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VigiLLes MaisoNs, GAND
canaux clairs des campagnes flamandes et les rappels de rouge géranium qui s'obstinent aux festons de la proue accentuent le désastre de la polychromie primitive. Les débâcles du ciel ont tout effacé. Le souvenir règne, non d’une neige fraîche, mais d'une neige de la veille, d’il y a des jours, on dirait de toujours. Les choses ont pris la couleur ternie de cette neige et celle-ci s'est imprégnée de l'effacement des choses. Noircie, saumà-
tre, elle couvre les toits, alourdit les gaffes, vernisse les écoutilles de la cale, traîne en banquises fondantes sur l’eau dépolie où se mirent les vieux logis, remplit l'atmosphère et supprime le ciel qui n'est plus qu'un écran de suie. Voilant tout, noyant tout, elle apporte à l'harmonie du spectacle une sourdine prodigieusement mélancolique, expressive, désolée.
À côté de ces CAalands qui ont la poésie de notre époque prolétarienne, des toiles comme les /azsons du Vieux quai aux Oignons où les toits se bousculent dans un ciel crépusculaire, le Vuage blanc gonflé sur des logis écarlates, les /?zgnons brillants et sommairement brossés du canal du Meerem, aujourd'hui comblé (ces deux derniers tableaux appartiennent à M. Faltis, de Vienne, possesseur du Couvenf),et même un joli morceau comme la ÂVeige au Béguinage (coll. Coquelin aîné, puis coll. Lemoine) ne sont que des poèmes fragmentaires. Gand réservait à Baertsoen des victoires encore plus complètes. L'année même où il peignait à Bruges ses Pignons jaunes et son Couvent (nous verrons qu'il n'exécute pas ses tableaux successivement, mais qu'il travaille à deux ou trois toiles à la fois souvent pendant plusieurs années), il achevait les deux tableaux que l'on considère jusquà présent comme ses chefs-d' œuvre : le Soir à Gand et le Dégel. Avec ces deux œuvres nous pourrions reconstituer les éléments flamands de sa vision, depuis la mélancolie initiale si passionnément confessée à Nieuport, jusqu'aux joies des paysages mystiques de Bruges; elles suffiraient pour nous faire comprendre la beauté méconnue de Gand et à travers elle l'âme nostalgique et filiale de son peintre, pour nous
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