CHALAND SUR LA MEUSE
il touchera les spectateurs de tous les siècles. Ainsi doit-1l en être du portrait de nos Flandres et de notre Wallonie.
Ainsi, sans doute, en sera-t-1l de l’art de Baertsoen. Dans quels milieux n'a-t-1l point trouvé d’écho? Inspiré par des thèmes locaux, cet art correspond avec la
sensibilité universelle. II n'est pas besoin de connaître Gand pour en subir l'éloquence ; la vue du vieux Quai de la Byloque fera peut-être aimer davantage la peinture de Baertsoen, elle ne la fera pas mieux comprendre et surtout elle n'en saurait rendre plus nette l'exceptionnelle portée. C'est par les aspirations de l'âme moderne que s'expliquent la beauté et surtout la fin de cet art. Qu'on regarde seulement les croquis, d'une justesse si expressive, que notre texte entoure. L'émotion du peintre y parle un langage tout spontané ; son trouble initial s'y imprime directement en notes promptes, cursives, légères. Et que de beautés révélées pourtant, que de décisives et larges interprétations ! Et comme elles vivent les maisons, les portes, les allèges, les vieilles places, les petites cités pauvres, les agglomérations et jusqu'aux eaux qu'on retrouve en ces croquis ! Chaque demeure a son âme; chaque logis est un être individuel. Et voici sans doute la qualité suprème de cet art: avec ses rares mérites de styliste, Baertsoen a traduit l'humanité des choses. Il a poussé de plus en plus loin la recherche de la vie dans les éléments en apparence inertes. La palpitation jusqu'à ce jour imperceptible de la matière anime ses œuvres. Les pierres vivent, se meuvent, souffrent, sourient et ce qui dans l'antiquité était le plus beau des mythes devient chez le peintre de Gand la plus poétique des réalités.