PETIT
du Luxemboure.
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ration également reconnaissante à Baertsoen et au cher et grand Emile Claus ? Je les retrouvais à chaque printemps parisien, frères dissemblables, mais tous deux respectueusement et tendrement épris de leur mère commune, la Flandre ! Peut-être est-ce pour cela aussi que les Cordiers sur les Remparts occupent une grande place dans ma mémoire? L'an dernier encore, ils ont surgi en mon esprit comme une image de la résignation flamande, lorsque je vis les cordiers de Syracuse, groupés comme des figurants d'opéra, dans les crevasses de la sublime latomie del Paradiso… | Dixmude est la voisine de Nieuport, voisine campagnarde, modeste et gaie, qui conserve elle aussi des vestiges de nos grandes époques d'art: un jubé monumental et adorablement baroque, et dans la même église paroissiale, une vaste et pompeuse Vañvité de Jordaens. Les peintres vont beaucoup aujourd'hui à Dixmude, non pour admirer ces restes de notre grand passé artistique — Îles artistes modernes ne sont pas toujours très soucieux de bien connaïître les maîtres d'autrefois, — mais parce que Dixmude à deux ou trois « vieux coins » et parce que son petit béguinage est le plus étonnant de nos béguinages avec sa minuscule églisette, ses trois béguines et leur vieille servante qui soir et matin arrache l'herbe dans l’enclos pavé... Baertsoen fit connaître la petite cité par son J’7eux Pont à Dixmunde. Acquis par un collectionneur de Dresde, le tableau transpose les richesses de l'automne et le silence quiet de la ville. C'est le mois de septembre avec ses feuilles vertes, rouges, rousses et violacées, avec ses gris brillants et solides. Un canal où s'éloigne
une allège, un pont arrondissant ses deux arches, un parapet de pierres grimpant lourdement pour rejoindre les demeures du fond, et partout la polychromie tourmentée et précieuse des feuillages, tel est le 77eux Pont à Dixmude. Le site est devenu célèbre depuis que le tableau de Baertsoen le révéla et l'artiste, dans la suite, y a trouvé le motif d'une eau-forte. Ajoutons qu'en ce beau décor flamand, l'esprit de la race habite. Et ceci n’est point une pure fiction. Dans le logis au toit rouge qui semble garder le pont, vitun vieux Flamand instruit, d’âme curieuse et élevée ; mille histoires du passé fleurissent dans son cœur et sur sa bouche. On dit de lui : c'est un vieil original. En réalité c’est un trésor vivant de traditions, de légendes, de richesses locales. A quoi bon le nommer? En cherchant bien, on trouverait dans chaque ville le même dépositaire, le même gardien de l'esprit ancestral. Dans l'existence morale d'une agglomération le rôle de ces vieillards est essentiel. Ils n'ont plus de nom. Ils sont la conscience de la cité.
Nieuport et Dixmude avaient permis à Baertsoen d'exercer patiemment sa sensibilité flamande. Mais toujours les interrogations passionnées de son cœur le ramenaient vers son vieux Gand. Déjà en 18091 il avait peint un coin de la Zys au Bois, œuvre que M. Bénédite jugea digne d'être admise au Musée de Luxembourg. La ÆAivièére — contemporaine des Cordiers sur les Remparts — atteste pour la première fois qu une beauté insoupçonnée a été découverte par Baertsoen dans sa ville natale. Le site représenté est à trois minutes de sa demeure ; ce sont les eaux dormantes de la Byloque, cest la Lys à l'endroit où elle baigne la populaire im-
passe du Luysegevecht. Au dessus d’un talus limoneux où s'accroche un lavoir, les maisons ouvrières s’entassent. Rien de plus désolé, ni de plus monotone. Et pourtant l'œuvre est belle et musicale comme un lied.
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