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AU BÉGUINAGE, GAND

Couvent n'est plus du tout le coin «amusant» qui retient les attentions banales. De plus en plus décidé à négliger le déjà-vu, l'artiste ces temps derniers a regardé la réalité actuelle. Si le DégeZ est en tous points digne de notre grande tradition nationale, nous n'y trouverons

pourtant pas trace d'archaïsme. Impossible d'exiger décor plus actuel. Nous verrons même que pour garder contact avec une beauté nettement contemporaine, Baertsoen n'a pas craint de déplacer son centre d'observation et de peindre les noirs paysages des contrées de houille et de hauts-fourneaux. Scrupule élevé de sa maîtrise; celle-ci pourtant n'avait besoin ni de cette garantie, ni de cette épreuve et depuis longtemps nous l’admirions pour ses mérites de synthèse transmués en quelque sorte dans ces titres si simples, si généraux et si justifiés : Sosr sur l'Escaut, les Cordiers Sur les Remparts, Soir à l'asile, le Couvent, les Pignons jaunes, Petite Place flamande, Petite Cour flamande, les Chalands sous la neige, Soir à Gand, le Dégel.

Par son classicisme, Baertsoen s'apparente aux grands artistes de tous les temps. Néanmoins la vie subjective de son art fait de lui un maître aussi moderne que Whistler. Ce qui est vrai pour sa peinture, l'est aussi pour ses eaux-fortes. Ici encore, c'est par des recherches opiniâtres et raisonnées, par la volonté d'exprimer pleinement ses visions personnelles, qu'il a obtenu une incomparable largeur de style dans la série magique où sont les chefs-d'œuvre comme les deux K7omboomsloof d'Amsterdam, Y Eglise d’Audenaerde, la Route d'Ostende, Maisons de Pauvres, le Moulin, Maisons au bord de l'eau...

On vit ses premières eaux-fortes 1l y a vingt ans. — Que d'études réfléchies, que de labeur et quel gigantesque élan vers la perfection dramatique depuis cette date ! Baertsoen est l’un des rares peintres belges qui ait pratiqué l’eau-forte d’une façon continue, et dans la

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renaissance actuelle de cet art, son action est inappréciable. On ne se douterait guère, devant les souplesses actuelles de sa technique, qu'il débuta par le procédé simpliste de l'eau-forte spontanée. Il se contentait de planches sommairement gravées, comme sa Axe en Flandre, claire, tout en traits, et faisait imprimer ce qui n'était en somme qu'un simple croquis. Cela dura plusieurs années. Mais ces moyens lui semblaient imparfaits ; 1l voulait autre chose et surtout il voulait du fon. Le Pont à Dixmude et Veere marquent un progrès dans ce sens ; mais la « couleur » reste blonde; l'effet n'est pas décisif.

Alors Baertsoen se mit à étudier à fond l’art de reprendre une planche après une première morsure, et, pour tout dire, de «cuisiner » l'eau-forte comme un tableau. L'apprentissage n'alla point sans mécomptes. Enfin le Moulin et les Vrerilles Maisons turent remaniées jusqu à la réalisation entière de l'effet, jusqu'à l’objectivation complète du sentiment. Reprenant soit au burin, soit à la pointe sèche, soit à l’eau-forte, multipliant les états dont le nombre s'élève parfois jusqu à dix et même plus, Baertsoen, avec ses blancs et noirs, obtient le « coloris » le plus saisissant, et surtout des noirs aux vibrations tranquilles, des noirs d'un émail qui adoucirait son éclat. La reprise intervient ici à la façon du plus intelligent des pinceaux. Certains vont prêchant que l'eau-forte doit rester un art rapide, primesautier, spontané. Mais condamner ceux qui ont recours aux reprises, me semble aussi puéril que de déclarer le fresquiste supérieur au peintre à l'huile sous prétexte que la chaux et l’enduit frais n'autorisent point

les retouches. Qui prétendrait que les peintres de l’Agneau mystique sont inférieurs à Giotto, même au Giotto de l’Arena ? C'est un art fort délicat que de redrendre une planche et qui réclame beaucoup de réflexion. Avouons d'ailleurs que le hasard peut devenir un brillant collaborateur.

Il le fut pour les Yeux Pignons sur l’eau. La planche avait été oubliée dans le bain et Baertsoen se promenait tranquillement par les rues de Gand, quand, arrivé au Marché du Vendredi, tout à coup il se souvient ! [Il se frappe le front et saute dans un fiacre.… Horreur ! la morsure était formidable. Alors, rassemblant tout son courage et toute sa patience, Baertsoen se mit à chipoter, à gratter, à triturer. Le résultat final fut amusant au possible. Par endroits on croirait voir des reliefs réels on 4 énvié déttonchens

Baertsoen a bien exécuté une centaine d'eaux-fortes. Une trentaine seulement ont été soumises au public et sont dans le commerce. Soixante ou soixante-dix pour cent des planches sont effacées ou recommencées et l’on voit par là ce qu'un chef-d'œuvre réclame d'essais ou d'études. Au surplus le métier proprement dit du maître moderne est tout uniment celui de Rembrandt, pour cette raison qu'il ne connaît n1 l'aquatinte, mi le vernis mou; métier raffiné certes, mais loyal, métier sugpestif aussi puisqu'il va jusqu à autoriser les initiatives de l'imprimeur intelligent. (Sans doute Baertsoen consent-il à cette participation — limitée à la graduation des encrages — à cause de l’habileté remarquable de son imprimeur bruxellois M. Van Campenhout). Ce métier n'est pas moins souple et sûr dans les deux

eaux-fortes « en couleurs » entièrement exécutées par l'artiste, l'une éditée par M. Dietrich : le OQwaï des Ménétriers, l'autre par M. Verdussen : le Dégel. Ces deux œuvres ne prétendent point rivaliser avec la vive

Quart SAINT-ANTOINE, GAND

polychromie de la plupart des eaux-fortes dites «en couleurs». Coloriste toujours magistral dans ses œuvres de blanc et noir, Baertsoen, par la discrétion de ses teintes, a su donner dans ces deux estampes polychromes une leçon de sobriété aux barioleurs de la gravure

moderne. Le Quai des Ménétriers et le Dégel — ce dernier surtout — n’en sont pas moins de werveilleux tableaux. L'édition du Dége/ fut d'ailleurs épuisée en moins d'un an et un exemplaire se vend aujourd'hui trois cents francs à Paris.

Les planches de Baertsoen transcrivent tantôt des tableaux (le /ardin d'asile, le Dégel), tantôt des dessins, et c'est le cas le plus fréquent. Nous retrouvons en somme chez l’aquafortiste la discipline intellectuelle et pratique que s'impose le peintre et la réalisation finale nous fait admirer, comme dans les tableaux, des VISIONS où la vérité prend sa forme essentielle. Un réverbère au support tordu, des fenêtres écrasées dans leur cadre bancal, de noirs logis de pêcheurs tassés en silhouettes rigides près du port qu'envahit la nuit, un moulin dominant en vieux lutteur le nuage qui met une auréole autour de ses bras en croix, des pignons voisinant en groupe confidentiel à l'extrémité d'un canal endormi, — tels sont les acteurs que Baertsoen fait vivre dans ses eaux-fortes en les enveloppant d'une atmosphère de clartés graves, d'ombres sans limite. |

Aquafortiste, la Hollande et la Belgique l'ont également bien inspiré. Veere, Terneuzen, Middelbourg, Amsterdam se retrouvent dans ses planches. Les deux Kyomboomsloot avec les parois sinueuses de leurs quais tragiques, avec leurs ombres où des fils semblent tissés pour retenir les paquets de noir, sont les plus profondes interprétations qui se puissent voir des quartiers juifs d'Amsterdam. Baertsoen fut obligé d'en exécuter le dessin (cité plus haut) de 4 à 7 heures du matin; dès que l'animation commençait sur les quais ‘il devait

-forte).

EAU (eau

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