'homme enfin qui, comme un roi, donna à la France une littérature et un musée.

Madrid, 183

Je venaisd'expédier le dernier tableau que j'ai sauvé du pillage du couvent des Dominicains, et de congédier le muletier avec ordre de m'attendre à une demi lieue de la ville; car, je vous l'avouerai, mon cher ami, depuis que je traîne à ma suite tant de chefs-d'œuvre, je suis devenu poltron : je crains toujours qu'une bande de Christinos ou de Carlistes ne vienne attaquer mon convoi, et, dans sa fureur de ne pas trouver beaucoup

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d'argent co m plant, ne se venge de sa mésaventure sur ces toiles pre'cieuses. J'étais plus rassuré dans le désert où les Arabes et le Simoun ne menaçaient que ma vie.

Pendant que Manuelo Benitlo longeait les murs extérieurs pour éviter toute rencontre désagréable, je profitai du temps que j'avais devant moi, pour parcourir encore une fois ces rues pittoresques et ce prado verdoyant comme un oasis dans son clang de sable. . . Pour avoir moins h souffrir des rayons du midi, je résolus de traverser la magnifique rue d'Alocha, au lieu de cette mauvaise ruelle si improprement nommée de la Concepciongéronima,.. j'avais d'ailleurs aperçu à l'une de ses extrémités, une foule assez compacte, et je ne me souciais pas de me mêler aux actes ordinairement peu artistiques delà population espagnole.. Mais le résultat trompa mes précautions : je n'étais pas au tiers de la rue, qu'une masse de peuple y

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entra sur mes pas, et m'en veloppant dans son

inouvement me porta jusqu'au milieu de la

" rue de Tolède, où resserré entre le flux et le reflux, je me vis forcé d'en suivre les ondulations. Je n'étais qu'à deux pas de l'église San-Millan, d'où j'aurais pu m'écliapper par la place, mais je ne pouvais y parvenir... la rue de Tolède, celle de la Casa baja et la place de la Cebada étaient encombrées... la foule grossissait à vue-d'œil comme si un esprit de curiosité l'eût pousséevers le même but... autour de nous, au dessus de nous, sur les fenêtres et les balcons se groupaient de ces espagnoles dont les yeux vifs jetaient des éclairs de gaîté et de passion.

De côté et d'autre scintillaient dans les rangs de ces beautés noires et brillantes comme le jais, ces Andalouses si remarquables par leurs tailles élancées et gracieuses, leur teint bruni par les rayons du midi, mais qui s'harmonie si naturellement avec l'in-

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carnat deleuisjoues, leur longue clievelure noire, leurs dents blanches, et qui s'encadrent si pittoresquemenl dans leur divine mantille blanche.

Toutes ces femmes étaient armées de leur éventail comme s'il y avait eu quelque chose à voir et des impressions à cacher.

A peine étais-je sorti avec le torrent de la rue Concepcion géronima que la prison s'ouvrit; un homme vêtu de noir et la figure couverte d'un voile, monta sur une mule et un Sbire hideux et menaçant conduisit l'animal par la bride. A côté du patient marchait un moine, un crucifix à lamain, escorté de deux frères de la charité portant des cierges : devant ce cortège, s'avançaient un officier de salle, tenant en main une longue vare de jonc noir, signe de son pouvoir, et le greffier du tribunal, à cheval tous les deux. Le convoi était terminé par une escouade de soldats , marchant au son rauque

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eL lugubre de tambours couverts d'un voile noir... De temps en temps, une voix sépulchrale, celle du greffier, criait au peuple : Place à la loi!

La foule s'ouvrait pour le convoi et se refermait aussitôt après son passage...

Je compris bien tôt quel horrible spectacle se préparait, et dans l'impossibilité où je me trouvais de l'éviter, je me résignai à le le subir, déterminé à fermer les yeux lorsque le bourreau mettrait la main sur la victime- Je me hasardai à demander à un de mes voisins qui m'avait l'air d'un militaire, quel était le condamné et quel était son crime.

«Mafoi, répondit-il, je ne sais pas son nom: c'est un Français toujours... Quand à son

crime; voici le fait je puis en vérité vous

le certifier, car je fus témoin et acteur de la chose. Je revenais avec un détachement de Chrislinos du bataillon de la reine dont je fais partie; je revenais de mettre à la raison

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un couvent de Franciscains, c'est-à-dire que comme les bons pères ne voulaient pas nous octroyer gratis, pain, vin, légumes, viandes et menues monnaies en or au cours dont ils ont leurs caves pleines, nous les avions passés presque tous au fil de l'épée comme de vrais buveurs de sang qu'ils sont, en ayant eu bien soin de mettre aussitôt le feu au couvent , par manière de purification de la chose. En longeant la forêt, voilà que nous apercevons, à la clarté du feu , un vieillard et un jeune homme qui avaient tout l'air de vouloir nous éviter... cela nous parut suspect... Des gens qui cherchent à éviter les serviteur de la Reine lorsqu'ils viennent d'agir pour son service , ça ne peut pas être grand chose de bon... Alors nous entrons en conversation , c'est-à-dire que nous leur envoyons du plomb de sa Majesté distillée en prunelles de carabine... Patatras ! voilà le vieux qui tombe en faisant la grimace, et le

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jeune homme qui se précipite sur son corps en pleurant et en cherchant à le rappeler à la vie... nous approchons... il veut résister, se faire tuer... mais caraco! on l'empoigne et l'on fait la visite des poches du vieux pour saisir les conspirateurs tels que louis d'or, ducats et autres ennemis de notre très clémente Isabelle la catholique... rien., seulement un papier où un des ci-devant rois de France recommandait le vieux à Don Carlos comme un homme dévoué et capable. »

« Ce sont des espions de l'usurpateur!

que je m'écrie,.. »

« Nous ne sommes pas des espions, riposte le jeune homme... ce vieillard est mon père... il allait, il est vrai, rejoindre Don Carlos, et moi je l'accompagnais pour veiller sur ses jours : mais aussitôt son arrivée au camp royal, je devais le quitter pour aller vivre pbscur et iranquillle loin de toutes les dis-

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cordes politiques , heureux d'oublier et de l'être... sur mon honneur, voilà la vérité! Exilé de France où j'ai vu deux fois de près la mort, pour avoir trop aimé la liberté, je suis croyable, sans doute, quand je vous jure que je ne viens pas ici la trahir. «

« Vous pensez bien que nous ne fumes pas dupes de pareils mensonges : Nous l'avons amené ici pieds et poings liés : Son affaire a été bien vite bâclée, convaincu de trahison, d'espionnage et de secours portés aux rebelles, il a été condamné au supplice de la garotte... Comme il prétendait être Français, quelques uns de ses compatriotes s'intéressèrent à lui; ils se remuèrent même pour obtenir sa grâce de la Reine : mais comme elle n'a pas encore fait usage de cette prérogative royale, sa Majesté qui connaît l'esprit éminemment libéral de son peuple, n'a pas voulu faire grâce de peur de mécontenter la révolution. »

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Il finissait à peine que déjà le cortège louchait aux pieds de l'échafand.

Sur une estrade s'élevait un poteau qu'embrassait un collier de fer., au-dessous était un escabeau : c'était l'appareil de la garotte.

Le jeune homme monta l'échelle et s'assit sur la sellette; au-dessus de sa tête, un large écriteau noir parsemé de larmes blanches et d'ossemens en sautoir, portait ces mots en lames d'argent :

Traître à la liberté !!!

Le greffier prenant la voix, lut l'arrêt de sa condamnation , dont les motifs étaient le crime de désertion a l'étranger, de lèze-majesté et de haute trahison.

A ce dernier mot, le condamné dressa la tête, et entr'ouvrit les lèvres comme pour parler... Mais un sentiment profond de dédain vint se peindre dans ses traits, il leva les yeux au ciel et se livra au bourreau. Celui-ci

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l'attacha au poteau... tourna une vis et le collier de fer commença à serrer son cou... Le moine récita le credo, en langue espagnole et lorsqu'il fut arrivé à ce mot hijo itnico , un aide jeta un voile noir sur la tête du condamné, et moi je fermai les yeux, frappé de douleur et d'épouvante.

J'avais reconnu les traits d'un jeune homme que je vis souvent à Paris dans quelques salons libéraux.

Mon cœur ouvert à la pitié pour toutes les âmes généreuses , souffrit encore plus de la mort horible d'un compatriote dont j'ai du entendre la voix ou serrer la main.

Adieu, mon ami... il ne faut ni servir les partis ni s'en servir... ils tuent ou empoisonnent l'existence. Il faut servir l'art qui la vivifie et l'éternisé.

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