‹ Albert BesnardChapitre 15 sur 39 · LA CONFIRMATION · texte numérisé non relu

LA CONFIRMATION

le mouvement nécessaire à la vie des êtres, mais peut-être aussi avec le but plus précis, en permettant à certains, les poètes et les artistes, d'en fixer les phases, de donner à l'homme la connaissance de lui-même. »

Et plus loin : « L'idée née de nos passions est une semence qui, par le contact avec la nature, féconde notre cerveau selon une loi parfaitement assimilable aux lois de la génération animale. Tous les hommes feront donc des poèmes ou des tableaux ? Non, parce que la nature a créé les espèces et que parmi celles infiniment variées d'hommes, l'artiste, le poète, est le seul qui ait reçu à un degré particulier le don de voir et de s'assimiler. Physiquement, il est fait pour cela. Il voit, il regarde et à l'instant il crée, et, chose étrange, en dépit de lui-même; son cerveau est rendu sensible au point d'être parfois blessé par une contemplation involontaire. A de certains moments, je le compare volontiers à une chambre de malade où le jour pénètre malgré les rideaux tirés. L'artiste regarde et aussitôt surgissent dans son esprit les conséquences, toutes les conséquences de ce qu'il voit. Et quel royaume ne lui est-il pas donné de contempler et de conquérir! »

Tel a été hier le rôle, la fonction et la raison d'être de l'artiste, tel il sera demain, tel il doit et peut être aujourd'hui : « Quel théâtre admirable, en effet, pour nos passions, que la vie moderne où la science semble prendre à tâche de dramatiser son domaine, rapprochant le passé et le présent dans une même éternité, tandis que d'un regard elle désigne et conquiert déjà l'avenir. »

J'arrête ici ces citations; elle suffisent pour donner une idée exacte des préoccupations dominantes de l'art de Besnard, et par le jour qu'elles répandent sur la genèse spirituelle de son œuvre, elles permettent de mesurer la souveraine grandeur de l'effort accompli par lui, en même temps que l'envergure de son intellectualité. On en jugera mieux encore, après avoir lu les quelques pages signées de sa main que nous avons réunies à la

fin de cet ouvrage; quelles furent, quelles sont ses ambitions, quel idéal demeure le sien et quelle conception est la sienne; le groupement de ces pages, dans un livre comme celui-ci, où l'auteur ne prétend aucunement faire œuvre de critique, mais simplement d'écrivain disant d'un artiste les sensations, les émotions qu'il lui doit, — le montrera plus nettement que bien des gloses. Les contrastes, ou pour mieux dire, la diversité que l'on rencontre dans les créations de Besnard, loin de nous dérouter, nous aideront, par suite, et au moment qu'il nous aura été possible d'en toucher du doigt les causes profondes, à mieux sentir l'harmonieuse unité qui les lie, et ce n'est pas par un simple caprice d'imagination qu'il a évoqué face à face, tant dans ces notes substantielles qu'aux murs de l'École de Pharmacie, les fantastiques visions de la préhistoire et la rêverie, angoissée et sereine, en même temps, de l'homme moderne, épris de vérité scientifique et d'idéal humain. C'est par l'union de ces précieuses facultés qu'il est parvenu au style, que Gavarni définissait si bien « la tension de l'entendement vers l'idéalité ».

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