‹ Albert BaertsoenChapitre 20 sur 36 · CANAL A GAND · texte numérisé non relu

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rédaction, commence. Elle est réservée à l'atelier ; elle est longue, pénible, douloureuse. L'artiste n’est jamais satisfait et connaît les affres des grands stylistes. Plusieurs tableaux achevés n'ont jamais été montrés ; d'autres, qui avaient absorbé deux ou trois années d'étude et semblaient bien venus, ont été entièrement

recommencés, tel le Dége/, tel un radieux et tout récent tableau dont je parlerai plus loin : 7x de journée sur les Quais. Mais à travers ces arrêts, ces hésitations, ces brouillons, ces reprises, l'expression s'est toujours dégagée de plus en plus éloquente, l'œuvre s'est affirmée de plus en plus haute.

La technique proprement picturale de Baertsoen diffère de celle des néo-impressionnistes par un usage de la matière totalement différent. La facture est large, virile, d'une hardiesse souvent rude par l'épaisseur des pâtes, mais toujours de la plus grande délicatesse dans les nuances; sans rechercher les vibrations aiguës de l'impressionnisme, ses tons se soumettent, quand il le faut, à des transitions d'un chromatisme indiscernable. L'atmosphère est ainsi transposée avec la plus rare finesse. Un tableau de Baertsoen vu de près semble souvent d'une exécution très matérielle ;: à distance les valeurs subtiles s’affirment et toute la composition baigne dans une enveloppe légère et vivante. Lorsque l'œuvre touche à sa fin, le peintre se livre à sa passion trop longtemps contenue ; le dernier travail de la brosse est plein d'entrain et de liberté, en sorte que malgré les retouches et recommencements, jamais les toiles ne sont « fatiguées » et toujours elles redisent l'émotion fraiche et divinatrice provoquée par la nature.

Cette méthode est un exemple, peu fréquent, de vaillance artistique ; elle enseigne à tous la force d'une discipline, d'une doctrine morale. Pour matérialiser son rêve, Baertsoen n'hésite pas à se soumettre au plus rude des régimes, — et à se lever s'il le faut à trois heures du matin. Un artiste sincère doit porter en son

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àme un courage inflexible pour exprimer sa pensée jusqu au bout. Celui qui ne se contente pas d’un à-peuprès traverse de dures, mais de fortifiantes épreuves. Les conditions actuelles de l’art exigent la recherche et le respect d'une loi rigoureuse qui difficilement se découvre et que les académies n'enseignent pas. Certains ont cru que tout l'art était dans la copie de la nature sur place ; 1ls l'ont cru avec un beau fanatisme. Leurs plus belles œuvres n'en sont pas moins un reflet de leur cœur autant que des choses. Naturistes et stylistes, quand 1ls ont du talent, ne peuvent mieux ambitionner que de nous communiquer leur émotion.

Il serait imprudent de dire : « Peu importe la manière » ; mais on est bien tenté de le penser devant toute belle œuvre. J'afñirme cependant que quand Baertsoen a terminé toutes ses études sur place et qu'il a appris, suivant sa propre expression, « son tableau par cœur », il a le droit de s'enfermer dans son atelier et de recréer une nature avec les éléments rassemblés par sa patience, son enthousiasme et son amour. Beaucoup aujourd hui ne sauraient se passer de l'ivresse du plein air pour opérer cette transposition. Mais on ne contestera point que le rêve fécond conduit tout aussi sûrement au sublime. Ruskin jeta l’anathème aux artistes qui prétendaient interprêter, après quoi, souhaitant un retour au monde édénique, il se vit contraint de prêcher un art platonicien. Au surplus, si l'enchantement que procure un tableau tel que le Sos à Gand a quelque chose de supra-terrestre, quel besoin avons nous de demander compte à l'artiste de sa méthode ?

L'occasion est bonne pourtant de s'expliquer.

Comme bien des maitres que l'on a tenus pour révolutionnaires, Baertsoen est retourné à la méthode classique. Le souci des compositions expressives lui a appris l’art difficile des sacrifices, et ses productions se caractérisent toutes par cette qualité qui ne se définit pas, au nom de laquelle malheureusement on éteint les individualités naissantes dans les écoles, et qui ne se rencontre vraiment que dans toute œuvre largement vivante : /e séyle. Qu'est-ce que le style? C'est fort difficile à dire. Il y a des artistes qui ont de l'originalité, du caractère, de la puissance, qui ont /wr style et qui n'ont pas de style. C'est l’art très délicat des simplifications, un tact spécial à choisir les éléments nécessaires à l'expression, un don abstrait qui est de même essence chez l'écrivain, le musicien, le constructeur et qui est un peu comme la conscience de l'inspiration. La jeune littérature française redemande au style la précision, le relief, la clarté. Maurice Denis et quelques autres néo-classiques ont réhabilité le style en peinture et en ont fait une condition. suprême de la beauté. Baertsoen a pensé comme eux ; il a montré de la sorte quil était au-dessus des modes techniques et qu'il avançait dans les voies éternelles. Il. pourrait faire siennes une bonne part des Réflexions de Poussin sur la peinture ; il n’y a rién qu'il souhaite tant que de se tenir au-dessus de son ouvrage « en pleine clarté et liberté d'esprit », de lire dans ses propres. aspirations, de les objectiver avec un ordre absolu et une entière unité.

Cette manière devait le conduire à un art largement généralisateur et débarrassé de tout pittoresque convenu. Assez imprégné, au début, de nos indéracina-

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