‹ Albert BaertsoenChapitre 6 sur 36 · PETITE PLACE A COURTRAI · texte numérisé non relu

PETITE PLACE A COURTRAI

se traînent la canne à la main. C'est le Sos à l’Asule (collection de Mr Pieters, Bruxelles). On y reconnaît un sujet souvent traité depuis. Le Sewz/ de l’Eghse (collection Franchomme, Bruxelles), plus significatif, montre Baertsoen sur le point de formuler sa conception mystique de certains paysages de pierres et par conséquent très près d'atteindre à la beauté des PBéouninages qu'il peindra à Bruges et à Gand. Mais surtout /es Cordiers sur les Remparts (Musée de Gand), qui clôturèrent la série des toiles exécutées à Nieuport, marquent nettement la qualité du sentiment et la nature des sujets que

l'artiste entend fixer, en même temps qu'ils attestent la double supériorité du style et de l'expression.

Par une matinée d'hiver l'artiste nous conduit sur les remparts de Nieuport. La silhouette de la ville s'ébauche au fond, presque perdue dans le ciel embrumé où rayonne une clarté rare. Une allée de peupliers semble mourir de toute la tristesse de la terre. La neige est partout, sur les branches, sur le sol, dans le ciel, mais une neige sans éclat, sans étincelles, une neige réellement morte. Dans l'allée, les cordiers travaillent ; ils reculent à pas lents, sabots dans la neige, dos courbés, gestes lourds ; le rythme de leur labeur a quelque chose de fatalement triste comme l'aspect de leur ville. Pourtant tout sourire n'est point banni de leur destin. Et la nature nous l’apprend en allongeant sur la neige de grandes ombres bleues, notes de discrète douceur dans ce poème de détresse. L'œuvre est si pleinement en accord avec la poésie de nos vieilles pierres et de nos vieilles gens, qu'une fois vue elle ne saurait plus s'effacer de notre cœur. :

Des tableaux de Baertsoen que je vis au Salon de Paris de 1892 à 1902, c'est celui qui a laissé la trace la plus profonde en mon souvenir. Vivant moi-même à Paris, j'accueillais avec bonheur toute expression artistique et littéraire qui m aidait à mieux pénétrer l'âme de la patrie lointaine. Si les œuvres de Maeterlinck, Rodenbach, Verhaeren, Eekhoud multipliaient les occasions d'éprouver de telles joies, par contre, dans les salons annuels, les peintures étaient rares qui m'enseignaient des accents inédits de la beauté flamande. Peut-être est-ce pour cela que j'ai conservé une admi-

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